En Corse avec Miou-Miou et Alexandra Lamy

Pour la cinéaste Méliane Marcaggi et ses interprètes, le tournage de «Belle-fille» fut une aventure de solidarité féminine.
Photo: Angela Rossi Pour la cinéaste Méliane Marcaggi et ses interprètes, le tournage de «Belle-fille» fut une aventure de solidarité féminine.

Avec son premier long métrage, Belle-fille, la Française Méliane Marcaggi a entraîné en Corse Miou-Miou et Alexandra Lamy pour une comédie aux couleurs du vaudeville. Le Devoir a rencontré le trio de dames à Paris. De fort joyeuse humeur, toutes générations confondues, riant comme des copines d’école. La Corse les avait soudées.

« C’est le fait de ne pas rentrer chez soi après une journée de tournage, explique Alexandra Lamy. On reste au milieu de l’équipe. On observe. Là-bas, les gens qui vivent dans les terres ne montent jamais à la mer. Et puis, bien des Corses sont armés. » Choc culturel mêlé de fascination, puisque les villageois ont participé au tournage en une belle mêlée. Miou-Miou renchérit : « Il y avait deux cafés, et leurs propriétaires ne se parlaient pas. Après le tournage, l’un est allé prendre une bière chez l’autre. Le maire a dit que notre passage avait changé la vie sur la place. »

La cinéaste avait voulu écrire sur la Corse, qui la captivait, mais l’admirable commune juchée, Speloncato, s’est révélée un casse-tête sur le plan logistique. « Déjà, trouver une maison à la fois habitable et isolée, baignant dans son jus, était un enfer à trouver. Il y a eu une tempête durant le tournage, et on a dû arrêter des séquences durant trois ou quatre jours, explique Méliane Marcaggi. Mais dans l’église, quand les villageois entonnent des chants corses, c’est merveilleux. »

Bon, l’intrigue de Belle-fille est un peu tordue. Louise (Lamy), trompée par son mari, s’envole sur l’île de Beauté pour décompresser. Sa liaison torride et arrosée d’un soir avec un séduisant épicurien (Thomas Dutronc, compositeur aussi de la musique du film) vire au drame, car une crise cardiaque terrasse monsieur au lit. Et voici que la maman (Miou-Miou) arrive, ravie, au milieu de ses larmes, de se trouver une belle-fille si charmante. Louise n’osera pas la détromper. Leur équipée se poursuit au village en un fol engrenage tissé de quiproquos auxquels la communauté participe.

Un cas similaire

Histoire invraisemblable ou pas, Méliane Marcaggi avait entendu parler d’un cas similaire, à l’origine de son scénario, soit une mère qui présentait aux funérailles la conquête de son fiston mort dans ses bras après une passade, comme sa compagne officielle. Sans doute pour sacraliser la dernière personne qui l’avait vu en vie. « La mère que j’incarne cherche à garder Louise pour qu’elle lui rende son fils. C’est existentiel, en somme », déclare Miou-Miou. Et le quiproquo s’accentue à cause de l’isolement du milieu. Le mensonge participe à l’omerta. »

La cinéaste a voulu passer vite, avec un rythme rapide, sur les séquences parisiennes, avant de ralentir la cadence en Corse, où le temps prend ses aises parmi ces caps et ces maquis. Pour elle et ses interprètes, le tournage de Belle-fille fut aussi une aventure de solidarité féminine. « On est de plus en plus nombreuses derrière la caméra, rappelle Méliane Marcaggi. Je m’identifie aux personnages féminins et j’écris pour les femmes, comme d’autres. Ça aide à diversifier les propositions qui leur sont faites. »

Alexandra Lamy, vraiment lancée à travers la série Un gars, une fille avec Jean Dujardin à la télévision française entre 1999 et 2003, a longtemps cherché sa place dans le septième art. À ses yeux, le cinéma est en train de changer : « Au cours des années 1970 et 1980, les femmes avaient des premiers rôles, estime-t-elle. Durant les décennies 1990 et 2000, on les voyait passer un peu les soupes, mais les voici qui redémarrent en force au contact des nouvelles réalisatrices. »

Miou-Miou (de son vrai nom Sylvette Herry) a connu une glorieuse carrière. L’interprète des Valseuses de Bertrand Blier (1974) et de Coup de foudre de Diane Kurys (1983) fut une énorme vedette en France. « J’ai joué dans des films importants, La dérobade, de Daniel Duval (elle fut césarisée), La lectrice, de Michel Deville, La femme flic, d’Yves Boisset, mais l’âge aidant, les rôles se font plus rares, c’est sûr… » Elle n’en fait pas vraiment de cas. Les honneurs ne sont pas son truc. Miou-Miou vit sa vie avec un sourire, quels que soient les soubresauts de la route. Et voilà !
 

Ces entrevues ont été effectuées à Paris en janvier dernier lors des Rendez-vous d’Unifrance.

Belle-fille sort en salle le 2 octobre.