«De Gaulle»: poussières d’Histoire

Avec «De Gaulle», le réalisateur Gabriel Le Bomin propose un drame biographique non dénué d’intérêt, mais poussiéreux pas à peu près.
Photo: AZ Films Avec «De Gaulle», le réalisateur Gabriel Le Bomin propose un drame biographique non dénué d’intérêt, mais poussiéreux pas à peu près.

Au retour d’une victoire contre les Allemands au printemps 1940, Charles de Gaulle est promu général de brigade. Croyant avoir davantage les coudées franches quant aux tactiques à adopter sur le champ de bataille, le général de Gaulle est à l’inverse forcé d’assister, impuissant, aux manœuvres du maréchal Pétain pour déclarer l’armistice et soumettre la France à l’ennemi nazi.

Après avoir trouvé un allié en la personne du premier ministre Winston Churchill, c’est depuis l’Angleterre que de Gaulle agira.

Restée en France avec leurs trois enfants, Yvonne de Gaulle fait quant à elle face à son propre parcours de la combattante lors d’une fuite vers des cieux plus sûrs. Avec De Gaulle, le réalisateur Gabriel Le Bomin propose un drame biographique non dénué d’intérêt, mais poussiéreux pas à peu près.

En dépit d’un travail de maquillage très apparent (faux nez, sourcils redessinés) auquel on met quelques scènes à s’habituer, Lambert Wilson incarne avec une retenue appréciable le personnage pourtant « plus grand que nature » qu’était de Gaulle.

Cette intériorité pour laquelle opte l’acteur séduit tout spécialement lors des scènes de retrouvailles en famille, d’intimité auprès d’Yvonne, ou encore lors des moments volés avec leur fille benjamine, la petite Anne, atteinte de trisomie 21.

Très présente dans le récit, l’enfant, qui encaisse durement l’exil forcé, offre un ancrage émotionnel bienvenu au sein d’un film trop aseptisé sur ce plan. C’est que tant Charles qu’Yvonne sont dépeints, chacun de leur côté, comme deux saints en attente de se retrouver.

Nul doute que les époux étaient courageux, nobles, et maintes autres qualités encore dont l’Histoire n’a pas manqué de rendre compte… mais suivre ces deux protagonistes dénués de la moindre faille au gré d’une succession de scènes bavardes finit par devenir un brin ennuyant. Au diapason de son partenaire, la toujours excellente Isabelle Carré joue de fines nuances, ce qui aide.

Rendu carte postale

Plombé par un rythme solennel, le film est parfois un tantinet soporifique. Le réalisateur peine qui plus est à générer quelque tension que ce soit lors des séquences se voulant à suspense (telles celles se déroulant durant la traversée en bateau).

Ampoulée, la direction photo du vétéran Jean-Marie Dreujou (Le libertin, Les enfants du marais) fait très carte postale, et là encore, ce parti pris esthétique vide les situations de tout sentiment d’urgence. Ce, y compris lorsque l’abondant dialogue passe le message, d’une manière volontiers scolaire, que de Gaulle est en train de se battre pour l’avenir de son pays.

Une étrange dichotomie, mais un parti pris esthétique à la rigueur conséquent pour un film au classicisme résolument vieillot.

De Gaulle

★★

Drame biographique de Gabriel Le Bomin. Avec Lambert Wilson, Isabelle Carré, Olivier Gourmet, Clémence Hittin, Philippe Laudenbach, Tim Hudson. France, 2020, 109 minutes.