45e TIFF: «Another Round», d’alcool et d’eau fraîche

Dans «Another Round», Thomas Vinterberg remet en scène son acteur fétiche: Mads Mikkelsen.
Photo: TIFF Dans «Another Round», Thomas Vinterberg remet en scène son acteur fétiche: Mads Mikkelsen.

L’alcool, grand remontant et ciment social sous maintes latitudes. Les pays scandinaves entretiennent un rapport souvent fusionnel avec l’ivresse de leur côté. Allons nous étonner si le Danois Thomas Vinterberg (Festen, La Chasse) se penche avec Another Round (Druk en V.O.) sur la vie sous substances éthyliques.

Ce cinéaste, au départ associé au mouvement Dogma, aime analyser les contradictions de sa société, écorchant la famille et la communauté, avec des scènes souvent fortes et une caméra élégante. Sur un mode plus académique cette fois, mais en offrant des séquences impressionnantes de danses et de fêtes imbibées, il remet en scène son acteur fétiche : Mads Mikkelsen. Le voici en enseignant dans une polyvalente en crise de vie qui se sent déboussolé : mariage devenu stérile, enfants qu’il néglige, élèves baillant durant ses cours et la folie de sa belle jeunesse envolée.

Reste l’alcool, dont avec des confrères alliés, il défend les vertus à travers force rasades et à coups de théories fumeuses pour mieux s’encourager à trinquer davantage. D’autant plus qu’en décidant de boire même en secret à l’école, ces enseignants-là y gagnent en popularité. Plus drôles, plus proches des adolescents, soudain appréciés de tous. La situation va se morpionner et certaines cuites sévères ne pardonneront pas. En fond de trame, la société danoise qui fait couler à flots champagne et bière à tous âges et en toutes circonstances, mais ce terrain collectif est survolé.

Mikkelsen est toujours juste et capable de porter mille nuances dans ses yeux. La distribution d’ensemble est solide. Another Round s’entortille toutefois dans son fil scénaristique sans avoir tant à dire de significatif sur un sujet aussi porteur à force de l’exposer sous toutes ses facettes. Entre maisons, école, bars et fêtes arrosées, l’action s’étiole et s’éternise. Il manque une flamme, une profondeur, au film qui clôture pourtant sur un saut de l’ange de pure beauté.

Amour et âge tendre

Bon sang ne saurait mentir ! Suzanne Lindon, interprète, scénariste et cinéaste de Seize printemps (Spring Blossom) a pour parents les acteurs Vincent Lindon et Sandrine Kiberlain. La jeune fille est du bâtiment, comme on dit. Son premier long-métrage, en Sélection officielle à Cannes, compose une jolie sonate sur l’adolescence et ses émois. Le synopsis semblait annoncer un sujet houleux dans le sillage de l’affaire Matzneff. Une Parisienne de seize ans, incomprise par ses amies de lycée, s’amourache d’un comédien de 35 ans (Arnaud Valois) qui lui rend sa flamme. Mais la relation est tendre, jamais consommée, dansante et légère.

Photo: TIFF Image tirée de «Seize printemps».

Suzanne Lindon possède un intéressant minois qui ressemble à celui de Charlotte Gainsbourg dans sa prime jeunesse et confère à son personnage une touche d’ambiguïté. La jeune fille a des parents attentifs et aimants (Frédéric Pierrot et Florence Viala). D’ailleurs de beaux moments du film montrent ces liens de complicité et de tendresse entre père et fille, qui porte encore en elle les élans de l’enfance. Paris est là avec Le Théâtre de l’Atelier, les ruelles, les petits cafés, où s’échangent des baisers et des opéras à écouter, les serments effleurés. Seize printemps est une œuvre gracieuse, 

fraîche, inquiète et inachevée, comme l’âge entre deux eaux dont le film témoigne. On y a senti les promesses d’une carrière à suivre.