«Nadia, Butterfly»: la solitude de la nageuse papillon

Photo: Maison 4:3

Nadia Beaudry est nageuse depuis la tendre enfance. À 23 ans, ses prouesses en nage papillon l’ont menée à maints podiums. Lorsqu’on la rencontre aux Jeux olympiques cependant, la jeune athlète paraît tout, sauf épanouie. Dans Nadia, Butterfly, retenu en sélection officielle à Cannes, Pascal Plante pose un regard pénétrant non seulement sur son héroïne, mais aussi sur le milieu qu’elle s’apprête à quitter. C’est qu’elle a décidé de délaisser la compétition, Nadia. Or, en dépit de son projet d’étudier la médecine, on la sent, oui, entre deux eaux. À raison : jusque-là, la natation, c’était toute sa vie. Son identité, elle se l’est forgée autour de son sport. Dès lors, qui est-elle à présent ?

Dans un Tokyo fourmillant d’une faune merveilleusement indifférente, Nadia (Katerine Savard, une révélation) aura tout loisir d’errer en quête d’elle-même, d’un après. Un après qui passera par une série de douloureuses séparations : d’avec ses coéquipières, son coach, sa meilleure amie Marie-Pierre, qui, elle, entend demeurer dans le circuit…

À propos desdites coéquipières, Pascal Plante (Les faux tatouages) brosse un portrait vraiment fascinant des dynamiques à l’œuvre au sein de l’équipe de quatre femmes de tempéraments contrastés : la solidarité est là, mais l’esprit de sororité mentionné lors d’une entrevue aura auparavant été mis à mal par un état des lieux assez impitoyable dressé par Nadia au sujet de ce qu’elle perçoit, en s’incluant, comme le narcissisme des athlètes. Un tabou abordé de front par le cinéaste (et ancien nageur), entre autres considérations venant densifier une riche toile de fond.

Cela étant, même lorsqu’elle est avec ses paires, son entraîneur, la massothérapeute de l’équipe ou en train de fêter avec tout un tas d’athlètes à l’issue de son ultime épreuve, Nadia est, pour l’essentiel, foncièrement seule. De fait, Nadia, Butterfly n’est pas un film de sport classique. Ici, pas d’athlète (ou d’équipe) donné perdant l’emportant in extremis : on est dans la tête, dans la bulle de l’athlète. La magnifique scène dans la tente, où Nadia se réfugie pour pleurer, l’illustre à merveille : ce qui intéresse n’est pas la victoire éventuelle de l’athlète, mais sa psychologie  The Loneliness of the Long Distance Runner (La solitude du coureur de fond ; Tony Richardson, 1962) et Personal Best (Robert Towne, 1982) constituent de bons exemples de cette approche.

Photo: Maison 4:3

Harmonie et rigueur

Et le cinéaste de suivre Nadia, attentif à ce qu’elle dit et à ce qu’elle tait, pas tant par choix que parce qu’elle peine encore à cerner l’ampleur du bouleversement existentiel qu’elle a déclenché. En phase avec la dualité de Nadia, en proie à un profond tiraillement, le film se fait à la fois dynamique (comme l’était Les faux tatouages) et contemplatif, cet aspect affleurant au gré de longs plans-séquences souvent dénués de dialogue.

C’est le cas de l’ouverture du film, un plan-séquence, justement, lors duquel on accompagne les quatre nageuses sur deux longueurs de piscines, avec un lent zoom venant graduellement isoler Nadia au propre et au figuré. Sachant que la première scène d’un film revêt une importance capitale, celle de Nadia, Butterfly pourrait difficilement être plus brillante.

Ailleurs, la technique de Pascal Plante se déploie avec un mélange harmonieux de rigueur et de confiance qui ne cherche jamais à épater la galerie. Son film a beau épouser une perspective réaliste, à l’inverse de celle davantage romantique de la plupart des drames sportifs, le cinéaste n’en ménage pas moins certains instants de poésie, notamment par l’entremise, au montage, de fondus enchaînés jouant avec le motif de l’eau. Cette technique surannée confère en outre un surcroît de fluidité et de langueur à l’ensemble, qui prend son temps, mais pas indûment.

Certes, à l’instar de Nadia qui se retire avec une pointe d’hésitation, Pascal Plante semble un temps avoir du mal à laisser aller sa protagoniste. Une impression qui s’estompe toutefois lors de l’émouvante séquence finale entre Nadia et Marie-Pierre. C’est là une excellente chose, puisque la dernière scène d’un film est aussi importante que la première.

Nadia, Butterfly

★★★★

Drame sportif de Pascal Plante. Avec Katerine Savard, Ariane Mainville, Hilary Caldwell, Pierre-Yves Cardinal. Québec, 2020, 107 minutes.