«I Am Greta»: Greta Thunberg, avec ou sans son porte-voix

Le cinéaste a suivi pour son film la militante depuis ses premières grèves scolaires en 2018, à 15 ans.
Photo: Fournie par le TIFF Le cinéaste a suivi pour son film la militante depuis ses premières grèves scolaires en 2018, à 15 ans.

Rares sont les icônes propulsées dans l’arène du monde au sortir de l’enfance. La militante environnementaliste suédoise Greta Thunberg est de cette espèce-là. Jeanne d’Arc pour les uns, gamine manipulée par ses parents pour les autres, l’impact planétaire de cette toute jeune fille atteinte du syndrome d’Asperger relève du phénomène. C’était avant la COVID-19, bien sûr, venue en partie freiner son action (elle est retournée à l’école). Mais la Terre embrasée par les incendies, vidée de sa faune, asphyxiée par les émanations morbides n’a pas fini d’être en péril, et Greta de brandir son porte-voix.

Le documentaire suédois I Am Greta de Nathan Grossman est présenté au TIFF sur la lancée de Venise (dans nos salles en octobre). Le cinéaste y a suivi la militante depuis ses premières grèves scolaires en 2018, à 15 ans, transformées en mouvement mondial, jusqu’à son célèbre discours devant l’ONU. « Comment osez-vous ? » demandait-elle aux chefs d’État empêtrés dans l’inaction.

Fascinant destin que celui de cette enfant mutique plongée trois ans dans la dépression et l’anorexie après avoir vu à l’école un documentaire sur les ravages environnementaux, avant de devenir la figure de proue du navire international en perdition.

C’est d’ailleurs à travers des images captées sur le voilier qui lui a fait traverser l’Atlantique en 2019 vers New York que démarre I Am Greta : « Je crois que tout ce que j’ai vécu ces derniers mois ressemble à un rêve ou à un film, dit-elle alors. Mais à un film très surréaliste parce que l’intrigue en serait invraisemblable. »

Nous ne sommes pas devant une œuvre cinématographique de haut vol, mais devant un document à la fois complaisant et captivant, entre captures d’intimité et interventions officielles. Le cinéaste fait corps avec son sujet et les admirateurs de Greta en constituent le vrai public cible.

Par-delà ses prises de parole publiques, on s’attache à la découvrir fragile, ici excitée comme une enfant après avoir été encouragée par le pape, là en reprise d’anorexie, à certains moments désespérée devant l’ampleur de sa tâche, mais forte de ses convictions inébranlables. Greta Thunberg estime que son syndrome d’Asperger, en accentuant le pouvoir de concentration, l’aide à garder le cap sur sa mission. « Je ne vois pas le monde en noir et blanc, seulement les changements climatiques », déclare-t-elle. Cette timide ne cherche pas la lumière. Sa cause est vraiment ailleurs.

Balayant les accusations récurrentes voulant que son père écrive ses discours et soit le deus ex machina derrière son combat, le film nous la montre refusant plutôt les corrections paternelles devant un texte ou l’autre, tenant son bout pour ne pas affaiblir ses positions. Le rôle de son père demeure toutefois ambigu, à ses côtés, quoique ne s’épanchant guère devant la caméra. On comprend qu’il la soutient autant par conviction que pour lui éviter de sombrer à nouveau dans ses gouffres intérieurs.

Chose certaine, la ferveur de la militante ne peut être remise en question. « Une fois que tu as compris l’ampleur des problèmes, tu ne peux l’effacer », assure l’égérie du climat dont on apprend à mieux saisir, à travers ce film, les zones de complexité.