Histoires de paternité au 45e TIFF

«Concrete Cowboy», de Ricky Staub, est un fort beau film sur la relation père-fils (Idris Elba et Caleb McLaughlin) dans un univers surréel et réel. À Philadelphie, en des quartiers de la zone, vivent bel et bien des cowboys noirs modernes avec leurs chevaux à domicile
Photo: TIFF «Concrete Cowboy», de Ricky Staub, est un fort beau film sur la relation père-fils (Idris Elba et Caleb McLaughlin) dans un univers surréel et réel. À Philadelphie, en des quartiers de la zone, vivent bel et bien des cowboys noirs modernes avec leurs chevaux à domicile

Il est beaucoup question de paternité dans cette édition du TIFF. La voici arborée sans relâche comme un drapeau ou une blessure. Ainsi, dans Concrete Cowboy, de Ricky Staub, fort beau film sur la relation père-fils dans un univers surréel et réel (l’histoire est adaptée d’un fait vécu). À Philadelphie, en des quartiers de la zone, vivent bel et bien des cowboys noirs modernes avec leurs chevaux à domicile. Et c’est chez son père inconnu (Idris Elba, formidable) qu’atterrit Cole (Caleb McLaughlin), un adolescent violent que sa mère excédée envoie se faire voir ailleurs pour l’été. Ce jeune-là ne croyait pas tomber sur un cheval à son arrivée.

Et dans ce lien nouveau, bientôt profond, entre un homme qui perpétue avec sa communauté une tradition équestre urbaine et ce garçon révolté, tout un monde insolite et poétique se dévoile, tissé de rituels et d’amour des chevaux. En contrepoint : les rondes des policiers, les magouilles, la violence, l’ivresse des corrals, le marteau démolisseur sur les bicoques. Concrete Cowboy pourrait être un film de plus sur le passage à l’âge adulte, mais quelque chose d’universel, une humanité supérieure s’y greffe, avec une caméra et un ton de vérité. Certaines scènes de cavaliers dissertant sur la vie au coin du feu semblent provenir d’un lointain passé. Car le côté documentaire n’est jamais loin. Plusieurs séquences ont été tournées dans des lieux réels et de vrais cowboys noirs jouent des rôles secondaires. Il émane de ce film une grâce, maints clairs-obscurs, des plans magnifiques et beaucoup de dignité.

Pèlerinage rédempteur

Good Joe Bell, de Reinaldo Marcus Green, repose aussi sur une histoire vraie, douloureuse et bouleversante. Celle d’un père de l’Oregon, Joe Bell, qui avait traversé l’Amérique à pied afin de lutter contre l’intimidation après le suicide de son fils homosexuel de 15 ans, gravement harcelé à l’école. Le scénario est écrit par les scénaristes de Brokeback Mountain, Larry McMurtry et Diana Ossana, sans être aussi brillamment conduit.

Mais Mark Wahlberg, dans la peau du père d’abord aimant, mais bourru et dépassé, puis en marche vers sa reconquête, habite les contradictions du personnage. Et le jeune Reid Miller tient bien son rôle d’adolescent à la fois lumineux et désespéré. Tissé de flashbacks, le film s’offre des allers-retours entre un passé que nul ne peut refaire et un pèlerinage rédempteur. Mais le film peine à pénétrer la profondeur de son sujet. Quelque chose l’entrave : une peur de plonger dans la psyché d’un homme qui ne se connaît guère lui-même et qui digère mal ses propres préjugés. Good Joe Bell demeure une production assez académique, malgré les mérites de ses interprètes. Le scénario laisse le spectateur sur sa faim.

Henriksen éclipse Mortensen

Et puisque la paternité semble un sujet inépuisable, autant revenir sur Falling, premier long métrage (décevant) de l’acteur Viggo Mortensen. Il y incarne le fils gai appelé à s’occuper soudain de son père homophobe et raciste, frappé par la démence.

Mais Lance Henriksen, truculent en vieux monsieur indigne et intraitable, lui vole la vedette dans ce pas de deux. Mortensen y paraît bien falot. Même sa mise en scène se révèle sans éclat, accessible au grand nombre, sans la touche de magie qu’on aurait pu espérer du cinéaste acteur, également poète à ses heures. Mais au rayon des pères, celui-là à son couchant est décidément le plus culotté.