Jonah Malak invite à plonger à un souffle de la mort

C’est dans la grotte verticale du Boesmansgat, dans le désert de Kalahari, en Afrique du Sud, que Jonah Malak est allé tourner. Une grotte mythique associée aux portes de l’enfer.
Némésis Films Fragments Distribution C’est dans la grotte verticale du Boesmansgat, dans le désert de Kalahari, en Afrique du Sud, que Jonah Malak est allé tourner. Une grotte mythique associée aux portes de l’enfer.

Au fond de l’eau, on n’entend plus que son propre souffle, on ne voit plus que sa propre lumière. Cette solitude profonde, en milieu inhospitalier aux humains, c’est un peu la « dernière frontière », celle que courtisent les fous de la plongée, quitte, dans certains cas, à y trouver la mort. C’est ce qui est arrivé à Dave Shaw, le plongeur dont Jonah Malak suit la trajectoire dans le documentaire La dernière plongée de Dave.

C’est dans la grotte verticale du Boesmansgat, dans le désert de Kalahari, en Afrique du Sud, que Jonah Malak est allé tourner. Une grotte mythique que les Sans, la première nation locale, associaient aux portes de l’enfer. « C’est une des rares sources d’eau fraîche de la région », explique Jonah Malak en entrevue.

C’est aussi un terrain de jeu de plus de 200 mètres de profond pour les plongeurs, qui s’y entraînent à fracasser des records mondiaux.

C’est en partie ce qui intéressait Dave Shaw et Don Shirley, des amis de longue date et plongeurs de haut niveau, lorsqu’ils se sont lancés dans la grotte en octobre 2004.

Alors qu’il nage dans ses profondeurs, Dave découvre le squelette d’un autre plongeur, disparu là une dizaine d’années plus tôt. Saisi par sa découverte, il décide, après être remonté à la surface, d’alerter les parents du plongeur et d’organiser une nouvelle plongée, filmée du début à la fin celle-là, pour récupérer le corps.

Mais les choses ne se déroulent pas comme prévu, et Dave ne remontera jamais à la surface vivant. Plus de dix ans plus tard, c’est à Jonah Malak, qui n’avait pourtant jamais mis les pieds en Afrique du Sud auparavant, qu’il reviendra de raconter cette histoire.

Exploration intérieure

« Ce qui m’attire avant tout, c’est l’expérience humaine et la profondeur humaine », dit le réalisateur en entrevue. Jonah Malak, qui réalise aussi des films sous un autre nom, celui de Karim Haroun, a déjà à son actif quelques documentaires, dont deux portant sur des expériences mystiques et religieuses.

Lorsqu’il entend parler de l’histoire de Dave Shaw par son frère Marwan, qui est plongeur amateur, le réalisateur y voit toute de suite le potentiel d’une exploration intérieure. « La prémisse était très forte, dit-il. J’ai vu très vite le potentiel de pouvoir expliquer certaines émotions, certaines transes, certains niveaux d’expérience humaine. »

Une bonne partie du film est composée d’archives, tournées lors de la plongée initiale, lorsque Dave découvre le corps, puis lors de la plongée organisée pour le récupérer. Ces images, destinées à former un film, avaient finalement été mises de côté, dans la foulée de la tragédie de la mort de Dave.

Le film utilise aussi une séquence des dernières images tournées par la caméra de Dave au fond de l’eau, qui avaient été diffusées à la télévision sud-africaine à l’époque. C’est ainsi que l’on comprend le problème technique qui a provoqué l’accident.

Ces images ont été intégrées au film, entre autres parce qu’elles avaient déjà été diffusées à la télévision et qu’elles étaient disponibles sur YouTube. Avec l’accord de Don et de la veuve de Dave, Jonah Malak a utilisé l’extrait qui précède la mort effective de Dave.

Photo: Hubert Hayaud Le Devoir Jonah Malak, réalisateur et monteur du film «La dernière plongée de Dave»

Grand admirateur du réalisateur Werner Herzog, Jonah Malak dit s’être notamment inspiré du film Grizzly Man, en cours de réalisation.

Réalisé en 2005, Grizzly Man raconte l’histoire de Timothy Treadwell, cet aventurier qui se filmait auprès des ours avant de se faire dévorer par l’un d’entre eux. « Herzog nous fait écouter les sons du gars qui se fait dévorer par le grizzly », dit Malak.

Jonah Malak a suivi une formation de plongée de plusieurs mois pour réaliser ce film. « Je suis très loin de leur niveau », dit-il. Mais c’est son frère Marwan, plus expérimenté en plongée, qui a tourné les reconstitutions des scènes de plongée tournées en compagnie de Don. Ce dernier a été gravement blessé au cours de « la dernière plongée de Dave ». Mais il s’est remis à la plongée après l’événement.

Complexité humaine

Cet acharnement peut sembler incompréhensible pour les néophytes. C’est d’ailleurs ce que remarque le père du jeune homme mort dans les profondeurs de la grotte, dix ans avant Dave, dans le film.

On comprend mal, en effet, qu’un plongeur choisisse d’aller chercher le corps d’un mort à plus de 200 mètres de profondeur, alors qu’il demande à ses collègues de ne pas le faire pour lui-même en cas de décès. « C’est un paradoxe que tous les plongeurs ont », dit Jonah Malak. Cela fait partie de la complexité de certains êtres humains.

La dernière plongée de Dave est présentement en salle.