Faire fi des frontières, un film à la fois

Dans «Radioactive», Rosamund Pike, une interprète de premier plan, incarne Marie Curie, dirigée par Marjane Satrapi.
Photo: MK2 Mile End Dans «Radioactive», Rosamund Pike, une interprète de premier plan, incarne Marie Curie, dirigée par Marjane Satrapi.

L’expression « salles obscures » a pris un sens nouveau l’hiver dernier. Les cinémas du monde entier ont plongé dans la noirceur du confinement, entraînant à sa suite bien des films qui comptent beaucoup sur l’enthousiasme de la critique et la portée du bouche-à-oreille.

Depuis plusieurs semaines, nous pouvons renouer avec cette obscurité bienfaisante. Et à défaut de traverser librement les frontières, certains voyages sont encore possibles : suffit d’un couvre-visage, d’un bon lavage de mains, et du respect de la distanciation physique.

L’offre internationale fut déjà plus abondante, mais elle reflète les contraintes actuelles, marquées par l’omniprésence du discours scientifique — et ses tristes déformations. Qu’en dirait Marie Curie ? Cette chimiste française d’origine polonaise a transformé le monde avec ses travaux sur le radium, et décroché deux prix Nobel, en 1903 et en 1911. Marjane Satrapi esquisse la stature du personnage dans Radioactive (18 septembre), trouvant en Rosamund Pike une interprète de premier plan pour l’incarner.

Isabelle Huppert a aussi personnifié Marie Curie dans Les palmes de M. Schutz, et effectue cette foisd’autres mélanges, illicites, dans La Daronne (18 décembre) de Jean-Paul Salomé. Légèrement à contre-emploi, et dans un registre comique, l’actrice pourrait surprendre, tout comme Lambert Wilson dans le rôle d’une des plus grandes figures de la France du XXe siècle. Lui qui a jadis revêtu la soutane de l’abbé Pierre dans Hiver 54 portera cette fois les habits d’un général, dans de De Gaulle (25 septembre). Le cinéaste Gabriel Le Bomin a scruté cette époque où l’homme a commencé à devenir un mythe, au début de la Deuxième Guerre mondiale.

Photo: AZ Films Lambert Wilson portera les habits du général, dans de «De Gaulle». Le cinéaste Gabriel Le Bomin a scruté cette époque où l’homme a commencé à devenir un mythe, au début de la Deuxième Guerre mondiale.

Les tumultes de l’Histoire sont parfois des fabriques à héros, certains réels, d’autres imaginaires, comme ces agents très spéciaux, et particulièrement bien sapés : les Kingsman. Dans cette nouvelle aventure, The King’s Man (18 septembre), toujours signée Matthew Vaugh, nous remontons aux origines de cette agence, avec comme guide l’impeccable Ralph Fiennes.

 
Photo: Axia Films Certains se plaisent à dire que l’amour peut aussi ressembler à un champ de bataille, et c’est ce qu’évoque François Ozon dans «Été 85», l’adaptation d’un roman d’Aidan Chambers.

Certains se plaisent à dire que l’amour peut aussi ressembler à un champ de bataille, et c’est ce qu’évoque François Ozon dans Été 85 (13 novembre), l’adaptation d’un roman d’Aidan Chambers, et dans la continuité de sa démarche (Le temps qui reste, Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, etc.). Même cohérence et plus de légèreté, chez Emmanuel Mouret dont on ne se lasse jamais. Son élégance fait encore merveille dans Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait (2 octobre), marivaudage qui marque un retour au présent après le sublime Mademoiselle de Joncquières.

Photo: Pyramide Films L’élégance du cinéaste Emmanuel Mouret fait encore merveille dans «Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait», avec entre autres l’acteur Niels Schneider.

Comme ce présent est plutôt morose, l’humour venu d’ailleurs ne peut qu’être bienfaisant. Pour le moral, et l’inspiration, on suivra les aventures d’Argentins prêts à relever l’échine devant des bandits à cravates dans Les Z-héros(6 novembre) de Sebastián Borensztein. Et pour en savoir un peu plus sur l’infidélité conjugale, mais à la sauce russe, la cinéaste Larissa Sadilova propose sa délicieuse recette dans Il était une fois dans l’Est (4 décembre).

Toutes ces propositions prouvent une chose : si beaucoup de frontières sont encore fermées, celles du cinéma, et des salles, sont grand ouvertes. Et pas besoin de passeport.

Photo: AZ Films Pour le moral, et l’inspiration, on suivra les aventures d’Argentins prêts à relever l’échine devant des bandits à cravates dans «Les Z-héros» de Sebastián Borensztein.

Être une femme

Longtemps frappées d’invisibilité ou de mépris au cinéma comme à la télé, les personnes trans deviennent enfin des personnages à part entière, et surtout pas des bêtes de foire. À preuve, ces deux trajectoires dramatiques non pas vers l’acceptation de soi, mais celle des autres, ceux pour qui cette transformation ressemble à un saut dans l’abîme. C’est du moins ce que croit Benoît Magimel dans Lola vers la mer (11 septembre), de Laurent Micheli, forcé de faire un double deuil : celui de sa conjointe et celui de son fils Lionel, jeune homme de 19 ans prêt à tout pour enfin devenir une femme. L’atmosphère semble plus détendue dans l’entourage d’Alex (Alex Wetter), mais cet orphelin qui n’hésite jamais à afficher sa féminité voudra aller encore plus loin. Dans Miss (20 novembre), de Ruben Alves, suivez son parcours singulier, celui où il pourrait bien devenir… Miss France. Avec tous les secrets et les sacrifices qu’une telle conquête exige.