En avant pour le TIFF virtuel

La cinéaste Chloé Zhao est de retour avec Frances McDormand en sexagénaire qui part à l’aventure sur les routes dans «Nomadland».
Photo: TIFF La cinéaste Chloé Zhao est de retour avec Frances McDormand en sexagénaire qui part à l’aventure sur les routes dans «Nomadland».

Le 45e TIFF, qui démarre jeudi et se déroulera jusqu’au 19 septembre, ne connaîtra pas l’habituelle cohue dans la rue King ni ses défilés de stars avec attroupements des badauds. Le Bell Lightbox est réquisitionné et quelques autres écrans, dont deux ciné-parcs, mais le gros de l’action et des visionnements sera virtuel cette année. Au bout du lien, les journalistes, absents de la Ville Reine, tenteront de vous éclairer, fiers (hum !) correspondants au royaume de l’Internet. Ainsi va le monde au temps de la pandémie.

Toronto avait l’habitude de servir de tremplin aux grandes vedettes américaines, qui ne se déplaceront pas, comme il se doit, surtout avec des frontières fermées. Disponibles de manière virtuelle, hormis quelques cinéastes canadiens qui prendront pour une fois la pleine lumière devant les photographes. La Mostra de Venise, moins dématérialisée mais quand même chamboulée, fait de son côté la part belle aux cinéastes italiens, présents pour rencontrer le public quand leurs confrères étrangers manquent à l’appel.

Ce qui n’empêchera pas les films d’être au poste à Toronto et peut-être de créer le buzz à travers les critiques, en vue des Oscar et autres prix de cette étrange cuvée 2020. Des interruptions de tournage ont pourtant empêché plusieurs productions d’être terminées à temps. Il manquera des morceaux. Des vedettes seront présentes par écrans interposés, avec des hommages aux acteurs Anthony Hopkins et Kate Winslet, aux cinéastes Chloé Zhao et Mira Nair, ainsi qu’au compositeur Terence Blanchard. Sans compter les discussions avec les cinéastes Barry Jenkins, Claire Denis et les interprètes Halle Berry et Saoirse Ronan.

Cinquante longs métrages seulement au menu du TIFF plutôt que les 300 du cru 2019. Vrai régime minceur ! Du côté québécois, une disette inhabituelle. Pas de grosses fictions en primeur, attendues plutôt au FNC. Beans, de la cinéaste mohawk Tracey Deer de Kahnawake, fait un retour sur la crise d’Oka à travers le regard d’une fillette. Le documentaire No Ordinary Man d’Aisling Chin-Yee et Chase Joynt se penche sur le destin du musicien de jazz Billy Tipton, découvert transgenre après son décès. Ajoutez Like a House on Fire, drame familial du Montréalais Jesse Noah Klein tourné en Ontario. Et des coproductions : La nuit des rois réalisée par le Franco-Ivoirien Philippe Lacôte, Saint-Narcisse du Torontois Bruce LaBruce. Cinq courts métrages maison. Maigre récolte.

Quelques titres alléchants

En ouverture du TIFF, American Utopia de l’Afro-Américain multitalentueux Spike Lee, captation d’un spectacle sur Broadway du rockeur britannique David Byrnes, qui se veut également un regard sur une Amérique bien divisée.

Ammonite de Francis Lee, campé dans l’Angleterre du XIXe siècle si photogénique, brosse une histoire d’amour entre deux femmes (Kate Winslet et Saoirse Ronan) tissée de profondeur et d’humanité. Pour la première fois derrière la caméra, l’oscarisée Halle Berry aborde la boxe féminine dans Bruised avec une héroïne (Berry au visage tuméfié) qui veut relancer sa carrière et récupérer la garde de son fils.

Très hâte de voir Nomadland de la Sino-Américaine Chloé Zhao (cinéaste de The Rider). La voici de retour avec nulle autre que Frances McDormand en sexagénaire flouée par la vie qui part à l’aventure sur les routes.

Signe des temps, la question autochtone sera souvent abordée, en particulier dans le documentaire Inconvenient Indian de la Canadienne métisseMichelle Latimer, d’après un ouvrage de Thomas King, mariant les interviews, les prises de vue avec acteurs et les documents d’archives, en plusieurs langues, dont l’inuktitut et le cri.

Concrete Cowboy de Ricky Staub est un western urbain situé dans l’univers des éleveurs de chevaux noirs qui sillonnent les rues au nord de Philadelphie (avec Idris Elba et Caleb McLaughlin) en une étrange relation père-fils.

Sur scénario écrit par les auteurs de Brokeback Mountain Larry McMurtry et Diana Ossana, Good Joe Bell de Reinaldo Marcus Green livre aussi un duo père-fils, mais tiré d’une histoire vécue. Mark Wahlberg y joue un homme qui traverse les États-Unis pour prévenir les ravages de l’intimidation.

Falling, première réalisation de l’acteur Viggo Mortensen, qui y tient la vedette, a pour cadre une famille dysfonctionnelle, le fils devant prendre en charge un père homophobe et raciste (Lance Henriksen) frappé par la démence. The Father de Florian Zeller propose une autre histoire de démence paternelle. Anthony Hopkins y entre dans la peau d’un vieil homme en déni qui perd la carte devant sa fille (Olivia Colman).

Le cinéaste britannique J. Blakeson met en scène le thriller I Care a Lot avec Rosamund Pike et Elisa Gonzales en fausses avocates qui arnaquent des personnes âgées jusqu’à ce qu’un crime barre la voie à leurs beaux projets.

Et nul doute que le documentaire I Am Greta de la Suédoise Nathan Grossman, suivant le destin de l’adolescente bientôt à la tête d’un mouvement mondial de lutte contre les changements climatiques, fera beaucoup causer.

De tout cela et de bien d’autres films, on voudra vous parler, après s’être offert ce festival virtuel… formule qu’on espère ne voir durer qu’une année.

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