Téléfilm suspend son indice de réussite

L'Indice de réussite ne se chiffre pas qu’en termes de résultats au box-office, mais prend en compte le succès commercial, le succès culturel et le succès industriel du film. 
Photo: Marie-France Coallier Archives Le Devoir L'Indice de réussite ne se chiffre pas qu’en termes de résultats au box-office, mais prend en compte le succès commercial, le succès culturel et le succès industriel du film. 

En cette époque où tout est à revoir, Téléfilm revoit son indice de réussite. Et le met sur pause pour l’année 2020-2021. Le temps de mener une consultation nationale à son sujet.

Élaboré en 2010, implanté en novembre de l’année suivante, ledit indice vise à juger de la performance globale, sur une période d’un an, d’un long métrage financé par Téléfilm.

Cette performance ne se chiffre pas qu’en termes de résultats au box-office, même si ce dernier est pris en compte. Pour l’évaluer, une multitude de facteurs sont pris en compte. Et ils sont divisés en trois catégories. Ou plutôt, en trois types de « succès » que peut remporter une œuvre donnée. À savoir : le succès commercial, le succès culturel et le succès industriel.

Les 60 % de l’indice consacrés au volet commercial comportent par exemple les recettes au guichet des salles canadiennes et les ventes internationales. Les 10 % destinés au succès industriel sont évalués, eux, en fonction de la présence, ou non, d’une part de financement privé ou étranger venue compléter le financement de Téléfilm.

Finalement, les 30 % occupés par le triomphe culturel se basent, entre autres, sur la sélection d’un long métrage dans les festivals internationaux et les éventuels prix qu’il y remporte.

Une sélection au Festival de Cannes, par exemple, donne droit à deux points. Un prix à ce même festival, deux points aussi. Même chose pour les Golden Globes, les Oscar, les BAFTA ou les César. Plus deux pour une nomination. Plus deux pour un trophée.

L’indice sert, entre autres, à déterminer le financement des projets admissibles au volet accéléré du Programme de production. Une bonne note peut donc aider énormément — et vite.

À l’époque où la mesure a été implantée, des films comme Goon ou De père en flic connaissaient un succès incroyable, bâti sur les recettes au guichet. Depuis, le monde a changé.

 

La situation étant celle que l’on sait — salles de cinéma longuement fermées, nombreux festivals annulés, sorties repoussées —, les critères sur lesquels se fonde la performance d’un film ont bien entendu été chamboulés.

Mais il y a longtemps déjà que l’idée de remanier l’indice de réussite trottait dans la tête de Christa Dickenson, directrice générale de Téléfilm Canada.

Dès son arrivée en poste, en 2018, elle s’était donné pour but de « l’analyser et de le comprendre ». « À l’époque où la mesure a été implantée, des films comme Goon ou De père en flic connaissaient un succès incroyable, bâti sur les recettes au guichet, dit-elle. Depuis, le monde a changé. » C’est dans cette optique que la directrice générale souhaite transformer les critères d’évaluation. « Avant, je regardais mes films sur DVD, sur VHS ainsi qu’au cinéma. Ces jours-ci, je les regarde beaucoup sur les plateformes, comme le reste du monde. »

Justement, après son année de pause, l’indice de réussite pourrait-il revenir sous une forme nouvelle qui tiendrait compte de l’audience touchée par un long métrage en webdiffusion, par exemple ? « Mais bien sûr ! C’est mon espoir, justement, que ce soit une modernisation. »

Consultation nationale

Histoire que cette modernisation réponde réellement aux besoins des artisans et aux créateurs du milieu, une consultation nationale sera menée tout au long de l’automne. Lors de ces discussions qui se tiendront sur Zoom, époque oblige, l’équipe de Téléfilm recueillera les recommandations de l’industrie.

Notamment de l’Association québécoise de la production médiatique (l’AQPM), chargée d’organiser les rencontres virtuelles au Québec.

Comment les membres de cette association ont-ils réagi à l’annonce de la suspension de l’indice ? « C’est sûr que certaines compagnies qui pensaient se qualifier pour le financement accéléré sont un peu déçues, confie la présidente-directrice générale, Hélène Messier. Mais c’est une année absolument exceptionnelle et il est difficile de tenir compte des paramètres établis. Dans les circonstances, c’est une décision qu’on accueille bien. »

S’il y a une chose qui inquiète réellement les producteurs, ajoute-t-elle, ce sont les assurances pour reprendre les tournages en temps de pandémie. Et, surtout, la stagnation du financement accordé par le fédéral à Téléfilm. Principalement en ce qui a trait aux longs métrages.

L’industrie espère d’ailleurs que le discours du Trône du 23 septembre saura enfin répondre à la promesse électorale libérale de réajustement du budget de Téléfilm. « Le budget destiné à la production n’a pas été augmenté depuis 20 ans, rappelle Hélène Messier. Pourtant, on donne un mandat de plus en plus élargi à Téléfilm. Il faut lui accorder les moyens de financer mieux et davantage de projets, notamment pour en introduire un plus grand nombre qui tient compte de la diversité. »

En ce sens, le 26 août, Téléfilm a annoncé appuyer la création d’un Bureau de l’écran pour la communauté noire. Avec une promesse d’investissement de 100 000 $ par année. Mais il faut davantage. « Il y a un vent de changement dans l’air qu’on ne peut pas ignorer, conclut Christa Dickenson. Il y a un épanouissement de voix, et il faut que nous les prenions en considération. »

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