Le cinéma québécois serre les rangs

Réunis sous la bannière aimetoncinema.ca, les distributeurs québécois ont dévoilé de quoi notre cinéma sera fait d’ici le printemps.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Réunis sous la bannière aimetoncinema.ca, les distributeurs québécois ont dévoilé de quoi notre cinéma sera fait d’ici le printemps.

Jeudi avant-midi à la Cinémathèque, les médias ont eu droit à un aperçu de ce dont le cinéma québécois sera fait au cours des prochains mois. Présentés en rafale, extraits et bandes-annonces laissent présager une prometteuse variété de tons et de propositions. Des drames en tous genres — sportifs, psychologiques, sociaux — autant que des comédies à teneurs diverses, sans parler des suspenses, documentaires et films d’essai. Réunis sous la bannière aimetoncinema.ca, les distributeurs québécois ont pour l’occasion serré les rangs, avec l’espoir d’un retour du public dans les salles pour voir des films d’ici.

Pascal Plante ouvrira le bal le 18 septembre avec Nadia, Butterfly, un drame sportif estampillé du sceau cannois, Sébastien Pilote devrait présenter son Maria Chapdelaine aux Fêtes, Ricardo Troggi récidivera en humour avec Le guide de la famille parfaite au printemps, saison qui verra également la parution de Sam, un suspense signé Yan England…

Mais avant cela, on verra Souterrain, de Sophie Dupuis, qui lancera le Festival du nouveau cinéma et sortira le 9 octobre. À cet égard, il convient d’attirer l’attention sur la bande-annonce du deuxième long métrage de la réalisatrice de Chien de garde, qui est retournée dans son Abitibi natale tourner un film campé dans le milieu des mines. Des frissons, dès la première image : une prise de vue aérienne qui s’approche d’une mine isolée. On en montre juste assez pour titiller la curiosité, mais sans dévoiler quoi que ce soit de l’intrigue : ce devrait toujours être comme ça.

Il n’empêche, ce sont là des temps inédits pour la sortie d’un film…

« On est dans la résilience, opine Sophie Dupuis. Le monde entier l’est […] Je refuse de céder au désespoir ou à la colère. Ce serait une vie trop triste. Le fait que les festivals dans le monde soient compromis, c’est certain que c’est plate, mais moi ce qui m’intéresse, c’est le public québécois. Ce film-là est vraiment québécois ; il parle d’une partie de notre culture collective, parce que les mines, ça fait partie de nous et on en a peu parlé au cinéma. »

Résistance joyeuse

Au sujet du mouvement de solidarité des distributeurs, la réalisatrice Anaïs Barbeau-Lavalette s’est dite ravie — présenté à Berlin, son très attendu La déesse des mouches à feu prendra l’affiche le 25 septembre.

« D’habitude, les distributeurs se font compétition. Mais là, il y a une espèce de connivence, une envie commune de donner envie au monde d’aller voir nos films en salles. C’est très beau. On passe en moyenne cinq ans sur un film, et on le conçoit pour qu’il soit reçu en salle. C’est très différent du petit écran […] Il y a aussi une dimension “consommer local”, comme on a fait avec les voyages et la bouffe. Et puis, aujourd’hui, je trouve qu’il y a quelque chose de la résistance joyeuse dans le fait d’aller voir un film en salle. »

Malgré la bonne humeur affichée, toutefois, on sentait une certaine appréhension chez les cinéastes. En effet, nombre de films sortiront des mois, voire un an après la date initialement prévue, pandémie oblige.

Une pandémie qui a toujours cours et dont, en cinéma comme dans d’autres secteurs, on n’a pas fini de mesurer les répercussions. À ce contexte d’incertitude, et alors que des tournages reprennent timidement avec de nouvelles et strictes contraintes sanitaires, voici que s’ajoute l’annonce de la fin du financement par Bell du programme francophone du Fonds Harold Greenberg. Une catastrophe, s’entendent pour dire les acteurs du milieu (voir la lettre de la productrice Fannie Laure-Malo en page Idées).

« Le Fonds Harold Greenberg, ça ne dit rien au grand public, alors les gens ne vont pas descendre dans la rue pour ça, mais c’est tragique, cette coupe, déplore Anaïs Barbeau-Lavalette. En gros, ce fonds nourrit la plume, nourrit les auteurs : parfois, on passe trois ans à écrire un film. Aucun autre fonds ne permet de survivre de la sorte. Ça revient à enlever le pain et le beurre aux auteurs québécois. C’est assez violent. »

Bref, pour l’industrie, c’est une crise qui se dessine alors que la précédente n’est pas encore terminée. Quoi qu’il en soit, il y aura sous peu, et pour un bout de temps, du bon et du beau à foison dans les salles, le cinéma québécois promettant de faire vibrer le public d’ici vaille que vaille.

Nous reviendrons en détail sur ces titres dans votre DMagazine de la rentrée culturelle des 12 et 13 septembre.

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