Un «Mulan» au classicisme épique

Tout du long, le scénario de «Mulan» s’astreint à un travail d’équilibriste afin de plaire à tout le monde sans déplaire à quiconque.
Photo: Disney+ Tout du long, le scénario de «Mulan» s’astreint à un travail d’équilibriste afin de plaire à tout le monde sans déplaire à quiconque.

Dans son village chinois, la petite Mulan fait montre d’une adresse peu commune dans le maniement des armes et dans l’art du combat. Hélas, seuls les hommes peuvent aspirer à devenir guerriers. Les femmes, elles, honoreront leurs familles en se mariant. Mais voilà que le règne de l’empereur est menacé par une invasion orchestrée par un seigneur fourbe et une puissante sorcière. À la demande du souverain, chaque famille doit envoyer un homme à la guerre. Son père étant trop âgé, Mulan enfile l’armure de ce dernier et rejoint l’armée impériale. Et voici la jeune fille devenue garçon.

Enfin, façon de parler, puisque n’est manifestement pas encore venu le temps où Disney se sentira prêt à explorer la notion d’identité de genre dans une superproduction.

Coécrit par rien de moins que deux duos, soit les vétérans Rick Jaffa et Amanda Silver (Rise of the Planet of the Apes, Jurassic World), et les nouvelles venues Elizabeth Martin et Lauren Hynek, le scénario de Mulan suit une progression on ne peut plus classique, de l’enfance non conventionnelle à la première victoire sur le champ de bataille, en passant par le camp d’entraînement où Mulan se présente sous le nom de Hua Jun.

Tout du long, ledit scénario s’astreint à un savant travail d’équilibriste afin de plaire à tout le monde sans déplaire à quiconque. Autrement dit, il conte un récit d’émancipation à saveur féministe tout en faisant en filigrane la promotion de valeurs éminemment conservatrices. À titre d’exemple : une femme peut se battre, soit, pourvu qu’il y ait à la clé la possibilité d’une idylle traditionnelle avec un homme.

D’ailleurs, le mot « tradition » revient à chaque détour, et le concept est au cœur du dilemme que vit la courageuse Mulan. Or justement, il est intéressant de constater combien le film, après avoir présenté ce dilemme comme inextricable, le règle en un tournemain (aussi réjouissante soit-elle, l’ouverture soudaine, et totale, de tout un chacun ne convainc guère).

Heureusement, à force de dynamisme et d’élégance, la réalisation de la Néo-Zélandaise Niki Caro (Whale Rider) atténue quelque peu ces diverses aspérités narratives : que le film fonctionne relativement bien en dépit des nombreuses facilités du scénario est révélateur du talent de la cinéaste, qui a fort à faire.

Photo: Disney+

Car hormis Mulan (Liu Yifei), tous les personnages demeurent strictement unidimensionnels. C’est le cas de ce frère d’armes (Yoson An), admiratif de « Hua Jun », et plus si affinités lorsque Mulan reparaît telle qu’en elle-même (et pas avant, en un autre exemple de l’approche frileuse du studio).

Idem pour le méchant de service Bori Khan, un Jason Scott Lee (Dragon : the Bruce Lee Story) grimaçant qu’il fait bon retrouver, mais qu’on aurait voulu voir imparti d’une partition plus étoffée. À ses côtés, la toujours sublime Gong Li (Adieu ma concubine, La malédiction des fleurs dorées) campe avec panache la sorcière Xian Lang, femme jadis exilée pour avoir démontré des dons semblables à ceux de Mulan. Ce rôle s’avère tout aussi mince que les autres, mais la comédienne lui insuffle une mélancolie et une ambiguïté salutaires. Sa présence est en outre rehaussée par une tenue des plus flamboyantes.

Souffle épique

À cet égard, les costumes de Bina Daigeler (Volver), la direction artistique de Grant Major (Lord of the Rings) ainsi que la direction photo de Mandy Walker (Hidden Figures) confèrent une facture opulente, souvent majestueuse, au film. En d’autres mots, le budget de 200 millions de dollars américains est visible à l’écran.

Un écran qui ne sera pas celui d’un cinéma, mais d’une télévision, d’une tablette ou d’un téléphone, le studio ayant fait le choix de rediriger Mulan sur sa plateforme virtuelle Disney+ en ce contexte de pandémie. Une stratégie similaire a déjà été adoptée pour le film Artemis Fowls en juin. À noter qu’il s’agit dans les deux cas de productions destinées, pour user de la formule consacrée, « à toute la famille ».

Pour l’instant, seul ce créneau semble visé par le géant. Ainsi, un autre de ses gros canons, le film de superhéros Black Widow, qui lancera la phase 4 de l’univers cinématographique Marvel, sortira en salle, assure Disney.

Pour revenir à Mulan, disons que l’ensemble évoque à la réflexion un condensé de minisérie, tant tout s’y enchaîne vite et sans être développé. Pourtant, Niki Caro parvient à donner à tout cela un réel souffle épique. À terme, l’héroïne, c’est elle.

Mulan est disponible dès aujourd’hui sur Disney+.

Mulan (V.O. et V.F.)

★★★

Aventures de Niki Caro. Avec Liu Yfei, Yoson An, Donnie Yen, Gong Li, Jason Scott Lee, Jet Li, Tzi Ma. États-Unis, 2020, 116 minutes.