«Les parfums»: le charme discret de la subtilité

Dans le film «Les parfums», tout se déroule sans tambour ni trompette, tant dans le drame que lorsqu’au détour d’une scène émerge un moment d’humour.
Photo: K-Films Amérique Dans le film «Les parfums», tout se déroule sans tambour ni trompette, tant dans le drame que lorsqu’au détour d’une scène émerge un moment d’humour.

Guillaume Favre est aux abois. S’il veut espérer obtenir la garde partagée de sa fille, il doit impérativement se trouver un appartement plus spacieux. À Paris. Avec un salaire de chauffeur. Un chauffeur qui, par surcroît, est à un point d’inaptitude du licenciement. Anne Walberg, mademoiselle Walberg préfère-t-elle, vit également une période critique sur les plans personnel et professionnel : « nez » de son métier, elle créait autrefois des parfums pour de grandes maisons.

À présent, elle conçoit des désodorisants de salle de bains. Lorsqu’ils se rencontrent à la faveur d’un contrat qui les confine tous deux dans le même habitacle le temps d’un long trajet, leurs disparités ne sauraient être plus manifestes. Et pourtant… Pas une histoire d’amour, Les parfums, mais plutôt celle d’une improbable complicité.

Une complicité entre deux êtres que tout sépare en apparence, mais qui, on l’évoquait, subissent chacun de leur côté les contrecoups de situations malsaines qu’ils ont trop longtemps laissées stagner. Lentement, très lentement, ils se reconnaîtront. Et ce, sans explications, mais à demi-mot.

Le film du réalisateur et scénariste Grégory Magne bénéficie de la présence de deux interprètes remarquablement au diapason. Grégory Montel, un visage encore peu familier, se révèle très juste, et très touchant, dans le rôle de Guillaume, un homme cerné de toutes parts, mais résilient — et curieux, il s’avère.

En effet, c’est grâce à sa curiosité que Guillaume parviendra, sans l’avoir prémédité, à ouvrir une brèche dans la carapace de la cassante et hautaine Anne. Intrigué par le métier de sa cliente, voici que Guillaume pose des questions et se renseigne.

Ceci entraînant cela, Anne commence à renouer avec sa passion ; en partageant son savoir, qu’elle a de considérable, elle reprend confiance. Dans le rôle de cette dernière, Emmanuelle Devos réussit à nouveau à rendre complètement naturel un personnage qu’on pourrait trouver inusité sur la page. Anne existe dans un univers clos. Sa profession se pratique, et les connaissances liées à celles-ci s’entretiennent, dans la solitude.

Mais nul n’est une île, dit-on, et c’est en filigrane cette idée qu’explore Les parfums.

Par petites touches

Tout cela se déroule sans tambour ni trompette, tant dans le drame que lorsqu’au détour d’une scène émerge un moment d’humour. Les parfums alterne ainsi scènes du quotidien dans l’intimité de l’un et de l’autre protagonistes, et séquences tenant du road movie où l’on assiste au réchauffement graduel des rapports entre Guillaume et Anne. Un bel équilibre.

Certains bémols demeurent cependant. Par exemple, si l’approche tout en finesse et en nuances de Grégory Magne plaît énormément, il reste que parfois, l’absolue sobriété engendre une distance entre le spectateur et le film alors même qu’il y a rapprochement à l’écran. Étrange dichotomie, mais sporadique heureusement.

Par ailleurs, l’arc dramatique de Guillaume est assez prévisible, surtout en ce qui a trait à son permis de conduire et à son boulot qui ne tient qu’à un fil. La relation toxique entre Anne et son agente est, à l’inverse, beaucoup plus intrigante, mais un brin sous-développée.

Quoi qu’il en soit, le charme discret du film fonctionne bien dans l’ensemble. À nouveau, il convient d’insister sur la qualité du jeu de Grégory Montel et d’Emmanuelle Devos, qui font naître par petites touches subtiles non pas une idylle ni même, pour l’heure, une franche amitié, mais une sorte de connivence nourrie d’entraide et de compréhension mutuelle. Pour public épris de fragrances cinéphiles délicates.

Les parfums

★★★ 1/2

Drame de Grégory Magne. Avec Grégory Montel, Emmanuelle Devos, Gustav Kervern, Pauline Moulène, Sergi Lopez. France, 2020, 100 minutes.