Fantasia: virtuellement vôtre

Une scène du film mexicain «Perdida», de Jorge Michel Grau
Photo: Festival Fantasia Une scène du film mexicain «Perdida», de Jorge Michel Grau

Le festival Fantasia s’est ouvert jeudi avec The Reconking, film marqué désormais d’une controverse inattendue : son réalisateur, Neil Marshall, et sa vedette, Charlotte Kirk, sont tous deux mentionnés dans le récent scandale entourant la démission de Ron Meyer à titre de vice-président directeur de NBCUniversal. Tuile ou pas, Fantasia se poursuivra jusqu’au 2 septembre. Ce, en ligne, COVID oblige. L’offre inclut événements spéciaux, tables rondes et autres leçons de cinéma, cette portion étant accessible gratuitement partout dans le monde par l’entremise de Zoom. Quant aux films proprement dits, ce sont près de trois cents courts et longs métrages qui sont proposés. Notre sélection.

À tout seigneur, tout honneur : cette année, ceux-ci seront rendus au réalisateur et compositeur John Carpenter. Figure emblématique pour les amateurs d’horreur dont l’œuvre — cinématographique autant que musicale — influence aujourd’hui encore maints cinéastes plus jeunes, Carpenter est responsable de films phares tels Halloween (1978) et The Thing (1982).

En fait, John Carpenter constitue l’exemple type de l’auteur dont les films, à quelques exceptions notables près, déplaisent à la critique et n’attirent guère le public à leur sortie pour ensuite gagner en stature jusqu’à devenir cultes. On songe à Big Trouble in Little China (1986), In the Mouth of Madness (1995), et surtout They Live (1988), dont la savoureuse métaphore centrale semble ces jours-ci être prise au premier degré par plusieurs (pour mémoire, un homme y découvre que l’humanité est dirigée par des extraterrestres qui cachent des messages subliminaux partout).

Une prédilection pour l’économie formelle jumelée à un sens de la composition très sûr distingue son travail, bon cru, mauvais cru. « En France, je suis un auteur, et aux États-Unis, une sorte de clochard », plaisantait-il dans Le Monde en 2019 au moment d’être honoré par le Festival de Cannes. Au tour de Fantasia, donc, de saluer l’humble géant qui, pour l’occasion, se prêtera à l’exercice de la leçon de cinéma. Le 22 août à 16 h.

Du côté des tables rondes, on a hâte d’entendre les invitées de celle intitulée : Le battement à l’unisson du sexe et de l’art. Réinventer l’extase cinématographique à travers le regard féminin moderne sur la sexualité. Nicole Bazuin, Isa Mazzei, Josie Hess, Isabel Peppard, Morgana Muses et Zoé Wittock reviendront sur les maints archétypes et clichés dans la conception et la représentation des personnages féminins, ces derniers longtemps tributaires du (quasi) seul regard masculin hétéronormatif. Le 25 août à 17 h.

Musique et littérature

Autre discussion à laquelle on voudra assister depuis chez soi : Sauvetage musical : l’art de restaurer les trames sonores, en compagnie de plusieurs intervenants, dont les passionnés de la maison de disques spécialisée La-La Land Records. Très respectés, ceux-ci ont souvent accès à des archives musicales jalousement gardées par des compositeurs ou des ayants droit frileux. Leurs efforts ont permis la création d’éditions « définitives » de musiques de films enrichies d’éléments inédits. À leur catalogue, on trouve des noms influents comme Ennio Morricone, Bernard Herrmann, John Williams, Jerry Goldsmith, John Carpenter (tiens), Danny Elfman… Le 26 août à 17 h.

Enfin, vivement d’entendre le réalisateur, scénariste et producteur Mike Flanagan être interviewé par son confrère Mick Garris (Sleepwalkers) à propos d’adaptations lors de l’événement De la page à l’écran sanglant. Ces années-ci, Flanagan a multiplié les adaptations, dont deux de romans de Stephen King, Gerald’s Game (2017) et Doctor Sleep (2019), et celle, très libre et sous forme de minisérie, du classique de Shirley Jackson The Haunting of Hill House (Maison hantée).

Mike Flanagan réserve, semble-t-il, un traitement similaire à un autre classique, d’Henry James celui-là : The Turn of the Screw (Le tour d’écrou), déjà adapté quantité de fois, plus fameusement par Jack Clayton (The Innocents, 1961). Flanagan parlera également de ses productions originales comme Oculus (2013) et Hush (2016). Le 30 août à 15 h.

Note : places limitées et inscriptions obligatoires en ligne.  

Quelques suggestions de films

Bleed with Me, d’Amelia Moses. Dans un chalet isolé, une jeune femme en vient à soupçonner sa meilleure amie de la vider de son sang durant son sommeil. Psychose ou… autre chose ? Le 26 août et le 1er septembre

The Block Island of Sound, de Kevin et Matthew McManus. Les créateurs de la série Cobra Kai proposent un récit côtier où des phénomènes inexpliqués mettent à mal la quiétude d’une petite communauté. Argument connu, mais de leur part, on s’attend à être dérouté. Le 28 août et le 1er septembre

  

L’état sauvage, de David Perrault. Sur fond de guerre de Sécession, ce western impressionniste porté par une pléthore de personnages féminins (et des images sublimes) incorpore fulgurances oniriques et notations émancipatrices. Les 29 et 31 août  

Hunted, de Vincent Paronnaud (alias Winshluss). Le coréalisateur de Persépolis revient avec un projet solo se voulant une variation moderne du Petit Chaperon rouge, avec promesses de codes et de conventions revisités, détournés, etc. Intrigué, on est. Les 21 et 26 août 

Jumbo, de Zoé Wittock. On a hâte de retrouver Noémie Merlant (Portrait de la jeune fille en feu), qui cette fois s’éprend… d’un manège de fête foraine. Une allégorie originale et audacieuse sur la notion d’identité sexuelle. Les 28 et 31 août

Perdida, de Jorge Michel Grau. Curieux de découvrir ce film mexicain où le coeur d’un homme balance entre une nouvelle compagne et une précédente qui l’a mystérieusement quitté. Inspiré, paraît-il, par le cinéma de De Palma, ce suspense est campé dans une, fort symbolique on le présume, maison de verre. Sur demande.

Yankee, de Stéphan Beaudoin. L’auteur du perturbant Rang du lion est de retour avec cette histoire d’une jeune fugitive américaine venue se planquer à Drummondville chez un cousin truand. Un boxeur déchu complète un trio trouble dont la protagoniste ne sait plus trop s’il lui est salutaire ou malsain. Sur demande.

  

L’incroyable clôture — les fantastiques week-ends du cinéma québécois. Une sélection de dix courts métrages d’ici, dont L’âge d’or, d’Emmanuelle Lacombe, avec Fanny Mallette, Roseline comme dans les films, de Sara Bourdeau, avec Louise Portal, et Vigile, de Xavier Beauchesne-Rondeau, avec Vlad Alexis. En présentation gratuite sur Facebook le 30 août.

Billets virtuels en vente sur le site de Fantasia.