«Les Rose»: mon père, ce héros

Le documentaire «Les Rose» s’appuie sur différents extraits de films et d’enregistrements de Paul Rose et aussi de sa mère, Rose Rose.
Photo: Babel Films/ONF Le documentaire «Les Rose» s’appuie sur différents extraits de films et d’enregistrements de Paul Rose et aussi de sa mère, Rose Rose.

Après avoir brûlé en lettres de feu dans le ciel de la contre-culture québécoise, son nom est progressivement tombé dans l’oubli.

Membre actif du Front de libération du Québec (FLQ), condamné à la prison à perpétuité pour l’enlèvement et le décès du ministre libéral Pierre Laporte en 1970, libéré sous conditions en 1982, décédé en 2013, Paul Rose est longtemps demeuré un mystère pour son propre fils, Félix Rose.

Aujourd’hui adulte, ce dernier s’est lancé sur les traces de sa subversive et contestataire famille dans un documentaire simplement appelé Les Rose, produit par l’ONF.

D’une durée de deux heures, le documentaire s’appuie sur différents extraits de films et d’enregistrements de Paul Rose et aussi de sa mère, Rose Rose.

Cette dernière, sensible à la justice sociale et dont on sent l’énorme influence sur sa famille, a milité toute sa vie pour la libération de ses fils.

Le film se base aussi sur une longue entrevue avec Jacques Rose, oncle de Félix, qui faisait partie de la cellule Chénier aux côtés de son frère Paul, de Francis Simard et de Bernard Lortie.

Les tantes Rose de Félix interviennent également, comme sa mère, Andrée Bergeron, qui a rencontré Paul Rose lorsqu’il était en prison et qui a fondé une famille avec lui après sa libération.

Point de vue familial

C’est donc un point de vue familial que l’on présente aussi, celui d’une famille d’ouvriers de génération en génération, vivant dans la petite misère de Ville Jacques-Cartier, quartier pauvre des abords de Longueuil, où les jeunes Rose sont initiés à la contestation comme à la solidarité au milieu du XXe siècle.

D’abord professeur, puis activiste et militant indépendantiste, Paul Rose explique qu’il se radicalise à mesure qu’il sent que c’est la seule façon d’être entendu par les autorités.

On ne s’attarde pas ici sur les détails de la crise d’Octobre, bien qu’on y mentionne que Paul Rose aurait été absent au moment du décès de Laporte même s’il en a partagé la culpabilité puisque c’était, disait-il, la conséquence d’une action collective de la cellule Chénier.

On élabore aussi un peu, notamment à travers un court témoignage de Jacques Lanctôt, qui était quant à lui dans la cellule Libération responsable de l’enlèvement du diplomate anglais James Richard Cross, sur les dissensions qui couvaient entre ces cellules au FLQ quant aux moyens à prendre pour se faire entendre.

Le film laisse cependant dans l’ombre plusieurs éléments de la crise d’Octobre, cet événement majeur de l’histoire québécoise récente. Le détail des divers procès et sentences ainsi que le déroulement des événements y restent imprécis.

La culture de l’époque

La caméra demeure largement braquée sur la famille Rose, éludant les mouvements qui animaient la culture québécoise à la même époque.

Il faudra se contenter d’une brève déclaration de Gilles Vigneault, à la défense de la mémoire de Paul Rose, pour capter un peu du mouvement populaire autour du FLQ.

Félix Rose a pris la posture du documentariste en réalisant ce film sur son père. Il permettra peut-être ainsi à toute une génération de redécouvrir un pan de son histoire.

Mais il n’a pas pu se dégager complètement de la posture du fils, qui lève les yeux vers ce père méconnu pour en tracer, comme malgré lui, les contours d’un héros.

Les Rose

★★★★

Félix Rose, Québec, 2020, 127 minutes