«Flashwood»: l’adolescence ou la chronique d’un ennui

Dans «Flashwood», l’alcool, la drogue, les filles, les fantasmes s’étirent sans but précis en de longs après-midi d’errance.
Photo: Entract Films Dans «Flashwood», l’alcool, la drogue, les filles, les fantasmes s’étirent sans but précis en de longs après-midi d’errance.

Contrairement aux clichés américains, où l’entrée dans l’âge adulte prend des airs de fêtes permanentes, où l’alcool, l’amour et la liberté coulent à flots sans grande conséquence, Flashwood — par son réalisme, son refus des excès et son honnêteté — ne vous fera certainement pas regretter votre adolescence.

Bien qu’il emprunte plusieurs thématiques et réflexions à l’indémodable coming of age, le réalisateur Jean-Carl Boucher — qui signe là son premier long métrage — offre une œuvre impressionniste douce-amère sous forme de mosaïque. Ici, les personnages, les situations, les scènes s’enchaînent sans aucune logique évidente, sauf celle de chroniquer l’ennui, l’égarement et la confusion qui meublent cette difficile période de l’entre-deux.

On y suit, quelque part dans une banlieue triste fictive, les tribulations de Chris, Max et leur bande pour tromper l’ennui. L’alcool, la drogue, les filles, les fantasmes s’étirent sans but précis en de longs après-midi d’errance.

Quelques années plus tard, on retrouve les jeunes adultes flirtant entre leurs premières occasions d’affaires et l’appel du crime organisé. Coincés dans un lieu figé dans le temps, leurs rêves entravés par l’immobilité, les jeunes protagonistes font désormais face à un horizon aux contours à peine élargis.

Photo: Entract Films Pier-Luc Funk (à gauche), qui interprète ici l’un des rôles principaux, tire particulièrement son épingle du jeu, ajoutant une touche de complexité à un personnage qui peinerait autrement à susciter l’empathie.

Jean-Carl Boucher — connu notamment pour avoir tenu le rôle-titre dans la trilogie autobiographique de Ricardo Trogi — fait preuve d’une audace et d’une subversion peu communes, sacrifiant la narrativité et le réalisme au profit de la sincérité et du ressenti, dans l’héritage du cinéma direct.

Un peu à la manière du film Boyhood, de Richard Linklater, le tournage du projet s’est échelonné — un peu par hasard — sur près de sept ans, laissant les acteurs et amis grandir à l’écran, affinant leur jeu, leur complicité, leur connaissance des personnages.

Cette absence de contraintes laisse place à une subjectivité étonnante, à l’instinct de jeunes artistes qui apprennent à se faire confiance, explorant toute l’étendue de leur talent. Pier-Luc Funk, qui interprète ici l’un des rôles principaux, tire particulièrement son épingle du jeu, ajoutant une touche de complexité à un personnage qui peinerait autrement à susciter l’empathie, contribuant au passage à la scène la plus marquante du film.

Tous les collaborateurs participent à l’unisson à la construction de cet univers d’une dureté presque onirique. La trame sonore planante et étouffante de Pierre-Philippe Côté, la photographie et les prises de vues, qui relèvent la beauté du pathétisme, contribuent à instaurer une certaine lourdeur, une léthargie qui plombe les lieux comme les gens.

Tourné sans aide financière des institutions, le projet évoque par tous ses aspects une liberté créative bouillonnante — pas toujours achevée — dans laquelle transparaît un aspect « laboratoire » intéressant. Jean-Carl Boucher et ses amis ne devaient rien à personne avec ce film. La prochaine fois, parions que les ressources seront au rendez-vous.

 

Flashwood

★★★

Chronique de Jean-Carl Boucher. Avec Pier-Luc Funk, Antoine Desrochers et Simon Pigeon. Québec, 2020, 92 minutes.