«Actes de violence»: viens dans mon «comic strip»

Rien de ce qui s’étale dans «Actes de violence<i>»</i> ne surprend ou ne distille la peur. Jay Baruchel respecte le cahier des charges, fait preuve d’une dextérité visuelle, mais s’aventure sur les routes du morbide en touriste ébahi.
Photo: Entract Films Rien de ce qui s’étale dans «Actes de violence» ne surprend ou ne distille la peur. Jay Baruchel respecte le cahier des charges, fait preuve d’une dextérité visuelle, mais s’aventure sur les routes du morbide en touriste ébahi.

Son allure de gringalet et sa voix nasillarde ont beaucoup servi la carrière d’acteur de Jay Baruchel, aussi bien ici (The Trotsky, Goon) qu’à Hollywood (Tropic Thunder, Million Dollar Baby). Sa feuille de route est moins impressionnante comme cinéaste (Goon : Law of the Enforcers), mais elle témoigne du même éclectisme, celui de ne pas se cantonner à la comédie, bien qu’il excelle dans ce genre, et surtout devant la caméra.

On peut donc considérer Actes de violence (Random Acts of Violence) comme un acte de défiance, voire de foi, le film s’aventurant dans les méandres de l’horreur, tout particulièrement ceux du slasher, avec moult références à la popularité des bandes dessinées, des romans graphiques et autres comic strips. Et au masque évoquant un hideux visage humain, comme celui de Michael Myers dans l’increvable saga imaginée par John Carpenter Halloween, Baruchel oppose celui du soudeur, donnant à son tueur en série des allures de scaphandrier pataugeant au milieu de son désespoir.

Dans ce qui ressemble également à un typique road movie, avec son enfilade de paysages dénués de charme, de motels miteux et de stations-service désertées (l’Ontario est ici maquillé en côte est américaine), Actes de violence évoque aussi une quête à la fois artistique et existentielle. Todd (Jesse Williams) cherche une fin à sa série Slasherman et amorce une tournée de promotion jusqu’à New York dans l’espoir que l’inspiration finira par jaillir. Cette panne artistique affecte évidemment son humeur et se reflète dans ses rapports tendus avec sa conjointe Kathy (Jordana Brewster), son gérant (Jay Baruchel) et l’assistante de celui-ci (Niamh Wilson).

Le personnage qui a procuré la gloire à Todd n’est pas seulement le fruit de son imagination, d’où ses prises de bec avec Kathy qui cherche à donner la parole aux victimes collatérales des crimes sanglants du modèle de l’auteur, toujours vivant. Et plus le quatuor s’avance en direction de New York, plus il fait face à la présence menaçante d’un possible admirateur un peu trop zélé, ou de celui par qui l’horreur a débuté. Elle se matérialise à travers des scènes de meurtre directement inspirées du travail de Todd, l’ombre mystérieuse à la voix caverneuse égrenant même des indices qui nous laisseront croire un temps que cet esprit dérangé s’abreuve à la Bible (bonjour les références à Seven, de David Fincher).

Cette aventure est ici et là saupoudrée d’une certaine légèreté juvénile, chose avec laquelle Jay Baruchel sait jongler, mais le ton humoristique s’éclipse rapidement au profit d’un périple se voulant tout à la fois trépidant, sanguinolent et respectueux des codes. Évidemment, plusieurs jeunes actrices rivalisent ici en cris stridents devant l’innommable, mais aucune ne saurait dérober la couronne de Janet Leigh (Psycho) ou de sa fille Jamie Lee Curtis (Halloween) et ainsi ravir le titre de nouvelle « Scream Queen ».

Mais entre les massacres au bord de la route à la nuit tombante, les inserts graphiques comme autant d’échos à la réalité cauchemardesque des protagonistes et le vrombissement des voitures qui rappelle la redoutable Christine, bagnole démoniaque imaginée par Stephen King, rien de ce qui s’étale dans Actes de violence ne surprend ou ne distille la peur. Jay Baruchel respecte le cahier des charges, fait preuve d’une certaine dextérité visuelle (il faut ici saluer le travail de Karim Hussain, directeur de la photographie), mais il s’aventure sur les routes du morbide en touriste ébahi. Et pour nous, sur le siège arrière, arriver à bon port le plus vite possible devient notre seule préoccupation.

Actes de violence (V.F. de Random Acts of Violence)

★★ 1/2

Drame d’horreur de Jay Baruchel. Avec Jesse Williams, Jordana Brewster, Niamh Wilson, Jay Baruchel. Canada, 2020, 80 minutes.