«Pompéi»: au milieu des ruines

Deux amis complices, Victor (Aliocha Schneider, démon au visage d’ange) et Toxou (Vincent Rottiers, toujours crédible en mauvais garçon)
Photo: Métropole Films Deux amis complices, Victor (Aliocha Schneider, démon au visage d’ange) et Toxou (Vincent Rottiers, toujours crédible en mauvais garçon)

Le pillage des sites archéologiques et le trafic des artefacts apparaissent depuis des siècles comme une tragédie silencieuse, et on a du mal à imaginer l’abondance et la richesse des trésors emmurés autrefois dans les pyramides, dont plusieurs ont depuis disparu.

Cette question est évoquée, pour ne pas dire effleurée, dans Pompéi, une coréalisation signée Anne Falguères, dont c’est le premier long métrage de fiction, et John Shank (L’hiver dernier). Dans un lieu à la fois désertique et dépeuplé, où certaines maisons sont érigées sur pilotis tandis que des pylônes électriques défigurent le paysage, quelques jeunes travaillent nonchalamment à dépoussiérer des terrains pour y dénicher des reliques du passé.

L’enjeu est accessoire, bien qu’il prendra plus tard une dimension quasi tragique, car lorsque nous débarquons dans ce petit monde figé par la moiteur et l’ennui, il est dominé par deux amis complices, Victor (Aliocha Schneider, démon au visage d’ange comme sorti d’un film de Pasolini) et Toxou (Vincent Rottiers, toujours crédible en mauvais garçon), ayant sous leur autorité immorale un groupe de gamins, dont Jimmy (August Wilhelm), le jeune frère de Victor. Dire que ces petits turbulents font régner la terreur serait franchement exagéré, mais ce ne sont pas non plus des enfants de chœur. Un de leurs rituels préférés consiste à épier les ébats sexuels de leurs maîtres avec des filles qui, bien sûr, ne se doutent de rien.

Comme il arrive souvent dans les récits d’apprentissage, ceux de l’adolescence vers l’âge adulte, une jeune femme agit comme élément perturbateur, fracturant les amitiés pour que naisse un amour dont on se doute qu’il sera impossible, et éphémère. Billie (Garance Marillier, aux limites de l’impassible) porte aussi en elle une part de rage qu’elle reconnaît en Toxou, mais surtout en Victor. Celle-ci est séduite dès sa première rencontre par ce blond ténébreux, et dans des circonstances tendues, où la présence d’une arme à feu annonce forcément un malheur. Car Billie n’est pas libre de ses mouvements, surveillée de près par ses parents à qui elle a voulu faire du mal, et dont les justifications de son geste apparaissent quelque peu vaseuses.

Celles-ci sont par contre en phase avec le climat indolent, et aride, qui émane de Pompéi, les personnages nous donnant la curieuse impression de déambuler dans un champ de ruines, celui de leurs illusions perdues, et sans aucune boussole morale pour les guider. Ce n’est d’ailleurs pas anodin si les rares adultes à surgir ici et là sont soit antipathiques (avec fusil ou couteau à la main), soit apathiques (devant la télévision), rarement concernés par le bien-être de cette petite faune le plus souvent désœuvrée.

Avec son titre qui évoque des temps lointains et surtout un refus visible d’inscrire le récit dans une temporalité précise, dépouillé de gadgets technologiques et de bagnoles rutilantes, Pompéi distille une atmosphère de langueur, d’opacité, de désespoir tranquille. Les deux cinéastes se plaisent d’ailleurs à souligner à grands traits le mutisme des personnages, question d’en rehausser le mystère, une posture nous laissant parfois perplexes face à leurs motivations. Derrière leur mine patibulaire, on rêve de l’éruption d’un volcan, mais la mise en scène en neutralise sans cesse les secousses.

Pompéi

★★★

Drame d’Anne Falguères et John Shank. Avec Aliocha Schneider, Garance Marillier, Vincent Rottiers, August Wilhelm. Belgique–France–Canada, 2019, 95 minutes.