Marlon Brando (1924-2004) - Une vie familiale au coin de la tragédie

Los Angeles — L'acteur américain Marlon Brando, décédé jeudi à 80 ans, a défrayé la chronique avec une vie familiale mouvementée et tragique, mêlant meurtre, alcoolisme, dépression et suicide.

À 20 ans, il avait fui un père coureur de jupons et une mère dépressive et alcoolique dans son État natal du Nebraska (centre) pour rejoindre New York.

La vie de ce sexe-symbole, icône du septième art, fut ensuite mouvementée. Collectionneur de femmes, Marlon Brando a eu six enfants de ses multiples conquêtes et trois autres adoptés.

Le sang et les larmes ont fait une entrée fracassante dans sa vie il y a quatorze ans. Le 16 mai 1990, Marlon Brando était réveillé par un coup de feu tiré dans sa somptueuse villa du quartier Bel-Air à Los Angeles.

Il découvrait alors le corps de Dag Drollet, un Français de Tahiti (Polynésie) amant de sa fille Cheyenne, née de sa relation avec la Tahitienne Tarita Teriipaia. Il venait d'être tué d'une balle de revolver dans la tête par son fils Christian, un jeune homme violent et alcoolique, né de son mariage avec sa première femme, l'actrice Anna Kashfi.

Bataille judiciaire

Dès les premières constatations de la police, Marlon Brando avait engagé une bataille judiciaire pour tenter d'arracher son fils à la prison, mais il s'était heurté à la ténacité du père de la victime, Jacques Drollet, un haut fonctionnaire à la retraite à Tahiti, qui estimait que Christian Brando avait tué son fils avec préméditation.

Après avoir avoué dans ses premières déclarations à la police avoir tué Dag Drollet dans un accès de rage parce qu'il battait sa soeur Cheyenne, enceinte, Christian avait tenté de plaider non coupable.

Emprisonné, puis libéré sous une caution de deux millions versée par son père, Christian Brando avait finalement été condamné le 28 février 1991 à dix ans de prison. Il avait été libéré sur parole cinq ans plus tard. Au moment du procès, Marlon Brando avait déclaré: «Je pense que j'ai peut-être échoué comme père.»

Seule témoin du meurtre, Cheyenne avait été inculpée en juillet 1990 à Papeete (Tahiti) de complicité d'assassinat. Elle avait été laissée en liberté sous contrôle judiciaire avec interdiction de quitter la Polynésie française. Quelques mois plus tard, en novembre, elle tentait de mettre fin à ses jours en absorbant une dose massive d'antidépresseurs.

Cinq ans plus tard, en avril 1995, après plusieurs séjours dans des hôpitaux psychiatriques, Cheyenne se suicidait près de Papeete en se pendant, ajoutant un peu plus à la tragédie familiale.

Ses démons

Cette série de drames avait jeté une lumière crue sur la vie discrète de l'acteur. Loin des projecteurs d'Hollywood, Marlon Brando passait de longs moments en Polynésie française, dont il était tombé amoureux durant le tournage des Révoltés du Bounty, en 1962, et où il avait acheté en 1966 l'atoll de Teti'aroa.

Marlon Brando se battait lui-même contre ses propres démons et a passé des années en analyse. Le jeune homme au tee-shirt moulant dans le film culte Un tramway nommé Désir était devenu un vieil homme prisonnier d'un corps obèse, pesant à certains moments jusqu'à 160 kilos.

Ces dernières années, il vivait seul et endetté dans sa maison de Mulholland Drive, à Los Angeles, ressemblant de plus en plus au personnage désespéré du colonel Kurtz perdu dans la jungle vietnamienne qu'il avait interprété dans Apocalypse Now.

Selon une biographie à paraître intitulée Brando au crépuscule, l'acteur autrefois le mieux payé du cinéma était proche de l'indigence avec des dettes s'élevant à 20 millions de dollars.

Ruiné par les sommes énormes qu'il avait déboursées pour le procès de son fils Christian, il survivait grâce à l'assistance sociale, à une retraite de l'Association des acteurs de cinéma et à d'autres menus revenus, selon l'auteur de cette biographie, Patricia Ruiz.