Décès du réalisateur Joel Schumacher

Peu apprécié des critiques, Joel Schumacher fut l’un des «réalisateurs à tout faire» les plus occupés d’Hollywood dans les années 1980-1990.
Photo: Peter Kramer Associated Press Peu apprécié des critiques, Joel Schumacher fut l’un des «réalisateurs à tout faire» les plus occupés d’Hollywood dans les années 1980-1990.

Pendant une bonne partie des années 1980 et 1990, Joel Schumacher fut non seulement l’un des « réalisateurs à tout faire » les plus occupés d’Hollywood, mais aussi l’un de ceux qui y réussirent le mieux. Aux yeux du public, à tout le moins. En effet, le cinéaste décédé le 22 juin à 80 ans des suites d’un cancer n’était guère apprécié des critiques. Il reste que l’évocation de nombre de ses films ne manque pas de susciter des souvenirs émus auprès des générations ayant grandi auxdites époques. Du sentimental à l’horreur, St. Elmo’s Fire et The Lost Boys sont emblématiques d’une filmographie hétéroclite.

C’est que le cinéma, Joel Schumacher l’aima toujours dans toute sa diversité. Il vint au monde à New York, en 1939. Au magazine Vulture, il déclara à ce propos en 2019 :

« Je n’ai pas grandi avec Dieu et du tapis mur-à-mur, le standard de la classe moyenne. Si vous étiez un enfant unique, que votre père était mort et que votre mère travaillait six jours semaine et trois soirs semaine, vous étiez libre. J’étais seul. Et la rue a été mon école. » 

Si vous étiez un enfant unique, que votre père était mort et que votre mère travaillait six jours semaine et trois soirs semaine, vous étiez libre. J’étais seul. Et la rue a été mon école.

La rue, et le cinéma sis juste derrière chez lui. « J’ai toujours été une personne visuelle, alors j’habitais dans ce cinéma », confia-t-il à la BBC. Mais en dépit d’une passion précoce pour le septième art, Joel Schumacher s’orienta d’abord dans le domaine de la mode. À la Parson School of Design, il rafla tous les prix : encore étudiant, il habillait la vitrine de la boutique Henri Bendel, longtemps un des joyaux de la Grosse Pomme.

Puis, l’appel du cinéma se fit pressant, et c’est par l’entremise de la mode que Joel Schumacher y perça. En effet, Woody Allen lui confia la création des costumes de sa comédie de science-fiction Sleeper, en 1973. Schumacher écrivit ensuite divers scénarios (Sparkle, Car Wash, The Wiz) avant qu’enfin, on lui confie sa première réalisation : The Incredible Shrinking Woman (1981), comédie fantaisiste où Lily Tomlin se met à rapetisser. Ce fut une production difficile, et Joel Schumacher faillit retourner à la mode.

Or, en ce qui devait devenir un cas de figure récurrent, le film fut un succès populaire malgré un accueil critique tiède. Après le plus confidentiel D.C. Cab (1983), une comédie d’action avec Mister T., vint le film qui changea la donne pour le réalisateur : St. Elmo’s Fire (1985). Aucun studio ne voulait de ce projet sur de jeunes adultes qui se cherchent après l’université.

Sur la recommandation de John Hughes, qui venait de les diriger dans Breakfast Club, alors en montage, Ally Sheedy, Emilio Estevez et Judd Nelson furent embauchés. S’ajoutèrent les Demi Moore, Rob Lowe, Anthony McCarthy, Andie MacDowell…

Le surnom « Brat Pack », en référence au « Rat Pack » de Sinatra, Crosby et compagnie, en vint à désigner les membres de la distribution des deux films, qui cartonnèrent. Contrairement à Breakfast Club toutefois, St. Elmo’s Fire fut éviscéré par la critique : Schumacher le tâcheron qui confond forme et fond.

Grasses recettes à nouveau et réception plus clémente pour The Lost Boys (1987), dans lequel un adolescent (Corey Haim) découvre que son grand frère (Jason Patric) se transforme en vampire après s’être acoquiné à une bande de délinquants aux canines pointues.

Rythme effréné

S’ensuivit un rythme professionnel effréné. Alors la star la plus populaire de la planète, Julia Roberts tourna coup sur coup avec Joel Schumacher Flatliners (1990), sur des étudiants en médecine qui jouent avec la mort, et Dying Young (1991), ou l’amour entre une jeune femme pauvre et un riche mourant. Mauvaises critiques et gros revenus, bis.

Durant cette période parut également Falling Down (1993), un thriller psychologique dans lequel Michael Douglas interprète un homme qui craque. Pour une rare fois, la critique aima, mais le public, moins. En alternance, Schumacher réalisa deux adaptations de best-sellers de John Grisham et deux Batman.

Si les thrillers juridiques The Client, avec Susan Sarandon, et A Time to Kill, avec Sandra Bullock, firent bonne figure, Batman Forever, avec Val Kilmer, et surtout Batman and Robin, avec George Clooney, furent esquintés à raison.

Fin des superproductions, mais pas des vedettes, qui adoraient Schumacher et continuèrent d’affluer aux génériques de films inégaux. Du lot se distinguent Tigerland et Phone Booth, drame de guerre et thriller d’un minimalisme étonnant, tous deux avec Colin Farrell.

Pour la petite histoire, Joel Schumacher fut l’un des très rares cinéastes de sa génération à afficher son homosexualité sa carrière durant. Quant à ses films, il affirma à Vulture les avoir faits pour le public, uniquement.

« Il y a des années lorsque je tournais en Angleterre, il y avait une exposition à la National Gallery de [James McNeill] Whistler et [John Singer] Sargent. Tant Whistler que Sargent étaient détestés des critiques, et ils ont fait quelque chose de brillant. Juste à côté sur le mur, encadrées près des tableaux, étaient accrochées ces critiques horribles. Qui se souvient de ces critiques ? »

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