Décès de Ian Holm ​(1931-2020): adieu Bilbon

L’acteur anglais est décédé à l’âge de 88 ans de complications liées à la maladie de Parkinson.
Photo: Jon Furniss Invision / Archives Associated Press L’acteur anglais est décédé à l’âge de 88 ans de complications liées à la maladie de Parkinson.

L’acteur anglais Ian Holm n’est plus. Pour des millions de cinéphiles, il restera pour toujours le fourbe Ash, androïde homicide à la solde de la Corporation dans Alien, de Ridley Scott. En revanche, autant seront celles et ceux qui se souviendront plutôt de lui dans le rôle de Bilbon, dans la saga Le seigneur des anneaux, de Peter Jackson, d’après Tolkien. Ses proches ont confirmé son décès paisible, vendredi, à l’âge de 88 ans des suites de complications liées à la maladie de Parkinson. Nommé aux Oscar pour le film Les chariots de feu, d’Hugh Hudson, il tint en outre la vedette dans De beaux lendemains, d’Atom Egoyan.

Né en 1931 dans l’Essex d’un père psychiatre et d’une mère infirmière, il s’intéressa très tôt au théâtre. En 1949, son audition à la Royal Academy of Dramatic Art fut couronnée de succès. Au moment de fonder la Royal Shakespeare Company (RSC) en 1960, l’acteur et réalisateur Peter Hall convainc Holm de ne pas s’installer à Londres, mais à Stradford. Le pari paya.

Lauréat pour la pièce Henri V en 1965 du prix Evening Standard, la plus ancienne et prestigieuse récompense théâtrale en Angleterre, le comédien se fit vite un nom. Ce, tant sur les planches qu’à la télévision, par l’entremise des très populaires téléthéâtres de la BBC.

Outre de nombreuses œuvres shakespeariennes, Ian Holm collabora souvent avec le dramaturge Harold Pinter : créée en 1965, The Homecoming, histoire d’un retour au bercail traumatique, lui valut un Tony Award lorsque la pièce fut reprise sur Broadway, en 1967. En 1973, Holm tint la vedette de l’adaptation cinématographique réalisée par son ami Peter Hall.

Le cinéma par défaut

À ce stade, Ian Holm s’était peu aventuré au cinéma et, le cas échéant, dans des rôles secondaires de productions historiques opulentes comme Marie Stuart, reine d’Écosse (Mary, Queen of Scots, de Charles Jarrott, 1971). Tout cela changea lorsque, en 1976, l’acteur fut saisi au théâtre d’une crise de trac paralysante. Sa hantise du lever de rideau devint telle qu’il y renonça en bloc, la mort dans l’âme.

Première actrice américaine à se joindre à la Royal Shakespeare Company, Mia Farrow s’est souvenue de l’épisode sur Twitter vendredi, rendant au passage hommage à un collègue « infailliblement brillant ». « Il comptait parmi les géants du théâtre. Nous nous sommes rencontrés pendant que nous travaillions à la RSC où, au milieu de la représentation de The Iceman Cometh, la terreur s’est emparée de lui et il a quitté la scène — pendant 14 ans. »

Au quotidien Independant, Ian Holm confia à ce propos en 2004 : « On parle du personnage, Hickey, pendant 76 pages avant qu’il s’amène, et donc vous avez tout ce temps d’angoisse en coulisse. Et puis, une fois que vous êtes là, vous ne reprenez plus votre souffle jusqu’à la fin. C’est une cicatrice sur ma mémoire qui ne s’en ira jamais. »

Dès lors, le cinéma devint une planche de salut pour Ian Holm, pour subsister, certes, mais surtout pour continuer d’assouvir sa passion pour le jeu, demeurée intacte malgré son incapacité désormais à fouler la scène. Sa chance tourna quand un compatriote, le réalisateur Ridley Scott, le choisit pour un rôle pivot dans l’ambitieux film de science-fiction qu’il s’apprêtait à tourner : Alien, sorti en 1979 et considéré depuis comme un chef-d’œuvre. En androïde chargé en secret de protéger à tout prix l’organisme extraterrestre qui fait des ravages au sein de l’équipage d’un vaisseau spatial, Holm s’avéra glaçant de détermination, infusant une lueur malicieuse au regard de ce « robot ».

Superbe production historique ayant eu comme principal tort d’être préférée aux Aventuriers de l’arche perdue de Steven Spielberg par l’Académie des arts et des sciences du cinéma en 1982, Les chariots de feu offrit à l’acteur un autre rôle marquant, celui de Sam Mussabini, entraîneur déterminé (et victime de xénophobie) du coureur Sam Liddell dans l’Angleterre des années 1920. Sa composition sentie fut saluée par un prix BAFTA comme meilleur acteur de soutien, et par une nomination — sa seule en carrière — dans la même catégorie aux Oscar.

De Carroll à Tolkien

Au cours de cette décennie, et la suivante d’ailleurs, il enchaîna les projets à la télé et au cinéma, notamment auprès de Terry Gilliam dans Bandits, bandits (en Napoléon colérique) et dans Brazil. Dans le peu connu mais fascinant Dreamchild (1985), imaginé par Dennis Potter, il incarna un Lewis Carroll tourmenté au moment de créer Alice au pays des merveilles (Holm avait auparavant joué J.M. Barrie, auteur de Peter Pan, dans la minisérie The Lost Boys). Il apparut tout aussi inspiré en amoureux transi mais résigné de la criminelle Ruth Ellis dans Dance with a Stranger (1986), de Mike Newell.

Collaborateur apprécié, il fut souvent sollicité plus d’une fois par les mêmes cinéastes. Sa filmographie s’enrichit ainsi des noms de Franco Zeffirelli (Jésus de Nazareth, Hamlet), Kenneth Branagh (Henry V, Frankenstein d’après l’œuvre de Mary Shelley), David Cronenberg (Naked Lunch, Existenz)… Dans l’intervalle, il parvint à dompter son trac et effectua un retour au théâtre (en 1998, son Lear lui valut le Laurence Olivier Award).

En 1997, le cinéaste canadien Atom Egoyan lui confia un trop rare premier rôle, celui d’un avocat qui entend mener une action collective à la suite d’un tragique accident d’autobus dans De beaux lendemains, Grand Prix à Cannes. En 2001, après un apport sinistre au film des frères Hughes From Hell, sur le mystère entourant l’identité de Jack l’Éventreur, il entama une fructueuse, et plus longue que prévu, collaboration avec le Néo-Zélandais Peter Jackson.

Inoubliable en Bilbon Sacquet dans Le seigneur des anneaux. La communauté de l’anneau, Ian Holm reprendra le rôle dans Le seigneur des anneaux. Le retour du roi (2003), puis dans les antépisodes Le hobbit. Un voyage inattendu (2012) et Le hobbit. La bataille des cinq armées (2014). Ce sera son ultime passage devant la caméra. Le mot de la fin au mémorable personnage : « Je suis vieux, Gandalf. Ça ne se voit pas, mais mon cœur s’en ressent. Je me sens tout mince, distendu, comme du beurre étalé sur une trop grande tartine. J’ai besoin de vacances. De très longues vacances. »

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