Treize cinéastes européens unis contre les GAFAN

Treize cinéastes européens, dont Pedro Almodóvar (photo) demandent une réaction concertée face aux géants numériques extra-européens.
Photo: Alberto Pizzoli Agence France-Presse Treize cinéastes européens, dont Pedro Almodóvar (photo) demandent une réaction concertée face aux géants numériques extra-européens.

Treize cinéastes européens, d’Almodóvar à Lelouch, ont adressé mercredi une lettre à Thierry Breton, commissaire au marché intérieur, demandant à le rencontrer pour « unir les forces » afin d’imposer une régulation aux géants numériques extra-européens, principalement américains, mais aussi chinois.

« Exigence des régulations, sanction à la hauteur des enjeux, rapport de force diplomatique, vous avez fait entrevoir, écrivent-ils, que vous étiez prêt à assumer ces démarches vitales afin que les peuples puissent continuer à se raconter, à eux-mêmes et aux autres nations : des histoires originales, inattendues, des dramaturgies particulières, des prototypes loin des sentiers battus et loin des fourches caudines du big data des plateformes », rappellent les cinéastes.

La lettre est signée par Pedro Almodóvar, Cristina Comencini, Luc Dardenne, Costa-Gavras, Hugo Gelin, Jeanne Herry, Pierre Jolivet, Kamen Kalev, Claude Lelouch, Radu Mihaileanu, Cristian Mungiu, Olivier Nakache et Eric Toledano.

Tout en exprimant leur « appréciation » du message de « vigueur » que le commissaire « a adressé au dirigeant de Facebook », ils demandent à Thierry Breton de le rencontrer « pour inventer ensemble les solutions innovantes, audacieuses et concrètes ». « Nous croyons davantage à l’union des forces qu’à la verticalité, fût-elle vertueuse », notent-ils.

« L’Amérique avait bien compris ces enjeux culturels et industriels en imposant son cinéma à travers le plan Marshall […] Aujourd’hui, ses industriels s’appellent les GAFAN (Google, Apple, Facebook, Amazon et Netflix) et ils sont mille fois plus puissants. Et le confinement leur a permis de s’enrichir toujours plus », argumentent les réalisateurs.

« Les peuples européens […] ont bien compris aussi qu’en échappant à l’impôt, les GAFAN contribuaient si peu au financement des hôpitaux, de l’éducation et à tous les mécanismes vitaux des démocraties européennes. »

« Abandonner ce combat, affirment les cinéastes, c’est ouvrir la voie aux Big Brothers, c’est accepter qu’insidieusement notre culture européenne disparaisse dans une distraction permanente, réduisant définitivement les citoyens en consommateurs. Les champions numériques, qu’ils soient chinois ou américains, pourront alors […] dérouler dans les autres domaines car ils auront colonisé les esprits européens. »

En 1990, rappellent les cinéastes, l’UE avait fait naître l’exception culturelle, adoptée depuis par 183 pays. Bruxelles a lancé le 2 juin une large consultation pour réviser des règles destinées à mieux réguler Facebook, Google et d’autres géants de la tech.

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