«Antigone» règne (presque) sans partage

Nahéma Ricci, la vibrante vedette du film «Antigone»<i> </i>de Sophie Deraspe, s’est vu remettre l’Iris de la révélation de l’année.
Photo: Maison 4:3 Nahéma Ricci, la vibrante vedette du film «Antigone» de Sophie Deraspe, s’est vu remettre l’Iris de la révélation de l’année.

Pandémie oblige, c’est en ligne que s’est tenu le Gala Québec cinéma ce mercredi soir. En partie, du moins. En effet, après une vingtaine de prix Iris remis par les co-animateurs Élise Guilbault, Mani Soleymanlou et Guillaume Lambert, les célébrations se sont transportées à l’émission Bonsoir bonsoir ! de Jean-Philippe Wauthier où furent dévoilés les derniers lauréats. Encore auréolé de ses récents Prix Écrans canadiens, le puissant Antigone, de Sophie Deraspe, a solidifié son règne sur l’année cinéma écoulée, l’emportant dans les catégories du meilleur film, de la réalisation, du scénario, du montage, de la distribution des rôles et de la révélation de l’année pour sa vibrante vedette Nahéma Ricci.

Plusieurs s’attendaient à ce que le laurier ultime se joue entre Antigone et le tout aussi beau Kuessipan, de Myriam Verreault, film qui n’a finalement rien gagné du tout. Pincement.

Long métrage cumulant le plus de nominations, soit treize, Il pleuvait des oiseaux, de Louise Archambault, ou un amour de la dernière chance sur fond sylvestre, n’est, lui, pas reparti bredouille. C’était écrit dans le ciel, à raison, puisqu’elle y est bouleversante : Andrée Lachapelle a reçu à titre posthume l’Iris de la meilleure actrice dans un premier rôle. Son partenaire Gilbert Sicotte s’est pour sa part vu décerner celui du meilleur acteur dans un premier rôle. Le film a en outre ravi le Prix du public.

 
Photo: MK2 Mile End Andrée Lachapelle a reçu à titre posthume l’Iris de la meilleure actrice dans un premier rôle pour sa prestation bouleversante dans «Il pleuvait des oiseaux».

Pour ce qui est des rôles de soutien, le charismatique Sergio Castellitto a mis la main sur la statuette du côté masculin pour sa composition de parrain imprévisible dans Mafia Inc., tandis que du côté féminin, c’est la merveilleuse Micheline Bernard, mère rêvée dans Matthias & Maxime, qui sort victorieuse.

Un mot sur cette superbe ode à l’amitié entre gars, et plus si affinités, signée Xavier Dolan : à cause de données incomplètes, ce film ayant concouru pour la Palme d’or n’avait pas été retenu dans la catégorie de la production s’étant le plus illustrée hors du Québec. Non seulement le malentendu a-t-il été résolu, mais le film l’a emporté dans ladite catégorie. Avec celui de la meilleure musique, Matthias & Maxime aura engrangé trois prix.

Idem pour Sympathie pour le diable, biographie du correspondant de guerre Paul Marchand, Iris du meilleur premier film (pour le réalisateur Guillaume de Fontenay), du meilleur son et des meilleurs effets visuels.

Un cru charnière

Quant au foncièrement original Le vingtième siècle, portrait débridé de Mackenzie King imaginé par Matthew Rankin, c’est de quatre Iris qu’il s’agit, soit meilleure direction artistique (on n’en espérait pas moins), meilleurs costumes, coiffure et maquillage.

Un seul prix, mais non le moindre, pour 14 jours 12 nuits : celui de la meilleure direction photo remis au surdoué Yves Bélanger. Au rayon des courts métrages ont été récompensés, en fiction, Juste toi et moi, de Sandrine Brodeur-Desrosiers, et en animation, Physique de la tristesse, de Théodore Ushev.

Sur le front du documentaire, c’est Xalko, de Sami Mermer et Hind Benchekroun, sur des femmes kurdes qui tiennent leur village à bout de bras en l’absence des hommes exilés, qui a séduit les votants.

Photo: Shane Laverdière Le long métrage «Mathias & Maxime», de Xavier Dolan, qui avait concouru pour la Palme d’or, remporte l’Iris du film s’étant le plus illustré à l’extérieur du Québec.

Et puis, c’est sans oublier l’Iris hommage ô combien mérité remis à la documentariste abénaquise Alanis Obomsawin, qui depuis près de cinquante ans, dénonce, éclaire et inspire. D’ailleurs, le Gala Québec cinéma 2020 se sera résolument conjugué au féminin au vu de son palmarès dominé par Antigone, ce qui est fort bien.

Déjà qu’en amont, six des sept titres ayant été retenus pour l’Iris du meilleur film sont l’œuvre de femmes : un cas de figure inédit dont on ne peut que se réjouir. Une année cinéma déterminante, à n’en pas douter. À terme, on garde en mémoire le regard si doux d’Andrée Lachapelle, et celui, embrasé, de Nahéma Ricci : souvenirs complémentaires d’un cru charnière.