«Judy and Punch»: ainsi font, font, font...

En femme qui coupe symboliquement les liens — ou les ficelles — qui l’entravaient pour mieux devenir maîtresse de son destin, Mia Wasikowska est captivante.
Photo: Samuel Goldwyn Films En femme qui coupe symboliquement les liens — ou les ficelles — qui l’entravaient pour mieux devenir maîtresse de son destin, Mia Wasikowska est captivante.

Pièce célèbre du répertoire du théâtre de marionnettes, Punch et Judy relate les méfaits d’un coquin qui, après avoir balancé son bébé par la fenêtre, échappe au courroux de sa femme, qu’il assassine, puis aux tentatives pour s’emparer de lui d’un policier, de la Mort, et même du Diable. Les faveurs d’une jolie courtisane viennent couronner ses efforts. S’il est des histoires qui vieillissent moins bien que d’autres, celle-ci apparaît tout spécialement vomitive. D’où le plaisir que l’on prend devant Judy and Punch, la variation féministe qu’en propose l’Australienne Mirrah Foulkes.

Le récit est campé quelque part au XVIIe siècle, dans un bourg miséreux entouré d’une forêt dense perpétuellement nappée de brume. La rumeur d’une taverne se précise… En surplomb d’une scène de fortune s’activent les marionnettistes Judy et Punch à l’occasion d’une représentation — évidente mais jamais nommée — de la pièce Punch et Judy. Des deux, la virtuose, c’est elle. Ce qui ne l’empêche pas, lui, de prendre tout le crédit. En somme, Judy est la marionnette de Punch. Le couple, apprendra-t-on plus tard, tente ce soir-là un retour. C’est que les frasques de monsieur, trop porté sur la bouteille (et l’apitoiement), leur ont fermé toutes les portes du pays.

La suite reprend peu ou prou la trame de ladite pièce, avec à la clé, oui, infanticide et meurtre subséquent de Judy aux mains d’un Punch soucieux par-dessus tout de lui-même. Sauf que dans cette version-ci, Mirrah Foulkes ne fait pas mourir Judy, car cette fois, c’est elle, l’héroïne.

Recueillie dans les bois par une bande d’exclus qui se surnomment entre eux les hérétiques, Judy fomente sa vengeance. Pendant ce temps au village, Punch a fait accuser un vieux couple de serviteurs de ses crimes : à la perspective d’une double pendaison, la foule déchaînée salive déjà. En effet, les gens du cru, encouragés par une poignée de patriarches fanatiques, sont friands de procès en sorcellerie expéditifs et autres séances de lapidations publiques.

Tout le contraire de ce qui se passe en forêt, où Judy s’acclimate à ce qui s’apparente à une société matriarcale — les femmes étant les plus calomniées et chassées, lorsqu’elles ne sont pas tuées, elles composent donc tout naturellement l’essentiel de cette communauté clandestine. À cet égard, la cinéaste et scénariste ne force pas la note en explicitant ce qui est du reste manifeste, de la même manière qu’elle ne cherche pas à exprimer le sous-texte de son film par la bouche de sa protagoniste : à l’évidence, Foulkes fait confiance au pouvoir de l’image autant qu’à l’intelligence des cinéphiles.

D’ailleurs, l’intelligence revient comme un motif dans le film, l’une des mères bannies rappelant par exemple à sa fille que c’est la qualité la plus importante qu’elles doivent toutes cultiver si elles espèrent s’en sortir.

Dénouement jouissif

Soignée, la reconstitution d’époque déploie un univers crédible où la crasse et la saleté font partie du paysage, ce, tout en ménageant un espace quasi merveilleux relevant davantage du conte. Décor évocateur s’il en est, le manoir décati où demeurent Judy et Punch illustre bien cette dimension.

Conséquente avec la nature de la proposition, une théâtralité assumée pointe de-ci de-là dans les choix de réalisation, comme lorsque la caméra pénètre derrière un rideau végétal en trompe-l’œil à la suite des enfants qui viennent de rescaper Judy. Un mouvement, en l’occurrence, qui fait écho au dévoilement du théâtre de marionnettes lors de la séquence d’ouverture.

De telles répétitions ne sont pas rares et fonctionnent comme un prolongement visuel au principe narratif de mise en abyme qui régit tout le film. Un film qui, hélas, cherche souvent son souffle.

En effet, l’ensemble souffre d’un rythme incertain, le deuxième acte s’avérant assez laborieux. L’apport du compositeur François Tétaz (Rogue, Wolf Creek) se révèle alors particulièrement bienvenu : entre boîte à musique déréglée et sonorités anachroniques, une impression d’élan subsiste même lorsque l’action stagne.

En femme qui coupe symboliquement les liens — ou les ficelles — qui l’entravaient pour mieux devenir maîtresse de son destin, Mia Wasikowska (Alice in Wonderland) est captivante. Par deux fois interprète de Charles Manson (Mindhunters et Once Upon a Time... in Hollywood), Damon Herriman est quant à lui haïssable à souhait, ajoutant à la dimension jouissive du dénouement qui, pour revenir au côté conte de Judy and Punch, n’aurait pas déplu aux frères Grimm.

Judy and Punch est disponible en VSD sur la plupart des plateformes.  

Judy and Punch

★★★ 1/2

Drame fantaisiste de Mirrah Foulkes. Avec Mia Wasikowska, Damon Herriman, Tom Budge, Lucy Velik. Australie, 2019, 105 minutes.