«Becky»: la petite fille au bout du chemin

Tour à tour bête traquée et prédatrice, Lulu Wilson convainc en Becky. Kevin  James est de son côté plutôt crédible en chef des brutes.
Keri Anderson Tour à tour bête traquée et prédatrice, Lulu Wilson convainc en Becky. Kevin James est de son côté plutôt crédible en chef des brutes.

Becky est en colère. Un an plus tôt, elle a perdu sa mère : cancer. Or, à la faveur d’un week-end à la campagne, voilà que son père lui annonce son remariage prochain… en présence de sa nouvelle fiancée et du petit garçon de celle-ci. Du haut de ses treize ans, Becky est outrée. Évidemment, c’est sa peine, immense, qui s’exprime de la sorte. Puis, voici que pendant qu’elle est allée bouder dans sa cabane, un contingent de prisonniers en fuite s’invite à demeure. Mal leur en prend, car il se trouve que Becky est mûre pour un défoulement sanglant.

Et du sang il en coule, il en gicle, il en explose aussi dans cette très, très violente et assez efficace série B fusionnant les prémisses de La dernière maison sur la gauche (V.F. de The Last House on the Left), où des parents vengeurs éliminent au moyen de pièges sadiques les meurtriers de leur fille qui se sont étourdiment réfugiés chez eux, et Maman j’ai raté l’avion (V.F. de Home Alone), où, sur un ton comique cette fois, un gamin oublié à la maison bricole des traquenards pour arrêter deux voleurs.

Au sujet de cette seconde référence toutefois, il importe de préciser que Becky, une coréalisation de Jonathan Milott et Cary Murnion qui devait être dévoilée au festival de Tribeca, n’est pas un film famille, tant s’en faut. Au contraire, cette production horrifique, non dénuée de touches d’humour noir, certes, s’adresse d’abord et avant tout aux ferventes et fervents de gore.

Ainsi, tandis que les quatre malfrats (dont l’ancien lutteur néo-brunswickois Robert Maillet) terrorisent le père, la future belle-mère et son enfant, Becky refuse de se laisser intimider. À cet égard, la meilleure séquence survient au tout début, avec un montage alterné brillant où la violence dans la cour de la prison est juxtaposée avec l’intimidation (tiens tiens) dont fait l’objet Becky à l’école ; les images intersectées des deux lieux se répondent, se commentent… Par la suite, la réalisation tient davantage du fonctionnel, quoiqu’on dénote çà et là un réel sens de la composition, tel ce plan en plongée de la chaloupe après que la protagoniste a « disposé » d’un de ses assaillants avec le moteur (oui, le film va là, et pas à peu près).

MacGuffin et catharsis

Dans le rôle-titre, Lulu Wilson (découverte dans Sharp Objects puis The Haunting of Hill House) convainc, tour à tour bête traquée et prédatrice ayant l’avantage de connaître les bois entourant la résidence — isolée comme il se doit. Dans le contre-emploi ingrat du chef des brutes, un infect suprémaciste, l’habituellement rigolo Kevin James est plutôt crédible. Sa partition gagnant en importance passé le mitan, Amanda Brugel s’avère plus persuasive en mère louve.

Au fait, le prétexte de ce qui se transforme vite en carnage est la quête d’une mystérieuse clé que Becky a trouvée, et sur laquelle les importuns désirent mettre la main. Dans la grande tradition hitchcockienne, il ne s’agit là pour les scénaristes Lane et Ruckus Skye que d’un « MacGuffin », soit un élément important pour les personnages, mais qui se révèle complètement accessoire au récit.

Récit qui, c’est inhérent à ce type de propositions, comporte au moins autant d’invraisemblances et de comportements défiant l’entendement que d’éruptions de violence. Ça vient avec, si l’on veut. Et là encore, les amateurs, qui à terme devraient se délecter des exploits aussi cathartiques que sanguinolents de la jeune héroïne, sauront d’emblée à quoi s’attendre. Pour les autres : visionnez à vos risques et périls.

Le film Becky est disponible en VSD sur la plupart des plateformes.

Becky (V.O)

★★★

Horreur de Jonathan Milott et Cary Murnion. Avec Lulu Wilson, Kevin James, Amanda Brugel, Robert Maillet, Joel McHale. États-Unis, 2020, 93 minutes.