En VsD cette semaine: Romy l’éternelle

En 1970, le fllm «Les choses de la vie», de Claude Sautet, triompha, faisant de Romy Schneider une star du cinéma français.
Photo: Rialto Pictures / Studio Canal En 1970, le fllm «Les choses de la vie», de Claude Sautet, triompha, faisant de Romy Schneider une star du cinéma français.

Romy Schneider fit ses débuts au cinéma en 1953, à 15 ans. L’année suivante, elle écrivit dans son journal : « C’est une sensation curieuse, quand je sors dans la rue maintenant. Parfois les gens se poussent du coude en disant : “N’est-ce pas Romy Schneider ?” Et ils me dévisagent. C’est agréable et agaçant à la fois. Je me sens tiraillée ». Cette ambivalence ne quittera jamais celle qui, à une popularité aussi immense que précoce en Autriche, préféra le cinéma d’auteur en France, au point de devenir dans les années 1970 l’incarnation de la Française contemporaine. Les choses de la vie et surtout César et Rosalie, tous deux de Claude Sautet, y sont pour beaucoup. Le cinéma Moderne les propose en VsD dès le 1er mai avec le déchirant L’important c’est d’aimer, D’Andrzej Żuławski.

« Femme libre, artiste accomplie, elle continue de fasciner encore aujourd’hui. Elle incarne la femme moderne, elle est l’image même de ces femmes qui, dans les années 1970, ont cherché à gagner leur liberté et la maîtrise de leur destin », résume la biographe Isabelle Giordano dans Romy Schneider film par film.

Sorti en 1970 pile, Les choses de la vie fut un film charnière autant pour Romy Schneider que pour Claude Sautet. À l’époque, la première venait de tourner La piscine de Jacques Deray, avec Alain Delon, mais sortait d’un creux de vague professionnel. En effet, après le succès de la saga Sissi du milieu jusqu’à la fin des années 1950, Romy Schneider voulut casser l’image prégnante de l’impératrice bien-aimée et alterna durant les années 1960 projets hollywoodiens et « europuddings » souvent peu mémorables. Le segment de Luchino Visconti dans Boccace 70, Le procès, d’Orson Welles, d’après Kafka, et Dix heures et demie du soir en été, de Jules Dassin, d’après Duras, font exception et confirment un goût du risque ainsi qu’un désir de travailler avec des cinéastes dotés d’une vision. Mais voilà, après avoir tourné en moyenne trois films par an, voici qu’on l’oublia quelque peu. Ou qu’elle se désintéressa.

C’est dans ce contexte qu’elle arriva en France pour travailler avec Deray, puis qu’elle y resta pour enchaîner avec Sautet. Les choses de la vie fut le premier des cinq films qu’ils tournèrent ensemble. D’emblée, Sautet, qui lui n’était pas retourné derrière la caméra depuis quatre ans après l’échec de L’arme à gauche, fut subjugué.

Dans une entrevue à l’émission Entrée libre, le biographe Jean-Pierre Lavoignat expliqua : « C’est une rencontre, ils le diront tous les deux, qui tient quasiment du miracle […] Ce qui le fascinait d’elle, c’était sa manière d’incarner le quotidien et de le dépasser ; elle le rehaussait à une dimension romanesque, presque lyrique. »

Récit d’un homme (Michel Piccoli) qui, tandis qu’il agonise après un accident de la route, se revoit auprès de son ex-femme (Lea Massari) et de sa conjointe actuelle (Romy Schneider), Les choses de la vie triompha, jetant les bases du cinéma de Sautet et faisant de Schneider une star du cinéma français.

Une femme libre

Vint en 1972 César et Rosalie et un rôle plus étoffé pour l’actrice, celui d’une femme tiraillée (tiens) entre son amant présent (Yves Montand) et un second surgi du passé (Sami Frey). Chacun la veut pour lui, mais Rosalie ne s’en laisse pas imposer. Son statut de femme libre, qu’elle explicite dans l’une des répliques, marqua l’imaginaire.

À cet égard, Claude Sautet avait une idée bien arrêtée quant à la dynamique en présence. Dans l’ouvrage Sautet par Sautet, il relate : « Jean-Loup Dabadie et Claude Néron, les scénaristes, percevaient très bien César, mais ils butaient sur Rosalie. À leurs yeux, c’était une emmerdeuse. Telle était leur théorie sur le personnage et il m’a fallu les convaincre que c’était plutôt elle qui était emmerdée. »

À terme, Rosalie choisit — se choisit. Comme d’ailleurs Marie, dans Une histoire simple, dernier long métrage du duo paru en 1978, et que le cinéaste offrit à l’actrice après qu’elle lui eut demandé « un film sans histoire de bonhomme ; un film qui parle des femmes ». On aurait adoré le voir inclus à la programmation.

Dans un extrait daté de 1973 conservé par l’Institut national de l’audiovisuel (INA), on peut entendre Claude Sautet dire : « Je n’ai jamais cherché à tourner avec Romy Schneider. Mais à chaque fois que j’écris le personnage de la femme, je cherche une actrice, et je n’arrive pas à en trouver une autre que Romy, parce qu’elle a une très grande force de caractère en face des hommes, et qu’elle oblige les hommes à ne pas se donner des masques de mannequin, ce qui les oblige à se montrer tels qu’ils sont. »

 
Photo: Rialto Pictures / Studio Canal «César et Rosalie» offrit un rôle plus étoffé pour Romy Schneider en 1972. Le statut de femme libre de Rosalie, qui ne s’en laisse pas imposer, marqua l’imaginaire.

Autre registre et autre sensibilité pour L’important c’est d’aimer, d’Andrzej Żuławski, basé sur le roman de Christopher Frank La nuit américaine (aucun lien avec celle de Truffaut). Œuvre de bruit et de fureur, le film conte les amours tragiques de Nadine, une actrice déchue qu’on découvre réduite à tourner de la porno.

Déchirée (ce motif, toujours) entre un photographe épris d’elle qui veut relancer sa carrière et un mari à la dérive envers qui elle se sent redevable, Nadine saura-t-elle formuler ce « je t’aime » qui l’effraie tant ?

En entrevue à L’Obs à l’occasion de la restauration du film en 2011, Żuławski confia : « Je n’aurais jamais fait ce film sans Romy […] Chez elle, l’instinct primait. Elle savait pertinemment qu’elle jouerait son expérience de vie et apparaîtrait sans maquillage. Peu lui importait, du moment qu’on la photographiait de manière sincère. Je lui avais dit : “De toute façon, si c’est loupé, c’est sur moi que les coups pleuvront. Toi, tu seras la victime de ce connard de Polonais.” »

Mais ce ne fut pas « loupé ». Romy Schneider s’abandonna corps et âme dans ce rôle qui lui valut de remporter le tout premier César d’interprétation féminine à être décerné, en 1976.

Ce calme inatteignable

Des lauriers chers payés, toutefois. En effet, un tournage éprouvant et la fin abrupte d’une liaison avec son partenaire de jeu Jacques Dutronc l’affectèrent beaucoup. Difficile, cette période la vit aussi perdre son fils, qui se blessa en escaladant un mur et périt des suites d’une hémorragie.

Aux prises avec des problèmes de dépression et de dépendance aux médicaments, elle succomba dans la nuit du 28 au 29 mai 1982, à 43 ans, d’une vraisemblable surdose. Il ne fut jamais déterminé si celle-ci était volontaire ou accidentelle : à l’époque, les autorités classèrent l’affaire sans procéder à l’autopsie d’usage afin, comme le rapporte David Lelait-Helo dans Romy, « de ne pas casser le mythe ».

Dans une lettre quasi prophétique envoyée quatre ans plus tôt à son ami Claude Sautet juste avant d’entamer la production d’Une histoire simple, Romy Schneider écrivait : « Parfois ici, j’aime bien regarder les vieilles personnes seules, ou des vieux couples, à la fin de leur vie, avec ce calme qui n’est pas un vide. Pas toujours. Un calme que je n’atteindrai jamais peut-être, parce que je ne serai jamais vraiment vieille. Ta Ro. »

Les choses de la vie, César et Rosalie et L’important c’est d’aimer sont disponibles en VsD sur cinemamoderne.com