«Planet of the Humans»: la planète des raccourcis

Jeff Gibbs et ses acolytes sillonnent le pays afin de présenter des cas de projets éoliens et solaires qui seraient selon eux  des échecs.
Rumble Media Jeff Gibbs et ses acolytes sillonnent le pays afin de présenter des cas de projets éoliens et solaires qui seraient selon eux des échecs.

S’il voulait contribuer à alimenter la controverse sur la transition énergétique, Michael Moore a frappé fort en s’associant au documentaire Planet of the Humans, offert gratuitement sur Youtube depuis le Jour de la Terre. Mais le résultat est truffé d’erreurs factuelles et de raccourcis qui seraient pourtant à éviter, en particulier dans le contexte d’une crise climatique qui ne cesse de s’aggraver.

Pour éviter le naufrage du climat de la planète, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) évalue qu’il faut réduire les émissions mondiales de CO2 d’au moins 45 % d’ici 2030, mais aussi viser le « zéro émission » d’ici 2050. Et ce virage sans précédent passe obligatoirement par un développement très rapide des énergies renouvelables.

Quoi qu’il en soit, le réalisateur de Planet of the Humans, Jeff Gibbs, ne mentionne jamais le GIEC, ni la moindre perspective énergétique internationale. Dans sa tentative pour démontrer que les énergies renouvelables sont néfastes et qu’elles serviraient d’écran de fumée pour éviter de voir le mur qui nous attend, il se contente de quelques exemples épars choisis aux États-Unis.

À bord de son VUS, il sillonne ainsi le pays afin de présenter des cas de projets éoliens et solaires qui seraient selon lui des échecs.

Sans donner la moindre mise en contexte, il donne notamment la parole à des opposants à un parc éolien, au Vermont. Afin de démontrer que ce genre de projet ne sert qu’à justifier du « gaspillage » d’énergie et un saccage du territoire, l’un d’eux affirme que les éoliennes sont construites par une entreprise qui exploite des sables bitumineux et veut construire le pipeline Keystone XL. Or, c’est faux. Ces éoliennes ont été construites en 2012 par Green Mountain Power, une filiale de l’entreprise québécoise Énergir.

Le réalisateur utilise aussi des photos d’éoliennes abandonnées, et démontées en 2012, afin de démontrer l’échec de la filière. Il reprend d’ailleurs les images utilisées entre autres par des défenseurs des énergies fossiles sur différents sites critiquant les supposés « coûts cachés » des énergies renouvelables.

Des questions

Jeff Gibbs tend également le micro au chercheur américain Ozzie Zehner, qui a coproduit le documentaire avec lui. M. Zehner affirme, sans données à l’appui, que la construction d’une centrale de production d’énergie solaire requiert plus d’énergies fossiles qu’on peut retirer de bénéfices environnementaux de son utilisation. Une affirmation qui a fait réagir certains experts, d’autant plus que Planet of the Humans contient beaucoup d’éléments qui auraient mérité une mise à jour avant la mise en ligne.

On peut imaginer les réactions de scientifiques allemands, par exemple, lorsque Jeff Gibbs soutient que, malgré les investissements dans le solaire et dans l’éolien, ces deux filières représentent à peine 4,6 % de la production d’énergie du pays. Selon des données officielles, celles-ci représentent plus de 30 % du mix énergétique, et ce taux continue d’augmenter.

Certes, il est très pertinent de s'interroger sur les répercussions environnementales imputables à la construction des parcs de panneaux solaires ou d’éoliennes, mais encore faut-il prendre le temps d’analyser l’ensemble du « cycle de vie » des différents types de production d’énergie. En ce sens, le documentaire soulève néanmoins des questions intéressantes sur les effets de l’utilisation de la biomasse forestière, ou encore sur les « biocarburants » produits grâce à l’agriculture industrielle.

Il est aussi primordial de débattre de la poursuite d’une croissance économique infinie et d’une consommation sans cesse plus importante de ressources par une population en augmentation rapide. Dans le contexte de la crise actuelle et des questions soulevées sur le type de relance qui suivra, on ne peut toutefois pas faire l’économie d’une rigueur factuelle qui fait ici défaut.

Planet of the Humans

Documentaire de Jeff Gibbs. États-Unis, 2019, 100 minutes. Offert sur Youtube.