«Extra Ordinary»: fantômes en folie

«Extra Ordinary» a un as dans sa manche en la personne de Meave Higgins (à droite), qui compose avec le personnage de Rose une héroïne aussi improbable qu’attachante.
Photo: Kino Lorber «Extra Ordinary» a un as dans sa manche en la personne de Meave Higgins (à droite), qui compose avec le personnage de Rose une héroïne aussi improbable qu’attachante.

Rose Dooley est monitrice de conduite automobile. On ne le dirait pas à la voir, mais la trentenaire possède de puissants pouvoirs extrasensoriels. De fait, Rose a, entre autres dons, celui de communiquer avec l’esprit des défunts ainsi que celui d’aider ces derniers à poursuivre leur cheminement dans l’au-delà lorsqu’ils sont coincés ici-bas. Or, Rose a renoncé à se servir de ses talents particuliers puisqu’elle leur impute la mort tragique (et loufoque) de son père. Mais voilà, le destin la rattrape sous la forme d’un veuf entreprenant et d’un ancien chanteur reconverti dans la magie noire, entre autres personnages secondaires d’Extra Ordinary, une comédie fantastique fourmillant de sous-intrigues et d’idées.

Un peu trop, en réalité. Dommage, car le film est bourré de qualités — et d’originalité. Écrit et réalisé par Mike Ahern et Enda Loughman, Extra Ordinary a un ton bien à lui, entre humour noir et satire sociale. Campé en Irlande, le récit ne manque pas, par exemple, de décocher quelques flèches à l’Angleterre, notamment par l’entremise du « méchant » Christian, figure plus ridicule que dangereuse ayant conclu un pacte avec un démon à qui il a promis le sacrifice d’une vierge. Entre en scène Sarah, la fille de Martin, un homme toujours hanté par la présence courroucée de feu sa femme Bonnie. Et Martin de demander l’aide de Rose, qui finit par accepter.

Il en résulte une proposition qui, tour à tour, plonge dans l’hilarité ou la perplexité. Car toutes les blagues et trouvailles fantaisistes ne sont pas d’égale tenue. En dépit d’une truculence assez irrésistible en guise de liant, il se dégage parfois de l’ensemble un côté brouillon impossible à occulter.

Photo: Kino Lorber

Fabuleuse Meave Higgins

Parlant d’occulte, le traitement des éléments surnaturels rend compte, la plupart du temps, d’une approche technique agréablement surannée, avec des trucages optiques volontairement vieillots ou de (rares) effets gore à l’ancienne. À l’inverse, l’affrontement final avec le démon affamé de virginité rompt quelque peu le charme avec ses effets numériques limités. Un choix malheureux qui ne fait qu’exacerber, aussi tardivement qu’inutilement, le petit budget d’un film par ailleurs fort bien mis en scène et en lumière.

Extra Ordinary a toutefois un as dans sa manche en la personne de Meave Higgins, qui compose avec le personnage de Rose une héroïne aussi improbable qu’attachante. Dans son premier rôle au cinéma, l’actrice (aussi humoriste et autrice) maintient un mélange de détermination, de naïveté et d’absolue sincérité complètement craquant. Le film vaut le coup d’œil en grande partie grâce à elle.

Accessible en VSD à cinemaduparc.com

Extra Ordinary

★★★

Comédie fantastique de Mike Ahern et Enda Loughman. Avec Meave Higgins, Barry Ward, Will Forte, Claudia O’Doherty. Irlande, 2019, 94 minutes.