Psychanalyse à la tunisienne

Golfisteh  Faharani incarne Selma Derwish, une psychanalyste ayant quitté la France et qui s’installe à Tunis, où elle  a du mal à pratiquer en raison d’une  tracasserie  admninistrative.
Carole Bethuel Golfisteh Faharani incarne Selma Derwish, une psychanalyste ayant quitté la France et qui s’installe à Tunis, où elle a du mal à pratiquer en raison d’une tracasserie admninistrative.

C’est avec une comédie qui se déroule dans les rues de Tunis, que le festival Vues d’Afrique débutera vendredi, en ligne bien sûr, et gratuitement. À défaut d’une psychanalyse complète pour spectateurs en confinement, Un divan à Tunis, le premier long métrage de la réalisatrice Manele Labidi, offrira l’occasion de se dérider un peu.

L’histoire, simple, est inattendue. Psychanalyste ayant décidé de quitter la France pour retrouver sa Tunisie natale, Selma, incarnée par la fascinante Golfisteh Faharani, décide d’y ouvrir un cabinet.

La clientèle ne se fait pas prier pour s’y rendre, dans ce pays où, dit-on, chaque personnage est haut en couleur, où on parle beaucoup, mais où on n’écoute pas toujours. Mais ce qui empêche Selma de pratiquer, c’est une tracasserie administrative qui ne lui laisse aucun répit.

Manele Labidi l’admet en entrevue, c’est dans sa propre relation avec la Tunisie natale de ses parents que le film est ancré.

« Je suis née en France avec une forte imprégnation de culture tunisienne, dit-elle. Mes parents sont tunisiens, dit-elle. Ils sont arrivés dans les années 1980. On parlait arabe à la maison, et on allait en Tunisie pour les vacances d’été.

Comme bien des immigrants de deuxième génération, son rapport avec le pays de ses parents est ambigu et ambivalent. Reste que dans la foulée de la récente révolution en Tunisie, la cinéaste a eu envie d’y retourner, à l’envers du mouvement qui anime une bonne partie de la population, où beaucoup espèrent plutôt partir pour l’Europe. En entrevue, elle précise qu’elle n’a pas voulu faire un film sur le choc des cultures. La Tunisie qu’elle dépeint est authentique.

Pratique embryonnaire

Dans le cadre des bouleversements politiques récents en Tunisie, les cabinets de psychologues ont la cote, dit-elle, même si la psychanalyse, qui exige que l’on déballe les secrets de son existence dans le bureau d’un inconnu, se heurte à certaines valeurs des communautés arabo-musulmanes.

« La psychanalyse est une discipline qui me passionne depuis toujours, intellectuellement parlant », dit la réalisatrice, qui soutient qu’au-delà de certaines différences culturelles, la démarche psychanalytique peut être la même dans des pays comme l’Iran, la Tunisie, ou la France. Reste qu’en Tunisie, c’est une pratique qui demeure embryonnaire, précise-t-elle.

Mais une autre caractéristique de la Tunisie, c’est l’humour qu’on y trouve, dit-elle. Un humour « désespéré et cinglant, assez second degré » qui devient presque « une manière de voir le monde », dit-elle.

En Tunisie, le peuple est « extrêmement mélancolique et très lucide sur ses maux », dit-elle, mais il ne tombe jamais dans le drame.

Même si on lui a reproché de reproduire certains clichés dans son film, Manele Libidi a voulu montrer la vie tunisienne dans sa quotidienneté.

« J’ai voulu montrer la vie politique tunisienne en creux, qu’elle agisse comme un moteur de l’histoire sans en être un sujet », dit-elle. On va voir un journaliste commenter un sondage sur les salafistes, par exemple, ou un imam qui perd sa mosquée à leur profit.

« Les films arabes sont souvent durs et sérieux, précise la réalisatrice. Et les protagonistes y jouent le rôle de porte-voix ». Elle voulait une histoire qui ne traite pas de la lutte contre le terrorisme, ni du terrorisme lui-même, mais plutôt de la vie, banale, qui se déroule, jour après jour, en Tunisie, un sourire en coin.

Festival Vues d’Afrique - 36e édition

Du 17 au 26 avril sur la plateforme tv5unis.ca