Quarante bonbons télévisuels pour meubler une quarantaine (4)

Photo: Benoît Tardif

La nécessité du confinement est mère de suggestions télévisuelles inspirées. Le Devoir a préparé une sélection très variée pour vous permettre de tenir le coup encabanés chacun dans vos chaumières. De tout pour tout le monde. Quatrième et dernier texte.


Pick of the Litter (Disney+)

Le museau dans la caméra, les yeux grands comme ça, Paco, un magnifique labrador, vous fixe avec intensité. Réconfort instantané. Et il y en a tout plein, des plans aussi craquants, dans cette minisérie documentaire qui présente six chiens guides pour personnes aveugles. De l’entraînement qu’ils doivent suivre à leur quotidien auprès de leurs nouveaux maîtres, les réalisateurs Don Hardy et Dana Nachman nous font connaître Tartan, Pacino, Rafi… des compagnons en mission fidèles, sensibles, attentionnés. Ils éclipsent d’ailleurs haut la main certains des protagonistes qui les dressent dans les premiers épisodes, qui se révèlent nettement moins attachants (et même plutôt irritants). Signée Disney, cette production mise évidemment sur une musique hautement… disneyesque. Néanmoins, il faudrait un coeur de pierre pour ne pas s’émouvoir devant ces héros à poil qui font preuve de toute la bonté et de toute la loyauté du monde.

Natalia Wysocka

À (re)lire:

Les premier, deuxième et troisième textes de nos bonbons télévisuels pour meubler une quarantaine

Avec moi (tou.tv)

​« Salut tout le monde, moi c’est Rosie ! » C’est ainsi que l’héroïne de cette websérie pour ados présente toutes ses vidéos sur YouTube. Elle y parle de sa routine du matin, de ses techniques de chignon… jusqu’à ce qu’une succession d’événements la mène à montrer la détresse derrière la prétendue perfection. Plaisante et réussie, cette création de Marie-Ève Larivière réalisée par Sarah Pellerin évoque Fabuleuses, de Geneviève Pettersen et Mélanie Charbonneau, dans sa façon d’aborder le quotidien des influenceurs, et sa direction artistique en tons pastel. La distribution pétillante réunit notamment Marie-Evelyne Lessard, Laurence Latreille, Audrey Roger et Milya Corbeil-Gauvreau, toutes justes et naturelles. En deux saisons, Avec moi — qui aurait mérité un meilleur titre — aborde adroitement l’anxiété, la compétition, le deuil, l’intimidation, les relations mère-fille et l’incompréhension des adultes envers la célébrité en ligne, ce statut « convoité » qui vient avec ses propres codes, son langage, ses joies et ses déceptions.

Natalia Wysocka


La plateforme (Netflix)

Dans La plateforme, il y a trois catégories de personnes : celles qui sont au-dessus, celles qui sont en dessous et celles qui tombent. Et le génie de l’affaire, c’est que d’un mois à l’autre, on peut devenir l’une ou l’autre. On y vit des ascensions salvatrices, des descentes infernales et des chutes sans retour. Allégorie du capitalisme et de la pyramide sociale, le film La plateforme propose un huis clos anxiogène à souhait, rythmé au son industriel et à la cadence horlogère de cette plateforme impitoyable qui révèle ce que l’humain a de plus bestial en lui. La croyance en sa nature intrinsèquement bonne et empathique en prend pour son coronavirus. Une sorte d’écho au film Cube, mais en plus signifiant.

Hélène Buzzetti

 


Émergence (Vrak, dimanche, 20 h)

Long Island, par une nuit électrique. Tellement, que le courant flanche pendant quelques secondes. On sait que quelque chose de louche ou de terrible (ou les deux) vient de se produire. Et c’est ce que se dit également la cheffe de police de la région (Allison Tolman, remarquée dans la première saison de Fargo) qui est dépêchée sur les lieux d’un écrasement d’avion, dont semble s’être sortie indemne une fillette amnésique et énigmatique, qu’elle recueillera chez elle, de peur que des individus malveillants (et on comprend vite qu’il y en a beaucoup…) veuillent l’enlever… On se laisse rapidement prendre par ce suspense aux accents fantastiques, certes pas le plus original qui soit, mais diablement efficace.

Amélie Gaudreau


Sincerely Louis CK (louisck.com)

Voilà un bonbon forcément un peu amer que ce spectacle filmé de Louis CK, dont il annonçait lui-même la parution samedi dernier par le biais d’un courriel envoyé à ses fans. Ce retour à la scène — sa première véritable apparition depuis les révélations de ses inconduites sexuelles de novembre 2017 — n’est ni l’acte de contrition que plusieurs espéraient ni le doigt d’honneur à ses détracteurs que d’autres craignaient, mais plutôt un nouvel examen de certaines de ses vieilles obsessions (notamment, la fragilité de ce qui nous retient collectivement du bon côté de la force). Si bien qu’il y a dans cette heure autant matière à grincer des dents qu’à se remémorer les raisons pour lesquelles Louis a un jour été considéré comme le meilleur.

Dominic Tardif


Les invincibles et C.A. (Tou.tv dès mercredi)

Le cynisme amoureux avait la cote au milieu des années 2000. C’est du moins l’impression que peuvent laisser ces deux comédies québécoises, dévoilées à un an d’écart, qui traitaient avec originalité, autant dans la forme que dans le fond, du rejet des relations amoureuses « conventionnelles » par de jeunes gens, qui finalement, se faisaient rattraper chacun à leur façon dans le détour… Tou.tv rend disponible à tous l’intégrale de ces deux productions qui ont marqué leur époque et révélé Louis Morrissette en auteur dramatique et le duo de créateurs de séries déjantées François Létourneau et Jean-François Rivard (C’est comme ça que je t’aime).

Amélie Gaudreau


Top Dogs : homicides ! (noovo.ca)

La comédie policière potache est un genre en soi. La websérie créée par l’humoriste Alexandre Bisaillon exploite ce filon fertile en le détournant un brin… Ses enquêteurs, Patenaude (Bisaillon) et Detroit (Yannick de Martino) semblent avoir à peine le quotient intellectuel pour être admis à l’école de police, et pourtant, sur les scènes de meurtres qu’ils sont appelés à élucider, leurs babillages et théories absurdes leur permettent de régler ces affaires, souvent abracadabrantes, en un rien de temps. L’intérêt comique de l’exercice de style tient dans ces échanges bourrés de références à la culture populaire des dernières décennies, et aux personnages secondaires unidimensionnels, mais très drôles, comme celui du chef de police éparpillé (Didier Lucien) et de l’expert de scène de crime très timide (Thomas Beaudoin, le beau monsieur d’Hubert et Fanny dans un contre-emploi comique).

Amélie Gaudreau
 


Sunderland’ Til I Die (Netflix)

Il y a encore 50 ans, les chantiers navals faisaient rouler la ville de Sunderland. « Them jobs are gone », se désole un sympathique monsieur de la place. Comme la majorité des « locaux », il est fan du club de foot. Sunderland AFC, c’est sa raison de vivre. Billets de saison en main, il chante à la gloire de sa « red and white army » quand les choses se passent bien et hurle des mots moins polis quand les joueurs merdent sur le terrain. Cette absorbante série documentaire capte l’amour infini et sans cesse déçu d’un groupe de fidèles à une équipe historique, celle qui rêve encore de sa victoire à la Coupe d’Angleterre en 1973 mais qui, depuis, a chuté de la Premier League et dégringole perpétuellement dans les classements. La production se glisse dans les gradins et dans les coulisses pour dresser le portrait des footballeurs, des managers, et de tout l’argent en jeu — pensons à Jack Rodwell, recruté depuis dans les rangs de Sheffield United, longtemps resté à Sunderland, démotivé, assis sur un contrat de 70 000 livres. Par semaine.

Natalia Wysocka


Vendre ou rénover (Crave)

Les palmarès l’ont démontré : depuis deux mois, d’innombrables spectateurs ont visionné Contagion, trouvant un certain réconfort dans ce reflet fictif anticipatif de notre quotidien affecté par le virus. On oserait avancer que les quatre saisons de Vendre ou rénover peuvent offrir un refuge similaire. Déjà divertissante d’ordinaire, la charmante téléréalité animée par la courtière immobilière Maïka Desnoyers et le designer Daniel Corbin nous parle d’autant plus en ces temps où nous sommes pris entre quatre murs. Des familles qui se sentent à l’étroit dans leur maison, qui cherchent à faire un meilleur usage de leur espace, qui tentent de rendre un endroit inconfortable plus chaleureux et qui se chicanent parce que l’un ronfle… C’est comme la vie en temps de pandémie. Et que dire de ces bons vieux jeux de mots de « plaintes » et « plinthes » ?

Natalia Wysocka
 


MotherFatherSun (Tou.tv et CBC Gem)

Après une pause de plus de 30 ans, Richard Gere revient au petit écran dans cette production de la BBC. Le vétéran y incarne un bonze des médias américains, qui copine avec les politiciens britanniques et visite les premiers ministres pour déguster de petits sablés. Son exfemme tente d’éviter les paparazzis et leurs fils gèrent l’empire de son paternel sans passion, en consommant beaucoup de cocaïne. Comme son titre l’indique, MotherFatherSon raconte l’histoire de ce noyau mère-père-fils richissime, frappé par la tragédie. Après un premier épisode qui démarre en trombe, et porté par des dialogues efficaces, le rythme ralentit néanmoins pour sombrer dans un feuilleton familial mélodramatique. Bien que diluée, l’intrigue demeure toutefois suffisamment alléchante, et le jeu d’Helen McCrory et le charisme de Mister Gere sont dignes de mention.

Natalia Wysocka