«Albin de la Simone, images fantômes»: dans la tête d’Albin

Le documentaire suit l’auteur-compositeur-interprète Albin de la Simone pendant presque deux ans.
Photo: FIFA Le documentaire suit l’auteur-compositeur-interprète Albin de la Simone pendant presque deux ans.

Comment naissent les chansons ? La question est complexe et dépend de chacun des artisans, voire de chacun des morceaux. La cinéaste française Pauline Jardel, qui s’attarde depuis plusieurs années sur la création de musiciens de l’Hexagone, a braqué sa caméra sur le réputé auteur-compositeur-interprète Albin de la Simone, question de documenter la gestation de son dernier album.

Paru en 2016 mais présenté en première canadienne en ce moment dans le cadre du Festival international des films sur l’art (FIFA) tout en ligne, le film Albin de la Simone, images fantômes suit le pianiste et chanteur dans les méandres de la préparation de son disque L’un de nous.

Confinés dans leurs appartements respectifs pour cause de coronavirus, la cinéaste et le musicien ont pris du temps pour discuter de ce film dont le titre s’inspire d’un projet d’Albin de la Simone, les Films fantômes — déjà présenté ici au FNC —, qui puisait ses racines dans des œuvres qui n’existaient pas.

Dans une chanson, ajoute le musicien, « tout ce qu’on dit n’a de valeur que pour construire un pont vers ce qu’on ne dit pas. C’est là que s’engouffre le spectateur, c’est là qu’il a une part à jouer, qu’il peut entrer dedans et s’approprier l’œuvre ».

Pendant presque deux ans, Pauline Jardel a suivi Albin dans les détails de sa création. Elle entre dans son appartement parisien, il lui laisse des messages vocaux sur son répondeur, on suit le musicien dans sa quête pour trouver le bon piano pour l’enregistrement de ce disque, etc.

« J’estime que pour avoir toutes les étapes et tous les revirements de situation, ça prend du temps, ça ne peut pas être un film qui se tourne sur deux semaines, explique la cinéaste. Chaque fois qu’une étape se passait, ou qu’il avait une crise d’inspiration ou de doute, on était en contact. Je venais régulièrement le filmer. »

« Elle apparaissait, elle tournait ! » résume Albin de la Simone, qui est régulièrement venu au Québec au fil des années. C’était intimidant ? « Je protège ma famille, mon intimité, mais je ne protège pas mes doutes ou mon processus créatif, ça ne me dérange pas de le partager ! » dit-il.

Ce que Pauline Jardel appelle « le fil rouge » du film, c’est une chanson précise sur laquelle de la Simone bute et bute encore. « Et c’était devenu assez comique en fait ! » dit-elle. La création est « un jeu de cache-cache », résume le musicien, et ces allées et venues pour trouver le bon refrain, « ça illustre à quel point pour moi c’est compliqué d’écrire ».

À tel point que ce morceau a été retiré du disque L’un de nous à la toute dernière minute, après un doute venu happer le pianiste. « Et c’est lors un voyage au Japon en juin dernier que j’ai enfin trouvé le refrain de celle-ci. Et la première fois que je l’ai chantée au complet avec le nouveau refrain, c’est à Montréal, au Jardin botanique l’été dernier. Et j’ai pu présenter cette chanson comme enfin terminée. »

Des pièces complètes

Albin de la Simone, images fantômes propose par ailleurs quelque chose qui semble banal mais qui ne l’est pas vraiment : des versions complètes de plusieurs pièces musicales. Jouées en trio, elles ont été tournées dans divers lieux importants pour le musicien, comme l’école des beaux-arts où il a étudié gamin, ou même le jardin de sa mère, en Picardie.

« C’est une des choses qu’on voulait vraiment faire, souligne Pauline Jardel. Et je ne connais pas trop ça dans les autres documentaires sur la musique. Souvent, il y a des bouts de morceaux musicaux, mais rarement en entier. [Les pièces] rentrent dans le rythme du film, ce sont elles qui donnent une articulation au film. »

Même Albin, au départ, était « un petit peu perplexe » et se disait que bon, un couplet et un refrain ici et là feraient l’affaire. « Mais là, je trouve que c’est super. On n’est plus du tout dans le documentaire de télé, quoi. Grâce à ces moments-là, ça coupe complètement l’idée du documentaire avec une voix off, qui doit raccourcir les choses. Là, on rentre dans quelque chose où le propos artistique n’est pas écourté, où rien n’est simplifié vraiment. »

Cette présentation au FIFA représente la fin du parcours de ce film, qui a notamment accompagné la dernière tournée d’Albin de la Simone. « Son disque a eu pas mal de succès, il a fait énormément de concerts, et chaque fois on a proposé aux salles d’organiser une projection de films, avant ou après la date du concert. Beaucoup ont accepté alors il y a eu plein de projections en France, il a eu une petite carrière. »

Albin de la Simone, images fantômes

Sur le site du FIFA, au www.artfifa.com. Un laissez-passer à 30 $ permet de voir toute la programmation du festival jusqu’au 29 mars.