Le Festival de Cannes reporté

Les festivaliers craignaient à juste titre que le foyer de propagation des salles obscures avec leur clientèle internationale au coude à coude ne constitue un immense danger.
Photo: Valery Hache Agence France-Presse Les festivaliers craignaient à juste titre que le foyer de propagation des salles obscures avec leur clientèle internationale au coude à coude ne constitue un immense danger.

Le 73e Festival de Cannes, qu’on s’étonnait de voir demeurer quasi muet face au cataclysme en cours, pourrait être reporté. L’échéancier de la mi-mai, sous climat actuel, devenait impossible à insérer dans un horaire.

« Aujourd’hui, nous avons pris la décision suivante, indiquaient jeudi les organisateurs du grand rendez-vous de films par voie de communiqué. Le Festival de Cannes ne pourra se tenir aux dates prévues, du 12 au 23 mai prochains. Plusieurs hypothèses sont à l’étude afin d’en préserver le déroulement, dont la principale serait un simple report, à Cannes, fin juin début juillet 2020. »

Ils affirment avoir une pensée pour les victimes de la COVID-19 et expriment leur solidarité envers ceux qui luttent contre la maladie. « Dès que l’évolution de la situation sanitaire française et internationale nous permettra d’en évaluer la possibilité réelle, nous ferons connaître notre décision dans le cadre de concertations. »

Déjà son gigantesque Marché du Film (12 000 participants en temps normal) envisageait la mise en place d’une tribune numérique, en cas d’annulation du festival. Les grands hôtels cinq étoiles de la Croisette avaient de leur côté mis la clé sous la porte pendant un mois, mercredi, dans une France à l’arrêt. Les horizons d’une reprise rapide paraissaient bouchés.

La crise du coronavirus semble devoir se prolonger avec son lot de fermetures de frontières, quarantaines, vols d’avion annulés et autres moyens de transport collectif français réservés aux cas de pure nécessité. Quant aux festivaliers, ils craignaient à juste titre que le foyer de propagation des salles obscures avec leur clientèle internationale au coude à coude ne constitue un immense danger pour les participants qui auraient encore pu ou voulu y pointer leur nez.

Le cinéma frappé de plein fouet

Pour l’heure, l’industrie du septième est frappée de plein fouet : cinémas fermés, tournages suspendus. Un Festival de Cannes au printemps aurait certainement été un pétard mouillé. On imagine mal des stars gravissant des tapis rouges et des cinéastes causant de leurs films devant un auditoire clairsemé.

Et comment s’y seraient-ils déplacés ? L’Italie devrait demeurer confinée pour quelques mois, comme l’Iran et sans doute la Chine, sans compter les autres pays à la circulation mise en parenthèse.

Depuis le début de la crise, les bonzes de la manifestation affirmaient attendre la mi-avril avant de se prononcer, mais au rythme des hécatombes, attendre un mois devenait surréaliste, voire choquant, pour les membres de l’industrie, dont les 4000 journalistes accrédités, maintenus trop longtemps dans le noir.

Est-ce que la reprise à la normale est envisageable cet été ? Pas certain du tout. Du moins, les organisateurs auront-ils le temps de voir venir. Un report de l’événement à l’automne serait risqué. Le calendrier des Festivals : Venise, Toronto et compagnie est déjà serré. Alors, s’y insérer… Bref, le sort du plus grand festival du monde est en suspension pour un temps, sans déclarer vraiment forfait.