«Mont Foster»: thriller poétique au sommet

Ici, même les scènes de folie ont leur part de réalisme, merci à Laurence Lebœuf. Quant à l’attitude passive du Mathieu de Patrick Hivon, elle apporte sa dose de suspicion.
K Films Amérique Ici, même les scènes de folie ont leur part de réalisme, merci à Laurence Lebœuf. Quant à l’attitude passive du Mathieu de Patrick Hivon, elle apporte sa dose de suspicion.

Ça commence mal. Et ça se termine nécessairement mal. Tendu d’un bout à l’autre de ses 100 minutes, Mont Foster, première réalisation de Louis Godbout, correspond bien au genre auquel il prétend. Campé dans une maison isolée au sommet d’une montagne, ce thriller psychologique n’est dénué ni de mystère ni de fausses pistes.

Chloé (Laurence Lebœuf) et Mathieu (Patrick Hivon) forment un couple dont la froideur de la relation cache un drame. L’idée de se ressourcer dans leur luxueuse résidence secondaire n’aurait pas été une mauvaise idée s’ils jouaient à armes égales. Or l’une souffre plus que l’autre. Sa sensibilité à elle versus sa rationalité à lui, cliché genré s’il en est, met néanmoins la table à un palpitant récit à double vision.

Tout en finesse, l’affrontement ne donne pas lieu à des scènes violentes ou macabres. Quoique Mont Foster n’est exempt ni de corps morts ni d’images d’horreur. C’est un thriller, disait-on. Sa construction, malgré de courtes scènes trop fréquentes qui cassent le rythme, donne son lot d’adrénaline.

Prise avec des troubles psychologiques, Chloé voit et entend des choses issues de la forêt, que son conjoint ne perçoit pas. S’agit-il d’hallucinations ou est-ce Mathieu, l’insensible, qui refuse de prendre en considération ces signes ? Le scénario et la réalisation, tous deux signés par le même homme, entretiennent le doute.

Il faut préciser que Louis Godbout ne tire pas son histoire du néant. Mont Foster est sa libre adaptation du poème Le roi des aulnes de Goethe. Le personnage maléfique (Erlkönig, en allemand) vit dans les bois et hante les vivants, notamment un enfant.

Le cinéaste québécois, ex-enseignant de philo, n’insère pas seulement des extraits du poème qui évoquent le brouillard, le murmure des feuilles ou les vieux saules grisâtres. Le film s’ouvre sur une angoissante cavalcade, comme chez Goethe, appuyée par un lied de Schubert (Erlkönig, à juste titre) et des séquences animées réalisées par Élise Simard.

Sous ses couleurs contemporaines, la fiction emprunte ce ton, entre la beauté apaisante du paysage québécois et une potentielle menace venant des arbres. Le son récurrent d’une scie électrique, sans être excessif, apporte ce qu’il faut pour rendre le familier terrifiant.

Sans la justesse du jeu, ce récit peu bavard aurait pu paraître trop fantaisiste. Ici, même les scènes de folie ont leur part de réalisme, merci à Laurence Lebœuf. Quant à l’attitude passive du Mathieu de Patrick Hivon, elle apporte sa dose de suspicion. Reste que l’imagination n’est jamais loin. Ce n’est pas sans raison si Godbout insère des mises en abîme, par le truchement de la maquette de la maison (le décor) ou de l’écrivain qui écrit. Par moments refait surface, sans le côté glauque, le Misery de Stephen King par Rob Reiner (1990).

Tout n’est cependant pas parfait, et Mont Foster aurait gagné à demeurer un huis clos total. Si on comprend le besoin de redonner du souffle au récit en invitant d’autres personnages, la parenthèse extraconjugale tend inutilement vers le mélodrame.

Mont Foster

★★★

Drame de Louis Godbout. Avec Laurence Leboeuf, Patrick Hivon, Lucie Laurier, Émile Proulx-Cloutier, Québec, 2020, 98 minutes.