Primer la dissidence et l’avortement

En l’absence du réalisateur, Mohammad Rasoulof, l’équipe du film «There Is No Evil» est montée sur scène pour recevoir l’Ours d’or.
Photo: Tobias Schwarz Agence France-Presse En l’absence du réalisateur, Mohammad Rasoulof, l’équipe du film «There Is No Evil» est montée sur scène pour recevoir l’Ours d’or.

Dans une édition très politique et in absentia du cinéaste interdit de déplacement par le régime des Mollahs, qui l’accuse de mettre en danger la sécurité du pays, c’est There Is No Evil de Mohammad Rasoulof, plaidoyer en quatre chapitres contre la peine de mort en Iran, qui a récolté dimanche le convoité Ours d’or de la 70e Berlinale.

Le cinéaste militant (primé à Cannes pour Un homme intègre), compagnon et collaborateur de Jafar Panahi, refuse la voie du silence et tourne comme lui sous le manteau. Ce choix politique fut salué comme un acte de courage par le jury, présidé par l’acteur britannique Jeremy Irons, et l’équipe du film a reçu une longue ovation lors de la cérémonie de clôture.

La réalisatrice américaine Eliza Hittman (cinéaste de Beach Rats) a récolté de son côté le Grand Prix du jury pour Never Rarely Sometimes Always. Cette fine chronique de deux adolescentes de Pennsylvanie qui viennent pour un avortement à New York met en scène le Québécois Théodore Pellerin, placé sur le chemin des deux héroïnes. Les thématiques féminines étaient beaucoup à l’honneur, signe des temps.

De Corée du Sud, pays qui reçoit tous les hommages cette année, le grand Hong Sang-soo fut couronné meilleur cinéaste de la compétition pour The Woman Who Ran, portée par son actrice fétiche Kim Min-hee, sur une femme mariée, libérée de son mari pour une escapade avec des amies.

Elio Germano (primé à Cannes en 2010 pour son rôle dans La nostra vita de Daniele Luchetti), exceptionnel dans la peau du peintre Antonio Ligabue dans le film Hidden Away (Volevo nascondermi) de l’Italien Giorgio Diritti, a remporté le prix mérité du meilleur acteur en le dédiant à tous les marginaux. L’Allemande Paula Beer (révélée dans Frantz de François Ozon), pour sa prestation dans le très remarqué Ondine sur fond de rencontre amoureuse et aquatique de Christian Petzold, production franco-allemande, fut sacrée meilleure actrice.

L’Ours d’argent de la 70e Berlinale est allé à la percutante comédie française Effacer l’historique de Gustave Kervern et Benoît Delépine sur les ratés du Web, dans lequel bien du monde aura retrouvé ses propres angoisses et les dérives des sextapes ayant fait l’actualité en France.

L’Ours d’argent du meilleur scénario a couronné le drame familial Bad Tales des Italiens Damiano et Fabio D’Innocenzo. Dau. Natasha d’Ilya Khrzhanovskiy et Jekaterina Oertel, sur le physicien atomique nobélisé Lev Landau, film qui recréait sur trois ans l’expérience soviétique récoltait l’Ours de la meilleure contribution artistique. À cause d’un tournage controversé lors duquel des acteurs auraient été violentés, un groupe de journalistes russes avait écrit une lettre ouverte à la Berlinale pour la blâmer de l’avoir sélectionné en compétition.

Odile Tremblay séjourne à Berlin grâce au soutien de la Berlinale et de Téléfilm Canada

Deux courts métrages québécois récompensés

Dans la section Generation 14plus, les courts métrages québécois ne seront pas passés inaperçus. Ainsi, le magnifique Clebs (Mutts), de Halima Ouardiri, cinéaste d’origine marocaine, a remporté vendredi l’Ours de cristal du meilleur court métrage de la section ainsi que le Prix spécial du jury international pour le meilleur court métrage. Goodbye Golovin, de Mathieu Grimard, a pour sa part a reçu une mention spéciale dans cette catégorie pour sa plongée existentielle dans la vie d’un adolescent, soudain privé de père, en route vers sa libération.