​Rendez-vous Québec Cinéma: loin de la guerre, près du coeur

Image tirée du documentaire «Loin de Bachar»
Photo: RVQC Image tirée du documentaire «Loin de Bachar»

Le conflit en Syrie est en train de devenir « une guerre oubliée », écrivait tout récemment un chroniqueur international dans Le Devoir. Certainement pas pour les al-Mhamied et toutes ces familles syriennes réfugiées au Canada ou ailleurs, qui vivent, même à des milliers de kilomètres des bombardements, les contrecoups de ce conflit qui s’enlise.

Présenté en grande première vendredi aux Rendez-vous Québec cinéma, Loin de Bachar est la proposition du réalisateur Pascal Sanchez, qui a voulu faire partager tout en sobriété le quotidien de cette famille de quatre enfants réfugiée à Montréal en 2014, dont les parents ont choisi l’exil pour des raisons politiques. Avec sa femme, Basmah, l’ingénieur et militant antirégime Adnan al-Mhamied a fui la ville de Deraa, où il a croupi un temps dans les prisons syriennes. Deux de ses frères sont morts aux mains du groupe État islamique et de l’armée, et un autre est toujours porté disparu.

« Je voulais faire un film avec une visée poétique sur un enfant syrien qui découvre Montréal, raconte le cinéaste Pascal Sanchez. On m’a présenté à la famille al-Mhamied. J’ai été interpellé par leur histoire. Je me suis dit : “Le film, c’est eux.” »

[Les al-Mhamied] avaient toujours cette peur pour leurs proches restés là-bas et en même temps ce sentiment de culpabilité d’être des rescapés

Dans cette incursion dans l’intimité d’une famille qui apprend le français et s’intègre doucement à la société québécoise, la guerre est pourtant omniprésente, comme une sorte de personnage invisible. Basmah suit les attaques sur Facebook et compte les morts, son mari Adnan écrit sa douleur de ne pas pouvoir aider ses amis ou des membres de sa famille en prison ou disparus.

« À force de les fréquenter, ça a été une découverte de voir à quel point la guerre prenait une grande place dans leur vie, confie Pascal Sanchez. Ils avaient toujours cette peur pour leurs proches restés là-bas et en même temps ce sentiment de culpabilité d’être des rescapés. […] C’est une expérience humaine extrêmement difficile qu’ils ont eue à vivre, car il y a des défis qu’on a du mal à se représenter, comme la difficulté à composer avec la guerre qui dure encore et tous ceux liés au fait de se construire une nouvelle vie ici. »

La poésie comme rempart

Certes, la lumière et l’espoir finissent par jaillir des scènes où l’on assiste au quotidien de cette fratrie de quatre enfants, à l’école ou à la maison, qui ont l’air d’embrasser à bras ouverts leur liberté nouvelle. La lenteur et la poésie des images agissent comme rempart au sentiment de culpabilité et à l’impuissance qui émanent des personnages et vont droit au cœur du spectateur. Les plans sont serrés pour capter l’émotion et donner cette impression de monologue intérieur. Le père est souvent filmé de profil lorsqu’il raconte son histoire, pour plus de pudeur, comme si on avait voulu préserver la dignité de cet homme courageux mais brisé, écartelé entre sa vie d’avant et celle qu’il se bâtit ici.

« J’ai envie que mon film soit un hommage à leur courage, qu’on le voie, le courage, et aussi l’amour qu’il y a dans cette famille », dit le cinéaste. Le courage de survivre à l’exil, à cette guerre qui se déroule loin des yeux et à cette souffrance qui, elle, est si près du cœur.