Jeremy Irons, entre contrition et amour du cinéma

Le président du jury de la Berlinale, Jeremy Irons, a signé des autographes en arrivant au gala d'ouverture de la 70e édition du festival, jeudi.
Photo: Christoph Soeder DPA / via Associated Press Le président du jury de la Berlinale, Jeremy Irons, a signé des autographes en arrivant au gala d'ouverture de la 70e édition du festival, jeudi.

Les temps sont durs pour les mâles. Devant nous, jeudi, à la Berlinale, l’acteur britannique Jeremy Irons, qui n’en menait pas large, a utilisé la conférence de presse comme tribune pour répondre à la controverse sur ses déclarations passées abordant le mariage gai, les droits des femmes et l’avortement. Il aurait entre autres affirmé en 2013 que les femmes devraient accepter les tapes sur les fesses avec humour, en avouant : « J’aime toucher les gens. »

En Allemagne, la polémique avait fait rage sous le vent du #MoiAussi à l’annonce de sa nomination comme président du festival. Mais la mise au point de jeudi nuisait à sa cause en braquant encore la lumière dessus. « Je me suis déjà excusé sur ces trois sujets, rappelait-il. Je soutiens de tout mon coeur la lutte pour l’égalité des femmes et contre le harcèlement et le droit à l’avortement. J’approuve le mariage homosexuel. Ces droits de la personne nous permettent d’évoluer vers une société plus juste et plus humaine. Dans diverses parties du monde, certains risquent la prison et parfois la mort sur ces questions-là. J’espère que, parmi les films que nous verrons ici, plusieurs aborderont ces sujets. » Dont acte ! Ambiance…

Aux côtés notamment de l’actrice française Bérénice Bejo et du cinéaste brésilien Kleber Mendonça Filho, Irons aura la responsabilité de juger les 18 films de la compétition : « Nous chercherons la qualité des oeuvres, ces choses qui devront tenir leurs promesses sous l’emballage. »

Engagement central

Après que le président a battu sa coulpe, la conférence de presse a pris une tournure souvent politique. Si Jeremy Irons estime que le travail d’un acteur n’est pas politique en soi, en tant qu’être humain doté de notoriété, il affirme se sentir la responsabilité de dénoncer les plaies du monde et les inégalités sociales, et de soutenir les combats environnementaux.

« Tous les rôles que j’ai joués dans ma vie sont devenus moi durant un certain temps, a ajouté l’acteur de Dead Ringers et de La maîtresse du lieutenant français. Ils m’ont tous transformé. Jouant un père jésuite dans The Mission,de Roland Joffé, moi qui ne suis pas croyant, je m’adressais à Dieu tous les jours, lui demandant de m’aider pour les scènes plus difficiles. J’éprouve beaucoup d’admiration pour les jésuites en Amérique latine qui ont donné leur vie afin de servir une cause à laquelle ils croyaient. »

Kleber Mendonça Filho, grand cinéaste d’Aquarius et de Bacurau, eut à répondre des problèmes du cinéma brésilien censuré sous le gouvernement d’extrême droite de Jair Bolsonaro. « Je continuerai de tourner, de voyager avec mes films et de dire ce que je pense, lança-t-il. Voyez ! Les oeuvres brésiliennes se retrouvent partout. On en compte 19 cette année à la Berlinale, toutes sections confondues. Le cinéma brésilien est à son meilleur et, même s’il est en train d’être démantelé, c’est le bon moment pour faire des films. Notre pays vit de nombreux drames et des contradictions et j’espère que les jeunes cinéastes de chez nous vont prendre des caméras pour témoigner de cette situation politique. »

Odile Tremblay séjourne à Berlin grâce au soutien de la Berlinale et de Téléfilm Canada.