«Play»: moi et mes copains d’abord

Il y a dans «Play» des aspects «tour de force» dont il faut saluer la qualité d’exécution.
Photo: TVA Films Il y a dans «Play» des aspects «tour de force» dont il faut saluer la qualité d’exécution.

Guillaume Canet n’est pas très vieux, mais il semble déjà faire école auprès de plusieurs jeunes cinéastes français, touchés par son cinéma des amitiés et des amours entremêlées de la génération X (Les petits mouchoirs, Nous finirons ensemble), avec une musique d’ambiance sentant fort la nostalgie, du moins pour une certaine tranche d’âge.

Déterminé à suivre ses traces dans Play, Anthony Marciano (Les gamins, Robin des Bois, la véritable histoire) ajoute toutefois une dimension esthétique particulière, à défaut d’être totalement originale : les cadrages instables, l’image délavée et les plans trop rapprochés des caméras domestiques, qu’elles soient de l’époque VHS, numériques, ou celles d’un iPhone. Bref, une variation sans frissons, sans tuques et sans hémoglobine de films qui ont justement marqué la génération Y (The Blair Witch Project, Cloverfield, etc.), mais avec des ancrages temporels relevant tout à la fois du sport (la Coupe du monde 1998), des caprices météorologiques, et surtout de la musique, d’Oasis à Alanis Morissette, en passant par Charles Aznavour — faut bien en laisser aux parents…

L’heure semble au grand ménage pour Max (Max Boublil), et plusieurs diront qu’il n’est pas trop tôt. Un nombre invraisemblable de cassettes s’empilent dans la maison de ses parents, car depuis 1993, ce quadragénaire filme absolument tout, n’épargnant rien ni personne, et surtout pas ses trois meilleurs amis, dont la gracieuse et studieuse Emma (Alice Isaaz).

De leurs films amateurs à leurs virées nocturnes, de leurs frasques scolaires à leurs beuveries, rien n’échappe à l’oeil aiguisé de Max, poussé par un besoin maladif de scruter à la loupe son quotidien parisien, avec quelques échappées en province ou à Barcelone. Et il est bien sûr marqué par les conflits parentaux, les pressions sociales (dont celles liées au dépucelage), les romances malheureuses ou les dépendances de toutes sortes, parfois encombrantes et dévastatrices.

Manque d’envergure

Il y a dans Play des aspects « tour de force » dont il faut saluer la qualité d’exécution, à commencer par la reproduction fidèle des caractéristiques d’une imagerie aux nombreuses transformations foudroyantes, ainsi que le naturel stupéfiant de tous les interprètes. Car ils traversent plus de deux décennies, parfois incarnés par trois acteurs différents selon les âges, et toujours avec l’aisance de ceux pour qui la lentille est devenue une amie, et bien sûr une confidente. Toute comparaison avec la relation fusionnelle de la jeunesse actuelle avec son téléphone intelligent, ainsi que sa fréquentation frénétique des réseaux sociaux, n’apparaît ni fortuite ni incongrue.

Malheureusement, Play souffre aussi des limites intellectuelles de cette bande de copains plus ou moins délurés, d’une banalité confondante, alors qu’un montage elliptique (les années filent parfois à vive allure) réussit tant bien que mal à masquer leur manque d’envergure. Mais quant à leur narcissisme exacerbé, à commencer par celui de Max, le deus ex machina de toute cette affaire, il ne cesse de polluer l’écran, tellement rivé à son appareil que l’on comprend pourquoi il prend des siècles à accomplir la moindre peccadille.

Et c’est sans compter l’accumulation de références franco-françaises (sauf dans le domaine politique, où c’est la disette, et ce n’est sûrement pas un hasard) qui risque de perdre bien des spectateurs, et plus encore s’ils n’appartiennent pas à cette génération pour qui le cinéma maison revêt une tout autre signification.

Bref, une fois que l’on a vu Play, difficile d’avoir envie de faire replay

Play

★★ 1/2

Comédie sentimentale d’Anthony Marciano. Avec Max Boudlil, Alice Isaaz, Malik Zidi, Noémie Lvovsky. France, 2019, 108 minutes.