«Downhill»: en terrain glissant

Au début de leur voyage de ski dans les Alpes, un événement inattendu bouleverse la structure familiale de Pete (Will Ferrell) et Billie (Julia Louis-Dreyfus) et fragilise d’une manière insoupçonnée les bases du couple.
Photo: Fox Searchlight Pictures Au début de leur voyage de ski dans les Alpes, un événement inattendu bouleverse la structure familiale de Pete (Will Ferrell) et Billie (Julia Louis-Dreyfus) et fragilise d’une manière insoupçonnée les bases du couple.

Lorsqu’il est monté sur scène en janvier dernier, venant tout juste de remporter le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère pour Parasite, Bong Joon-Ho a prononcé cette phrase rapidement devenue virale : « Une fois que vous aurez surmonté la minuscule barrière des sous-titres, vous découvrirez une panoplie de films incroyables. »

Ces paroles n’ont jamais semblé aussi pertinentes que cette semaine, alors que paraît le remake américain de l’acclamé long métrage suédois Force majeure (Ruben Östlund, 2014) : une reprise amusante, mais timide et peu imaginative.

Tandis que l’original, une satire impitoyable sur l’insécurité masculine et l’amertume qui grogne sous la complaisance domestique, brillait par son exploitation raffinée du cynisme et de l’inconfort, Downhill se réfugie dans l’accessibilité de son humour et de ses lieux communs et dans sa propension exagérée à la rationalisation et à la prise de position.

L’essence de la trame, mordante et réflexive à souhait, est maintenue malgré l’approche plus conventionnelle, et demeure tout aussi efficace, en particulier pour un public qui ne serait pas familier avec la version suédoise.

Pete (Will Ferrell), Billie (Julia Louis-Dreyfus) et leurs deux préadolescents sont en vacances dans le décor enchanteur des Alpes, prêts à dévaler les pentes. Tôt dans leur séjour, un événement inattendu bouleverse la structure familiale et fragilise d’une manière insoupçonnée les bases du couple.

Lors d’un dîner sur la terrasse d’un restaurant, une « avalanche contrôlée » programmée par les propriétaires du complexe touristique semble sortir de sa course et se diriger droit vers les vacanciers attablés. Alors que Billie, terrifiée, couvre ses deux enfants de ses bras, certaine de leur fin imminente, Pete attrape son téléphone et prend ses jambes à son cou sans demander son reste.

S’en suit une série de non-dits, de frustrations et de déceptions qui, confrontés au déni du principal intéressé, culminera en un accès de colère difficile à réparer.

Relecture réductrice

En refusant d’assumer totalement le risque de l’inconfort et de l’incertitude, tant sur les plans techniques que narratifs, les réalisateurs Nat Faxon et Jim Rash réduisent considérablement l’impact des ressentiments sous-jacents et de l’incompréhension qui menacent d’engloutir les deux protagonistes.

Là où Östlund privilégiait les longues prises pour souligner l’absurdité des décisions et l’impitoyabilité de la promiscuité, Faxon et Rash morcellent l’action et opposent constamment leurs personnages, soucieux de ne laisser planer aucun doute sur les failles qui apparaissent progressivement.

Cette volonté de tout expliquer et d’oblitérer les points de suspension est également omniprésente dans le scénario et dans la conception réductrice des personnages ; une lacune que ne parvient pas à combler l’interprétation lumineuse des deux comédiens vedettes. En cherchant avec tant d’ardeur à définir, à encadrer et à enjoliver la crise, les cinéastes dilapident malheureusement de précieux ingrédients.

Downhill

★★ 1/2

Comédie dramatique de Nat Faxon et Jim Rash. Avec Will Ferrell, Julia Louis-Dreyfus et Mirando Otto. États-Unis, 2020, 86 minutes.