«Botero»: la passion des volumes

Si la signature de Fernando Botero est reconnaissable entre toutes (variété des techniques, explosion de couleurs ou minimalisme chromatique, parfum de sensualité, dialogue constant avec l’histoire de l’art ou l’actualité brûlante) tout revient toujours à la grosseur de ses personnages.
Photo: Hogan Millar Mediat Si la signature de Fernando Botero est reconnaissable entre toutes (variété des techniques, explosion de couleurs ou minimalisme chromatique, parfum de sensualité, dialogue constant avec l’histoire de l’art ou l’actualité brûlante) tout revient toujours à la grosseur de ses personnages.

Ceux qui croyaient que tout avait déjà été dit à propos de l’oeuvre polymorphe et monumentale du créateur colombien Fernando Botero entendront une bonne blague pleine de cynisme dans un documentaire que lui consacre le cinéaste Don Millar. À propos de ses sculptures, le plus souvent des personnages aux formes généreuses, une farouche détractrice dit qu’elles ressemblent au « bonhomme Pillsbury » et qu’elle les trouve « grotesques ».

C’est, à peu de chose près, la seule note discordante que l’on entendra dans ce portrait à la fois triomphant et frénétique de cet artiste qui peut savourer son succès de son vivant, et ce, depuis le début des années 1960, grâce à l’acquisition de sa toile Mona Lisa, à l’âge de 12 ans, par le non moins prestigieux MoMA de New York. Un sceau de respectabilité qui allait donner le coup d’envoi à son rayonnement international et mettre un point final à une vie de bohème, voire misérable, entre la Colombie, le Mexique, l’Europe et les États-Unis.

Rien ne destinait cet enfant de Medellín, né en 1932, à une gloire aussi considérable. Orphelin de père dès l’âge de quatre ans, élevé par une mère besogneuse et conservatrice, il devint vite passionné par les dessins, les couleurs (grâce à des études un peu forcées en tauromachie), et développa une furieuse envie de découvrir le monde, particulièrement l’Europe. Si beaucoup d’expériences ont pu nourrir son oeuvre, par exemple son travail d’illustrateur dans les quotidiens ou son expulsion d’une école à cause de ses dessins de nus et sa vision subversive de la démarche de Picasso, c’est la fréquentation des musées qui forgera son regard, inspiré en partie par les peintres de la Renaissance italienne.

 
Photo: Courtoisie L’artiste Fernando Botero

De cela, il est abondamment question dans ce survol impressionnant d’une vie entièrement consacrée à l’art, que rien ne pouvait détourner, surtout pas la misère matérielle. Ses trois enfants insistent d’ailleurs beaucoup sur cet aspect, renforçant ainsi le mythe, un peu usé, de l’esseulé qui débarque à New York avec seulement quelques dollars en poche… et fait plus tard sauter la caisse. Très présents du début à la fin, ses enfants jouent à la perfection leur partition élogieuse, parfois jusqu’à l’agacement, visiblement en contrôle de l’image de leur célèbre père. D’où la rareté des opinions dissidentes.

En contrepartie, il apparaît évident qu’ils ont aussi facilité au documentariste l’accès à un nombre considérable d’oeuvres et de lieux associés à Botero, dont son atelier de Monaco et son entrepôt new-yorkais où croupissaient depuis 40 ans des toiles et des esquisses qui valent aujourd’hui leur pesant d’or. Mais voir et entendre l’artiste, c’est de cela qu’il faut se réjouir. Celui-ci est toujours affable et débonnaire, et d’une grande honnêteté face au poids que représentent pour lui les mondanités du milieu de l’art, expliquant simplement, et inlassablement, ce que certains lui reprochent depuis longtemps.

Traits caractéristiques

Si la signature de Botero est reconnaissable entre toutes (variété des techniques, explosion de couleurs ou minimalisme chromatique, parfum de sensualité, dialogue constant avec l’histoire de l’art ou l’actualité brûlante, comme sa percutante série de tableaux inspirés des horreurs perpétrées par l’armée américaine à la prison d’Abou Ghraïb), tout revient toujours à la grosseur de ses personnages. Avec son allure de vieux sage et sa voix rassurante — parfois brisée lorsqu’il évoque la mort tragique de son plus jeune fils, Pedro, dans un accident de voiture —, il répète inlassablement son besoin de dilater les formes, et pas juste les corps, et d’exagérer les volumes, une posture présente depuis son tableau Nature morte à la mandoline (1957).

Cet aspect monumental de l’oeuvre iconique de Botero, célébrée sur tous les continents et visible autant dans les parcs et les grands boulevards que dans les musées les plus prestigieux, contribue à sa renommée. Ce documentaire, tel un kaléidoscope, résume, souvent au pas de course, cette réussite incontestable.

Botero

★★★

Documentaire de Don Millar. Canada, 2019, 83 minutes.