Filmer sa vie, façon Anthony Marciano

«Play» se veut avant tout un concept. Avec caméra immersive et faux rushes sur plusieurs supports, Anthony Marciano réalise une comédie aux accents de docu-fiction.
Photo: TVA Films «Play» se veut avant tout un concept. Avec caméra immersive et faux rushes sur plusieurs supports, Anthony Marciano réalise une comédie aux accents de docu-fiction.

C’est une sorte de profil générationnel qu’offre le film franco-belge Play, du cinéaste Anthony Marciano, qui sera à l’affiche chez nous le 14 février. En 1993, Max (Max Boublil), son personnage principal, reçoit un caméscope de ses parents. Et le voici qui filme ses joies et ses peines, les amis, les parents, la finale de la Coupe du monde de 1998. Vingt ans plus tard, notre homme monte le film de sa vie, s’interroge sur ses étapes, cherche un sens à son parcours et au bonheur qu’il a longtemps laissé filer.

À Paris, le cinéaste avoue que Play a été enfanté par sa propre vie. « Je filmais tout dès l’âge de 13 ans : mes potes, mes parents que je mettais en scène. Pour mon premier emploi à 17 ans, je travaillais pour quelqu’un qui filmait les mariages. Alors, j’avais la tête dans les rushes des autres sur différents supports… Après, on se rendait compte que les images ne correspondaient pas aux souvenirs des gens. Qu’elles avaient leur propre vie. »

Et de préciser que toutes les scènes de Play sont véridiques, ces histoires étant arrivées soit à lui, soit à Max Boublil. « Le pédalo pour aller se faire une balade en mer, c’est moi. Les nuits sans sommeil quand j’ai eu ma fille aussi. Que du vécu ! Le film est une manière de se raccrocher au passé. Ça reste une fiction dans l’assemblage, à travers les chansons aussi, une histoire que je vous raconte… »

Depuis les prémices du projet, Anthony Marciano avait en tête Max Boublil pour le rôle principal, son acteur et son coscénariste dans Les gamins en 2013 : « Il est plus connu comme humoriste qu’en tant qu’interprète, précise le cinéaste. C’est quelqu’un sur qui se posent les projecteurs à cause de ses chansons drôles sur Internet. Ça me prenait quelqu’un de spontané. Je ne voyais pas meilleur comédien que lui pour le rôle. On a écrit le scénario ensemble. »

Même génération. Tous deux sont nés en 1979, avant l’avènement d’Internet et du cellulaire, guettant l’appel du téléphone et les lettres des facteurs. « Aujourd’hui, les jeunes peuvent facilement tout documenter et tout filmer. Ils voient ce qu’ils vivent. C’était moins courant à l’époque. »

Et avec Alain Chabat (déjà à l’affiche des Gamins) et Noémie Lvovsky dans la peau des parents du héros de Play, il savait tenir des cartes maîtresses. La quête de distribution prit six mois, quant au reste : « J’avais besoin de ressemblance physique chez ceux qui incarnaient les personnages à des âges différents. On a eu aussi un maquilleur qui moulait les visages pour en faire des masques en silicone. »

Play reposait beaucoup sur la débrouillardise. Trouver des meubles d’époque en ligne et tourner dans des lieux demeurés intacts après le passage du temps a réglé quelques défis pratiques.

Chant de nostalgie

Son film se voulait avant tout un concept, avec caméra immersive et faux rushes sur plusieurs supports, ce qui réclamait de tourner beaucoup de matériel afin de réinventer le film au montage. « Ce fut un casse-tête technique doublé d’un chant de nostalgie pour mieux revivre une époque envolée. »

Anthony Marciano soupire : « En France, Play a reçu un super accueil de la presse. Les spectateurs sortaient des projections ravis, mais voilà, il y a eu les grèves ici, et le film n’a pas enregistré les entrées que je désirais. » Un ange passe…

« Quand on fait un film bébête, les gens nous accusent de niveler par le bas. Mais avec une proposition à la fois populaire et audacieuse, c’est quand même difficile de convaincre le public. Reste qu’on a vendu le film dans plusieurs territoires et que Sony Studio en fait un remake, auquel je collabore. Aux États-Unis, ils vont transformer le scénario pour l’adapter à leurs particularismes culturels et j’irai au tournage. Vraiment, j’ai hâte de voir ça… »

Cet entretien a été effectué à Paris à l’invitation des Rendez-vous d’Unifrance.