«Birds of Prey»: fantabuleuse Harley Quinn

Harley, personnage apparu pour la première fois dans la série animée des Batman, braque des banques, massacre des méchants et pastiche Marilyn Monroe dans une ode aux diamants diabolique.
Photo: Warner Bros Harley, personnage apparu pour la première fois dans la série animée des Batman, braque des banques, massacre des méchants et pastiche Marilyn Monroe dans une ode aux diamants diabolique.

De ce naufrage lamentable que fut Suicide Squad, peu de choses valaient la peine d’être sauvées. Si ce n’est Harley Quinn, la super vilaine super attachante incarnée par Margot Robbie. La revoilà, loin du tragique Jared Leto, en héroïne de son propre récit.

Quand Birds of Prey débute, Harley, drôle d’oiseau, vient de se séparer de son amour de Joker. Dans une tentative de l’oublier, elle passe par tous les classiques. Fêter trop fort, manger plein de fromage, se couper les cheveux toute seule. Jusqu’à la révélation : toute seule, c’est peut-être mieux. Après tout, il faut quoi pour être heureuse ? Un fusil qui tire des confettis, une bouteille de vodka, une boîte de céréales, du vernis à ongles et, éventuellement, des amies ?

Le sous-titre, qui nous annonce une « fantabuleuse histoire », ne ment pas. Réalisé par Cathy Yan, ce « film de filles » dans tout ce que cela suppose de meilleur, déborde de force comme de style. Il y a un clin d’oeil à Bernie Sanders. Un autre aux types masculinistes. Mais le message (outre celui qui dit que déjeuner, c’est sacré) n’est pas plaqué. On sent qu’on a affaire à une entreprise sincère, venue du coeur. Et non pas au produit à visée mercantile d’un studio qui fait semblant d’être inclusif — parce que c’est dans l’air du temps.

Dans le même ordre d’idées, entre les mains de la créatrice des costumes Erin Benach (qui a notamment habillé Lady Gaga et Bradley Cooper dans A Star is Born), les looks se font punk, branchés, stylés. Et lorsque bustier sexy il y a, c’est pour se protéger des projectiles assassins. Car en quittant son ex aux cheveux verts et aux dents de métal, Harley Quinn s’est non seulement débarrassée de son emprise, elle a également jeté son manteau « Joker’s girl ». Fini les microslips, la fille de personne fait maintenant la roue dans une salopette dorée et un t-shirt imprimé de son nom. Son pendentif de collier en forme de « J », lui, a été remplacé par un symbole de femmes.

Pur plaisir

Porté par une distribution diversifiée, le récit produit par Margot Robbie ne nous fait pas la morale. Et il ne fait pas dans la dentelle non plus. Harley, personnage apparu pour la première fois dans la série animée des Batman, braque des banques, massacre des méchants et pastiche Marilyn Monroe dans une ode aux diamants diabolique. C’est le fun.

Si les vingt premières minutes semblent longuettes à démarrer, la suite explose (pas que la suite). Contrairement à l’image de Suicide Squad, qui était super léchée, le rendu est ici plus granuleux, enfumé. À la direction photo, Matthew Libatique qui a, entre autres, posé sa griffe sur le Black Swan de Darren Aronofsky, privilégie l’effet semi-sombre des rideaux souvent tirés, le bleu des sirènes de police, et les couleurs qui font naturellement pop.

C’est tout naturellement aussi qu’Ewan McGregor devient un dandy juste ce qu’il faut de gluant qui soliloque sur l’art et sur lui-même. Tantôt antagoniste, tantôt alliée, Jurnee Smollett-Bell a de son côté la présence nécessaire pour se mesurer au charisme lunatique à tout casser de l’étoile de l’oeuvre.

Narré de l’accent col-bleu new-yorkais de sa pétillante protagoniste, Birds of Prey est l’équivalent cinématographique d’une barbe à papa dévorée dans un manège qui file à toute allure. C’est rigolo, rythmé, rempli d’action et porté par une bande-son impeccable allant de Pat Benatar à Halsey. Pur plaisir.

Birds of Prey (and the Fantabulous Emancipation of One Harley Quinn)

★★★ 1/2

Film d’action réalisé par Cathy Yan. États-Unis, 2020, 109 minutes