Les nominations de Polanski aux César relancent la controverse

Roman Polanski est visé par une nouvelle accusation de viol de la Française Valentine Monnier, qu’il conteste.
Photo: Thomas Samson Agence France-Presse Roman Polanski est visé par une nouvelle accusation de viol de la Française Valentine Monnier, qu’il conteste.

Nouveau rebond dans la polémique concernant le réalisateur franco-polonais Roman Polanski : son film J’accuse a reçu mercredi une pluie de nominations pour les César, les Oscar français, malgré une sortie perturbée par une nouvelle accusation de viol contre lui.

Thriller historique sur l’affaire Dreyfus (un des grands scandales politiques de l’Histoire de France moderne), couronné par le Grand Prix du jury à la Mostra de Venise, J’accuse est en lice pour 12 prix, notamment dans les catégories reines de la meilleure réalisation et du meilleur film.

Cette annonce a aussitôt relancé la polémique sur le cinéaste de 86 ans, qu’une partie de l’opinion publique et les groupes féministes n’acceptent plus de voir honoré.

La secrétaire d’État à l’Égalité femmes-hommes, Marlène Schiappa, s’est interrogée à la radio RTL sur « le message qui est envoyé ». « Manifestement, le cinéma n’a pas terminé sa révolution en ce qui concerne les violences sexistes et sexuelles », a-t-elle déclaré.

L’Académie des César « n’est pas une instance qui doit avoir des positions morales », a estimé son président, Alain Terzian. « Sauf erreur de ma part, 1,5 million de Français sont allés voir son film. Interrogez-les », a-t-il ajouté.

Une déferlante de réactions indignées est aussi apparue sur les réseaux sociaux, et le sujet Polanski figurait dans les principales tendances sur Twitter. « 12 nominations pour le film J’accuse de Polanski ! 12 comme le nombre de femmes qui l’accusent de viols ! Honte @Les César », a écrit sur Twitter l’association Osez le féminisme, avant d’appeler à manifester devant la salle Pleyel à Paris, où se tiendra le 28 février la 45e cérémonie des César.

« Il est grand temps pour les professionnels du cinéma de se distancier nettement des César. J’ose espérer qu’une grande majorité d’entre eux ainsi que [le ministre de la Culture] Franck Riester refuseront d’assister à la cérémonie », a déclaré Alice Coffin, du groupe féministe La Barbe.

Toujours poursuivi par la justice américaine dans le cadre d’une procédure pour détournement de mineure lancée en 1977, Roman Polanski est visé par une nouvelle accusation de viol de la Française Valentine Monnier, qu’il conteste.

Cette photographe affirme avoir été frappée et violée par Polanski en 1975 en Suisse, quand elle avait 18 ans. Son témoignage s’ajoute aux accusations de plusieurs femmes ces dernières années, pour des faits prescrits.

Appels au boycottage

En 2017, les César avaient déjà été au coeur d’une controverse concernant le réalisateur, qui avait dû renoncer à présider la cérémonie sous la pression des groupes féministes.

Son film J’accuse a, lui, suscité de multiples remous depuis l’annonce de sa sélection pour la Mostra de Venise en septembre. Le film raconte l’histoire du capitaine Dreyfus, Français de confession juive accusé à tort de trahison à la fin du XIXe siècle sur fond d’antisémitisme, scandale majeur de l’Histoire du pays.

Roman Polanski a dit à plusieurs reprises qu’il voyait dans cette affaire un écho à sa propre histoire, exaspérant encore davantage ses détracteurs.

Le film a connu une sortie mouvementée en France en novembre, des féministes ayant bloqué des séances et appelé à le boycotter, même s’il a attiré le public avec 1,52 million de spectateurs.

Paradoxe, Roman Polanski est nommé aux César en même temps que l’actrice Adèle Haenel, qui a secoué le monde du cinéma en novembre en accusant le réalisateur Christophe Ruggia d’« attouchements » et de « harcèlement » quand elle était adolescente.

L’actrice est en lice dans la catégorie de la meilleure actrice pour Portrait de la jeune fille en feu, aux côtés notamment d’Eva Green dans Proxima et de Karin Viard dans Chanson douce.

Pour les hommes, Jean Dujardin est nommé pour son rôle dans J’accuse, face à Daniel Auteuil dans La Belle Époque et Vincent Cassel dans Hors normes.

Parmi les favoris aux César, le film de Polanski est suivi par Les misérables de Ladj Ly, film coup-de-poing sur les banlieues, et La Belle Époque de Nicolas Bedos, avec onze nominations chacun, puis Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, histoire d’amour interdite entre deux femmes aux destins opposés au XVIIIe siècle, qui a reçu dix nominations.