Un vent d’action venu de Banff

Scène de «Thabang»
Photo: Wandering Fever Scène de «Thabang»

Le Festival du film de montagne s’arrête au Québec depuis plus de 20 ans avec son lot d’images et de projets inspirants. Détours en ski, en kayak, à vélo, en surf et bien autrement, de l’Antarctique aux eaux vives de l’Himalaya indien.

Il y a aura toujours une montagne à défier quelque part sur cette planète, foi de Stéphane Corbeil. Le passionné de plein air et fondateur du magazine Espaces (à ne pas confondre avec Espace, au singulier, revue d’art actuel) est à la tête du volet québécois du Festival du film de montagne de Banff. Depuis 1996.

Fidèle au poste et toujours aussi passionné, Stéphane Corbeil apprécie le grand esprit de liberté et de détermination qui souffle sur ce cinéma si unique. Chaque automne, il s’envole à Banff et revient avec la crème de ce qu’il a découvert.

Les neuf courts et moyens métrages qu’il a retenus, sur les 400 présentés en Alberta, offrent une fois de plus un survol de sites reculés et magnifiques, de l’Antarctique à l’Himalaya indien, en passant par le désert californien.

« Les gens me demandent si ce n’est pas un peu répétitif, admet-il. À partir du moment où l’on s’intéresse à la nature humaine, à son audace, à sa volonté, ces films ne nous tanneront jamais. C’est un champ infini comme peuvent l’être, si j’ose dire, la musique ou la création. »

Le Festival du film de montagne ne porte pas un titre trompeur. Car de monts et de vallées, de collines et de sommets il est toujours question, ne serait-ce qu’en filigrane, pointe Stéphane Corbeil. « Même quand il y a absence de montagne, le film sera un éloge de la liberté qu’on retrouve à Banff », estime-t-il, en pensant à Surfer Dan, qui dresse le portrait d’un adepte de surf dans les eaux glaciales du lac Supérieur.

À partir du moment où l’on s’intéresse à la nature humaine, à son audace, à sa volonté, ces films ne nous tanneront jamais. C’est un champ infini comme peuvent l’être, si j’ose dire, la musique ou la création. 

Pour l’ancien étudiant en communications de l’UQAM, ces aventuriers et les cinéastes qui les suivent (quand ils ne forment pas une seule et même personne) sont de beaux modèles de persévérance et de volonté.

« Nous, on voit le résultat final, le succès de leur expédition. Mais le chemin qu’ils mènent est fait de beaucoup de risques. Ce sont des gens d’action et ils sont aujourd’hui plus importants que jamais. Les gens d’action, signale-t-il en pensant à la crise environnementale, nous aident à améliorer et à changer le monde. Il ne faut pas juste parler, il faut agir. »

Quelques exemples

Si le défi des pentes et les vues en hauteur reviennent d’un film à l’autre, il y a néanmoins place pour des regards nouveaux, voire des tons singuliers. Le périlleux et le drame peuvent aussi être épicés d’humour et de dérision.

Confierez-vous votre enfant à un gardien casse-cou à vélo dans son autre vie ? Peut-être pas vous, mais les parents d’une jolie blondinette, oui. C’est du moins ce que laissent croire trois des quatre minutes que dure le film Danny Daycare.

Photo: Dave Mackison Scène de «Danny Daycare»

Digne d’un cascadeur ou d’un artiste de cirque, le cycliste britannique Danny MacAskill emprunte les tracés les plus accidentés, remorque du bambin comprise. Ça saute, ça secoue, ça vire à l’envers et l’enfant, filmée en gros plan, commente, tout heureuse. Le punch final révèle le stratagème et les quelques coups manqués.

On ne souhaite d’accident à personne, mais si d’aventure ça se terminait mal tout là-haut sur un pic enneigé, on prie pour que les secours arrivent vite. Jamais, par contre, on n’imaginerait que ces experts en sauvetage extrême atterrissent avec leur hélicoptère les deux pieds dans la même bottine, comme dans Hors piste. Rassurez-vous, ce court réalisé par un quatuor français n’est qu’un film d’animation. Sans dialogues et avec beaucoup d’humour.

Sur un autre ton, plus près de ce qui est dans les habitudes, les films Reel Rock 14 : The High Road et The Ladakh Project suivent à la trace de réels exploits, l’un en escalade libre, l’autre en kayak en eaux vives, sans une quelconque assistance. Leur singularité, qui n’en devrait plus en être une : ce sont deux femmes qui font l’action.

Photo: Ali Bharmal Photo tirée du film «The Ladakh Project»

Un couple de grimpeurs est au coeur de Reel Rock 14 : The High Road. Sauf que lui ne fait qu’accompagner sa femme qui, elle, toute en muscles et en efforts, monte sur d’immenses rochers dans le désert californien. Nina Williams est une compétitrice féroce et sa détermination donne raison à Stéphane Corbeil. Peu importe ce qu’on fasse jour après jour, elle est source d’inspiration.

Photo: Brett Lowell «Reel Rock 14: The High Road», avec Nina Williams

Le programme du promoteur du plein air en salles obscures comprend donc neuf films, tous présentés en un lot de trois heures. Après Montréal, il s’arrêtera à Québec et dans 23 autres villes, parfois aussi reculées pour le cinéma que Baie-Saint-Paul et Kuujjuaq. Et pour les férus d’adrénaline, un programme tout spécial, intitulé Radical Reels, est prévu le 13 mars à Montréal.

 

Festival du film de montagne de Banff

À la salle Pierre-Mercure du Centre Pierre-Péladeau jusqu’au 26 janvier, puis en tournée au Québec jusqu’au 13 mars. banffquebec.ca