«Rebelles»: l'affaire est dans la boîte

La pulsion vitale du film repose sur le trio de choc formé d’actrices qui se démarquent autant par leur singularité physique que par leur bonne humeur contagieuse.
Axia Films La pulsion vitale du film repose sur le trio de choc formé d’actrices qui se démarquent autant par leur singularité physique que par leur bonne humeur contagieuse.

De Quentin Tarantino, et surtout de son influence sur le cinéma contemporain, on dit parfois : souvent imité, rarement égalé. La chose apparaît une fois de plus évidente devant Rebelles, d’Allan Mauduit (Vilaine), dans la mesure où cette manière jubilatoire, et cinéphilique, d’aborder la violence se conjugue plus facilement à Brooklyn qu’à Boulogne-sur-Mer.

On aurait pourtant tort de bouder son plaisir, d’autant plus que la volonté du cinéaste de tricoter un curieux western sous les ciels cotonneux du Pas-de-Calais (avec pastiche musical réussi du compositeur Ludovic Bource) s’avère une idée tonifiante. Dans un style parfois outrancier, bien au-delà des limites du vraisemblable, les rebondissements sont aussi farfelus que macabres, une cascade d’absurdités provoquées par trois personnages féminins qui galèrent beaucoup trop pour jouer aux amazones.

Derrière ses lunettes fumées et son manteau de fourrure à la vulgarité aveuglante, Sandra (Cécile de France) ressemble à une recrue recalée des Charlie’s Angels. Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’elle revient dans son patelin, ex-miss régionale partie dans le sud du pays en pleine gloire, et de retour avec un œil au beurre noir. Pour survivre, elle ne trouve rien de mieux qu’un boulot dans une usine de conserves de poissons, renouant avec une copine de jeunesse, Marilyn (Audrey Lamy), travaillant aussi aux côtés de Nadine (Yolande Moreau), dont les dettes minent le moral de sa famille.

Cette beauté flamboyante, le patron de l’usine n’y est pas insensible, mais Sandra décide de repousser (violemment) ses avances de goujat, provoquant ainsi sa mort, et le désarroi de ses camarades d’infortune, toutes subjuguées devant le fric qu’il conservait dans un sac de sports. L’occasion était trop belle, mais cet argent qui ne leur appartient pas, d’autres le cherchent désespérément : la police, un truand local, et des crapules venant de Belgique qui n’entendent pas non plus à rire. Entre une victime réduite à l’état de conserve, des braquages dans des lieux de misère et des mensonges à la chaîne pour sauver leur peau, ces guerrières improbables devront se serrer les coudes pour éviter un bain de sang.

Allan Mauduit n’accorde aucun répit au spectateur, multipliant les pirouettes pour souder l’amitié forcée de trois femmes prisonnières d’un boulot exigeant et routinier, empêtrées aussi dans une misère morale peuplée de créanciers à leurs trousses, de policiers véreux, de gestionnaires pré-#MoiAussi ou de conjoints sans envergure. C’est donc un véritable électrochoc qu’elles font subir à cet environnement sans beauté particulière, où les règlements de compte et les carnages font rarement partie du paysage.

Entre deux petits morceaux de bravoure (dont la mort accidentelle du patron agresseur par où il a péché…), la pulsion vitale de Rebelles repose sur le trio de choc formé d’actrices qui se démarquent autant par leur singularité physique que par leur bonne humeur contagieuse. Si Cécile de France fait tourner les têtes, c’est aussi pour sa formidable assurance, rehaussée par ses apparats de pacotille, parfois qualifiée de « Miss France des casse-couilles » par une Audrey Lamy dont l’énergie comique ne fléchit jamais. Entre ces deux archétypes, Yolande Moreau joue de nouveau, et à merveille, son numéro de clown triste qui n’est pas sans rappeler celui qu’elle défendait si bien dans le tout aussi délirant Louise Michel, de Gustave Kervern et Benoît Delépine.

La classe ouvrière française ne sort ni grandie ni même vengée de cet exercice de style servant des recettes éprouvées. Allan Mauduit les sert tout de même de belle manière, et avec un large sourire.

Rebelles

★★★ 1/2

Comédie policière d’Allan Mauduit. Avec Cécile de France, Yolande Moreau, Audrey Lamy, Simon Abkarian. France, 2019, 88 minutes.