«The Gentlemen»: effluves nostalgiques

Hugh Grant vole littéralement  la vedette avec son incarnation de Fletcher,  un paparazzi fouille-merde  se présentant comme un détective.
Christopher Raphael Hugh Grant vole littéralement la vedette avec son incarnation de Fletcher, un paparazzi fouille-merde se présentant comme un détective.

Après plusieurs productions hollywoodiennes impersonnelles, dont le récent Aladdin, Guy Ritchie effectue, avec The Gentlemen, un retour aux sources. Qu’entend-on par là ? On parle, grosso modo, d’une comédie criminelle campée à Londres et comptant plus de circonvolutions et de retours en arrière qu’on peut en dénombrer. Ritchie s’attarde cette fois aux tracas d’un très riche et très élégant Américain expatrié qui a fait sa fortune en montant un véritable empire du cannabis. Empire qu’il voudrait à présent vendre. Cela, au moment même où un concurrent décide de lui déclarer la guerre et où le directeur d’un populaire média à potins s’ingénie à avoir sa tête.

Matthew McConaughey incarne ledit baron de la drogue Mickey Pearson, avec une assurance et un panache empreints d’une belle réserve. Pearson, donc, qui a fait beaucoup de chemin depuis ses débuts comme petit dealer à Oxford du temps où il n’était qu’un pauvre boursier parmi les nantis. Alors qu’il s’apprête à conclure une lucrative transaction devant lui assurer une retraite d’oligarque, voici que les ennuis se multiplient. À commencer par ceux générés par Fletcher, un paparazzi fouille-merde se présentant comme un détective. Hugh Grant est absolument suave dans ce rôle ingrat qui lui permet, méta-ironie, de se moquer d’une industrie contre laquelle il milite dans la vie ; il vole littéralement la vedette.

En fait, son personnage est celui qui narre (et commente) l’intrigue tout en rebondissements (certains plus prévisibles que d’autres) au bénéfice du bras droit de Pearson : Raymond, qu’interprète un Charlie Hunnam agréablement bourru.

Passé une ouverture inutilement tape-à-l’œil où il rend un hommage un peu lourdaud au cinéma sur pellicule, Guy Ritchie appuie sur l’accélérateur et laisse son pied collé au plancher pour toute la durée du film ou presque. Une vitesse de croisière effrénée et un rythme trépidant rendus possibles grâce à un montage aussi serré qu’inventif, comme l’étaient ceux d’Arnaques, crimes et botanique (Lock, Stock and Two Smoking Barrels), de Snatch et surtout de RocknRolla, productions antérieures dans la continuité desquelles s’inscrit The Gentlemen.

Subversion ambiante

Avec des relents de nostalgie assumés qu’annonce d’emblée le titre, Ritchie célèbre ce milieu macho, qui manifestement le fascine, tout en s’amusant à le subvertir au moyen de sous-entendus homoérotiques aussi drôles que peu subtils : un parti pris déjà présent dans RocknRolla, ses deux Sherlock Holmes ainsi que dans Des agents très spéciaux : Code U.N.C.L.E. (The Man from U.N.C.L.E.).

Or, le plus curieux, ou enfin le plus décevant, c’est que cette merveilleuse propension à satiriser des codes de masculinité étriqués n’empêche pas Ritchie d’agir en authentique rétrograde avec son seul personnage féminin : Rosalind, une criminelle possédant certes sa propre « entreprise », mais dont la fonction ici se résume essentiellement à être la tendre moitié de Pearson (que ce dernier viendra comme il se doit sauver à point nommé). Heureusement, l’excellente Michelle Dockery (Downton Abbey) parvient à donner du zeste à cette partition limitée.

Pour le reste, The Gentlemen est conforme aux attentes en matière d’action, de surprises de la onzième heure et d’humour — celui-ci couvrant l’ensemble du spectre chromatique. Pas le meilleur opus de Ritchie, mais assez divertissant dans son genre.

 

The Gentlemen (V.O.)

★★★

Comédie criminelle de Guy Ritchie. Avec Matthew McConaughey, Charlie Hunnam, Hugh Grant, Michelle Dockery, Colin Farrell, Jeremy Strong, Eddie Marsan. États-Unis– Grande-Bretagne, 2019, 113 minutes.