Légère baisse de la production étrangère au Québec

En 2019, les tournages étrangers au Québec ont généré des retombées de 360 millions de dollars, soit 18 millions de moins que l'année précédente.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir En 2019, les tournages étrangers au Québec ont généré des retombées de 360 millions de dollars, soit 18 millions de moins que l'année précédente.

Pour une deuxième année de suite, les retombées économiques des tournages étrangers au Québec ont légèrement baissé, s’établissant pour 2019 à 360 millions de dollars, 18 millions de moins qu’en 2018. Le bilan de la dernière année, dévoilé jeudi par le Bureau du cinéma et de la télévision du Québec (BCTQ), montre par ailleurs la forte progression de l’industrie des effets visuels.

Pour ce qui est des tournages étrangers, l’année 2019 s’annonçait « vraiment difficile », a expliqué Pierre Moreau, directeur général du BCTQ, mais les derniers mois de l’exercice ont été salvateurs pour l’industrie. L’arrivée de séries comme Barkskins ou The Bold Type ont notamment fait travailler le milieu.

« Le deuxième semestre de 2019 représente pas mal les deux tiers des 360 millions de revenus », illustre M. Moreau.

La tendance reste à la baisse, reconnaît le BCTQ. Pour l’année 2017, les retombées générées par des productions venues de l’extérieur avaient atteint 383 millions, soit 23 millions de plus que pour 2019. « Les clients font des choix », résume Pierre Moreau, qui, lors de récentes représentations prébudgétaires, a incité le gouvernement québécois à créer un crédit d’impôt dit régional, pour encourager les productions à tourner hors des grands centres.

1,98 milliard
C’est le total, en dollars, dégagé en 2019 par les productions locales et étrangères, en plus des effets visuels.

L’absence actuelle de ce crédit, dit-il, fait que le Québec est désavantagé devant ses principaux compétiteurs au pays, soit l’Ontario et la Colombie-Britannique. « Si on ajustait notre arsenal fiscal, ça redonnerait un coup de pouce à ce volet des tournages. »

M. Moreau donne l’exemple de la plage de Miguasha, en Gaspésie, qu’il décrit comme « l’endroit rêvé » pour reproduire à l’écran le débarquement de Normandie. Un producteur avait considéré y faire un tournage, « mais ça signifie une dépense additionnelle exceptionnelle de déplacer tout le monde en Gaspésie, et comme on n’avait pas de crédit régional, ç’a été un non catégorique du producteur ».

Selon M. Moreau, des tournages d’une valeur d’environ 80 millions échappent ainsi au Québec chaque année.

Des effets en forte hausse

Reste qu’au cumul des productions locales et étrangères et de la production d’effets visuels, le volume de production a progressé en 2019, atteignant 1,98 milliard de dollars, contre 1,87 milliard en 2018.

C’est manifestement le monde des effets visuels qui dope cette hausse, selon les chiffres du BCTQ. Les retombées économiques de cette industrie ont augmenté de 26 % entre 2018 et 2019, passant de 493 millions à 622 millions. « C’est formidable, il n’y a à peu près aucun secteur qui a une croissance comme ça, dit M. Moreau. Ça s’appuie sur l’arrivée des Netflix et Amazon, qui produisent des centaines, voire des milliers de productions par années. La demande pour du contenu est en ascension libre depuis plusieurs années et beaucoup de gens vont utiliser les effets visuels, c’est associé à la nouvelle production. Ce n’est pas sur le point de s’arrêter. »

Mais le domaine des effets visuels québécois doit jongler avec un manque de personnel qualifié, note le directeur général du BCTQ. Résoudre ce problème, explique M. Moreau, va non seulement demander des actions du côté des écoles et des universités, mais « la croissance passe aussi par l’immigration ».

Moins de français

Le bilan 2019 du BCTQ montre aussi une stabilité quant à la production locale, au beau fixe à 1 milliard de dollars en retombées. Mais l’Association québécoise des producteurs médiatiques (AQPM) nuance cet horizon stable. Sa présidente, Hélène Messier, précise que « le volume de la production québécoise d’émissions télévisuelles et de films en langue française a décru de 3 % par rapport à l’an dernier » et que c’est l’augmentation de la part de langue anglaise qui a permis de stabiliser les chiffres.

« C’est pourquoi l’AQPM, lors d’une rencontre lundi dernier avec le ministre des Finances, Eric Girard, a demandé que le prochain budget témoigne de l’importance que le gouvernement accorde à sa production nationale en fournissant une aide accrue pour soutenir les productions cinématographiques, en instaurant un programme pour les productions télévisuelles et en misant notamment sur le soutien de contenus audiovisuels destinés à la jeunesse et à la famille », a ajouté Mme Messier.

Démarrage fort pour 2020

Si l’année 2019 avait commencé très doucement pour le BCTQ, 2020 s’annonce plus lumineuse, alors que de gros tournages sont déjà à l’horaire.

Quelques productions « font le pont entre 2019 et 2020 », note le directeur général Pierre Moreau. Il s’agit notamment de la saison 2 de Blood & Treasure, de la quatrième saison de la série The Bold Type et du film Pieces of a Woman, avec Vanessa Kirby et Shia LaBeouf.

Sinon, le Québec recevra dans les prochains mois le plateau d’une nouvelle incarnation d’Home Alone pour Disney + et celui du prochain film de Roland Emmerich, Moon Fall, une production à gros budget.