«Dolittle»: un naufrage annoncé

Robert Downey Jr., qui tente de s’approprier physiquement le personnage de Dolittle en exagérant ses traits, ne parvient qu’à offrir une performance agitée et décousue.
Photo: Universal Robert Downey Jr., qui tente de s’approprier physiquement le personnage de Dolittle en exagérant ses traits, ne parvient qu’à offrir une performance agitée et décousue.

Dolittle, qui signale le retour sur nos écrans du célèbre docteur doté d’une mystérieuse aptitude à communiquer avec les animaux, a bien failli ne jamais voir le jour.

Déçus par le premier jet réalisé par Stephen Gaghan, les producteurs d’Universal Pictures ont reporté la parution de plusieurs mois, et invité deux nouveaux cinéastes — Chris McKay (The Lego Batman Movie) et Jonathan Liebesman (Teenage Mutant Ninja Turtles) à venir sauver les meubles.

Or, ces colossaux efforts ne se sont guère avérés suffisants pour éviter le naufrage.

Après le tragique décès de sa femme, l’excentrique Dr John Dolittle s’isole derrière les murs de son manoir, avec pour seule compagnie sa ménagerie d’animaux exotiques. Le médecin est toutefois contraint de sortir de son mutisme lorsque le jeune Tommy Stubbins (Harry Collett), bien déterminé à devenir son apprenti, se présente à sa porte avec un écureuil blessé.

Bientôt, les deux compères sont appelés au chevet de la reine Victoria (Jessie Buckley), atteinte d’une funeste et obscure maladie. Le seul remède se trouve sur une île mythique, vers laquelle ils mettent le cap en compagnie de leurs fidèles perroquets, gorilles et autres ours polaires.

C’est au héros le plus lucratif d’Hollywood, Robert — Iron Man — Downey Jr., que revient l’honneur de revêtir les traits du singulier personnage : un choix si dispendieux qu’il explique possiblement le manque d’envergure de ce long-métrage, dont le budget de production est pourtant estimé à plus de 175 millions de dollars américains.

Alors que son interprétation de l’homme de fer reflétait charme, humour et complexité, l’acteur manque cette fois cruellement de panache. En tentant de s’approprier physiquement le personnage en exagérant ses traits, l’acteur ne parvient qu’à offrir une performance agitée et décousue, qui n’éclipse jamais les vilains grotesques, mais colorés, de ses partenaires de jeu — Michael Sheen et Antonio Banderas.

Sans compter qu’afin de contourner les obstacles que supposent de réunir acteurs et créatures animées à l’écran, la production évite la plupart du temps de montrer le visage du comédien, se contentant oisivement de le filmer de dos, ou de le laisser hors champ.

Pour inclure les innombrables péripéties des héros en à peine 100 minutes, le film a été trituré jusqu’à l’incohérence. Aucune attention n’est accordée aux personnages ou à leurs relations. Les quelques blagues qui ont survécu au massacre ne sont guère exploitées au-delà de la sempiternelle flatulence. Le manque de cohésion s’étend jusqu’aux scènes d’action, dont le style bâclé et inégal est fort difficile à suivre.

Malgré les ingrédients en présence — faune menacée, soif de pouvoir, pillage de ressources —, le scénario ne saisit jamais l’occasion de passer un quelconque message, de souligner ce qui doit être préservé, ce qui mérite respect et attention. Demeure ce qui semble n’être qu’un involontaire plaidoyer pour la monarchie. À se demander comment cette deuxième version a pu recevoir approbation.

Dolittle

Film d’aventures de Stephen Gaghan. Avec Robert Downey Jr., Antonio Banderas et Michael Sheen. États-Unis, 2020, 101 minutes