«Sous pression»: un film qui prend l’eau

Ingénieure mécanique, Norah (Kristen Stewart) se retrouve flanquée de cinq camarades d’infortune dans une structure dépourvue de capsules de sauvetage, mais qu’il faut impérativement évacuer.
Photo: 20th Century Fox Ingénieure mécanique, Norah (Kristen Stewart) se retrouve flanquée de cinq camarades d’infortune dans une structure dépourvue de capsules de sauvetage, mais qu’il faut impérativement évacuer.

On aurait voulu aimer Sous pression. Parce qu’il s’agit d’un film de monstres marins et qu’il y avait un bout de temps qu’Hollywood ne s’était pas risqué à en financer un. Une base immergée soudain isolée de la surface par quelque bris inopiné, une poignée de survivants, puis la prise de conscience graduelle qu’un organisme hostile rôde : on connaît la formule, qui au fond est la même que quantité de films campés dans l’espace, avec alors vaisseau ou station spatiale en guise de décor. Et pour peu que ce soit bien fait, on ne demande pas mieux que de se prêter de bon gré au jeu du frisson bon marché. Hélas, malgré les dizaines de millions qu’elle a coûté, cette production n’a pas grand-chose pour la recommander.

Car encore faut-il que le suspense et l’horreur, principaux éléments justifiant qu’on ferme les yeux sur les ficelles narratives hyperconnues souvent inhérentes à ce type de propositions, soient au rendez-vous. On cherchera en vain l’un et l’autre dans Sous pression (V.F. de Underwater).

Trouver le moyen d’ennuyer avec une prémisse comportant un groupe menacé d’asphyxie, d’implosion, ou d’être dévoré par de mystérieux prédateurs : il faut le faire.

Tout cela désole d’autant plus que Sous pression est la première production à gros sous de William Eubank après Love (présenté à Fantasia) et The Signal, deux sciences-fictions minimalistes lui ayant valu d’être remarqué. À croire que ce surcroît budgétaire s’est soldé par une totale perte de contrôle.

Pourtant, ça démarre de façon prometteuse, étant donné que les personnages sont d’emblée placés en situation critique. Ainsi, le film s’est-il à peine ouvert sur son héroïne Norah (Kristen Stewart) qu’une suite de bruits inquiétants culmine avec l’explosion d’une partie des installations. Or, comme vient de l’évoquer le générique d’intro avec force extraits d’articles, en forant trop profondément le fond marin, la compagnie minière qui en est propriétaire aurait peut-être libéré des formes de vie inconnues.

Ingénieure mécanique, Norah se retrouve bientôt flanquée de cinq camarades d’infortune dans une structure dépourvue de capsules de sauvetage, mais qu’il faut impérativement évacuer. S’ensuit une laborieuse et répétitive marche d’un point A à un point B à un point C, etc., avec à la place d’une réelle tension de simples sursauts. Et encore, ceux-ci sont rares et voient leur effet diminué par une mise en scène et un montage frénétiques.

D’ailleurs, plusieurs séquences d’attaques s’avèrent carrément illisibles dans tout ce bruit visuel. Quelqu’un est happé… C’est untel… Ah, non, tiens, c’était plutôt unetelle. Qui est qui, déjà ? On s’en fout un peu, faute d’une capacité à établir un minimum les personnages, outre celui de Kristen Stewart. Quoique, hormis exiger de l’actrice qu’elle ait l’air angoissée, le film la cantonne dans un espace dramatique très limité (on passera outre sa narration : un charabia pseudo-existentialiste à hurler).

Bibittes bof

Quant aux bibittes proprement dites, un petit spécimen est montré relativement tôt, mais après que l’existence d’individus de dimensions plus imposantes a déjà été établie.

À cet égard, que les amateurs de créatures et d’effets spéciaux se le tiennent pour dit : il y a dans Sous pression somme toute peu à voir, et ce qu’on voit demeure assez indistinct. On ne compte que deux ou trois occasions où il est vraiment possible de jauger les bêtes, et ce faisant, on se dit que leur rareté à l’image s’explique peut-être par leur apparence au final guère mémorable dans le genre.

Un genre qui, on le mentionnait, en a vu d’autres depuis les premières adaptations de Vingt mille lieues sous les mers, de Jules Verne, classique ici dûment cité. L’exemple le plus fameux de thriller de science-fiction sous-marine reste assurément L’abysse (The Abyss), de James Cameron, dans le sillage duquel parurent une flopée d’ersatz de série B tels Leviathan, Monstre aquatique en liberté (V.F. de Deepstar Six), voire de série Z, tels Les seigneurs des abîmes (Lords of the Deep) et L’abîme (The Rift).

Dizaines de millions ou pas, Sous pression est malheureusement à ranger parmi ceux-là.