L’ère des héroïnes au cinéma québécois

Dans «14 jours, 12 nuits», de Jean-Philippe Duval, la mère qu’incarne Anne Dorval est motivée par un événement du passé, en l’occurrence l’adoption de sa fille, dont elle ira trouver les origines au Vietnam.
Photo: Les Films Séville Dans «14 jours, 12 nuits», de Jean-Philippe Duval, la mère qu’incarne Anne Dorval est motivée par un événement du passé, en l’occurrence l’adoption de sa fille, dont elle ira trouver les origines au Vietnam.

Il y a cette cinéaste d’ici qui essaie de retrouver à L.A. cette autre réalisatrice. Il y a cette poète innue qu’on suit durant une année. Il y a cette jeune femme qui tente de se remettre d’un traumatisme aux ramifications insolites. Il y a aussi cette mère adoptive partie à la recherche de la mère biologique de sa fille, au Vietnam. Il y a, encore, cette adolescente dont le lourd secret exposera l’hypocrisie d’une communauté. Et cette autre adolescente dont la jeunesse est un champ de bataille. Il y a, enfin, cette athlète qui troque la discipline contre l’excès… Elles sont nombreuses et diverses, les héroïnes qui feront vibrer le cinéma québécois au cours des prochains mois.

En effet, nombre de cinéastes proposeront des œuvres portées par des protagonistes féminines mues par une quête de vérité, d’elles-mêmes, d’absolu… Promettant d’être tour à tour résilientes, tourmentées, passionnées, volontaires, voire tout cela, elles seront au cœur de fictions — et d’un documentaire — qu’on a hâte de découvrir.

 

Le bal de cette rentrée hivernale qui se clora aux beaux jours de l’été s’ouvrira avec L.A. Tea Time, de Sophie Bédard Marcotte(17 janvier). La cinéaste tient, entre documentaire, essai et fiction, son propre rôle, soit celui d’une jeune cinéaste qui effectue un voyage entre Montréal et Los Angeles avec, entre autres desseins, celui de rencontrer la réalisatrice Miranda July (Me and You and Everyone We Know). Pour mémoire, on doit à la jeune auteure le tout aussi personnel Claire l’hiver.

Autre périple que celui de Natasha Kanapé Fontaine dans le documentaire Nin e tepueian — Mon cri, de Santiago Bertolino (24 janvier). Dans ce portrait croqué pendant un an, la poète innue se trace un chemin « de renaissance et de guérison ».

D’ailleurs, c’est exactement là ce à quoi aspire Valérie (Léane Labrèche-Dor) dans Le rire, de Martin Laroche (31 janvier). Survivante d’une guerre aux accents de génocide, la jeune femme tente de se reconstruire au travail et en amour, mais l’hier et l’aujourd’hui se brouillent entre horreur, sublime et absurde. De l’auteur des Manèges humains et de Tadoussac.

 
Photo: Maison 4:3 «Le rire», de Martin Laroche

Dans 14 jours, 12 nuits, de Jean-Philippe Duval (6 mars), la mère qu’incarne Anne Dorval est elle aussi motivée par un événement du passé, en l’occurrence l’adoption de sa fille, dont elle ira trouver les origines au Vietnam auprès d’une mère biologique (Leanna Chea) à qui elle taira initialement son identité.

Le passé, à nouveau, est la clef de voûte du drame qui couve dans Les nôtres, de Jeanne Leblanc (en mars). Émilie Bierre (Une colonie) est Magalie, gardienne d’un secret qui mettra à mal les apparences jalousement maintenues par les habitants d’une petite ville tissée serrée. Un retour attendu pour la cinéaste dont on avait adoré le premier long métrage, Isla Blanca, autre film bâti autour d’une héroïne rongée par le non-dit.

 
Photo: Maison 4:3 «Les nôtres», de Jeanne Leblanc

À l’inverse, la parole, le verbe, devrait représenter une composante significative de La déesse des mouches à feu, adaptation très attendue par Anaïs Barbeau-Lavalette (Le ring, Inch’Allah) du fabuleux roman de Geneviève Pettersen. On y est témoin des divers événements qui bouleversent, un peu, beaucoup, une adolescente (Kelly Depeault) lors de « l’année noire de toutes les premières fois », comme le formule si bien la quatrième de couverture du roman (date à déterminer).

Affres d’abus en tous genres également pour Nadia Butterfly, de Pascal Plante (Les faux tatouages), ou la dérive momentanée d’une athlète qui, privée des seuls repères qu’elle ait connus après une retraite prématurée, plonge avec toute la force de sa détermination dans une longue fiesta débridée (date à déterminer).

Sans oublier les gars

On n’est pas en reste du côté des messieurs, d’autant que cela démarre au masculin pluriel dans L’acrobate (en février), le nouveau film du trop rare Rodrigue Jean (Full Blast, L’amour au temps de la guerre civile). Christophe, professionnel propret, entame dans l’appartement encore inoccupé qu’il vient d’acheter une liaison avec Misha, un trapéziste russe à la jambe cassée. Ou quand le désir pur fait fi de toute raison.

 
Photo: Films Opale «Tu te souviendras de moi», d’Éric Tessier

Mettant en vedette Rémy Girard, Julie Le Breton et Karelle Tremblay, Tu te souviendras de moi, d’Éric Tessier (20 mars), d’après la pièce du même nom de François Archambault, y va quant à lui d’un émouvant paradoxe avec cet homme en train de tout oublier, mais qui se souvient pourtant d’un épisode occulté de son passé.

 
Photo: Films Opale «Le club Vinland», de Benoît Pilon

Le passé qui, décidément, est l’un des motifs récurrents de la cuvée. À preuve, on le retrouve doublement dans Le club Vinland, de Benoît Pilon (17 avril), film campé dans les années 1940 où l’on suit un groupe de garçons qui, à l’initiative d’un frère anticonformiste, entament des fouilles archéologiques sur ce qui aurait peut-être été le site d’un campement viking.

Deux gros canons

Deux chroniques, mafieuse et familiale respectivement, figurent en outre sur le radar des sorties attendues. Mafia inc., de Podz (14 février), relate l’éclatement d’une organisation criminelle en deux factions ennemies : celle de la famille Gamache et celle de la famiglia Paternò, la première ayant historiquement toujours été au service de la seconde. Avec Marc-André Grondin, Sergio Castellitto, Mylène Mackay, Gilbert Sicotte. Le guide de la famille parfaite, de Ricardo Trogi (été), se posera à n’en pas douter, dans un tout autre registre, comme la comédie estivale à voir avec son récit choral de parents surprotecteurs et d’enfants qui étouffent sur fond de projection et de succès par procuration.

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