Pause hivernale pour le cinéma américain

James Bond n’a pas une minute à perdre dans «No Time to Die», de Cary Joji Fukunaga. Et les nombreux admirateurs de Daniel Craig devront faire vite, car l’acteur a décidé qu’il est bien fini, le temps des smokings, des cigares et des martinis.
Photo: Universal Pictures James Bond n’a pas une minute à perdre dans «No Time to Die», de Cary Joji Fukunaga. Et les nombreux admirateurs de Daniel Craig devront faire vite, car l’acteur a décidé qu’il est bien fini, le temps des smokings, des cigares et des martinis.

Enfin terminée — diront certains ! —, la période des Fêtes ne fut pas si lucrative, malgré une offre en apparence alléchante, avec The Rise of Skywalker n’ayant pas atteint les sommets stratosphériques espérés, et Cats, comédie musicale ratée pour laquelle dans les salles, parfois, il n’y avait pas un chat. Les grands studios veulent tout oublier et ont déjà les yeux rivés sur la prochaine saison estivale, laissant une partie du champ libre aux productions indépendantes, et disons-le, à leurs fonds de tiroirs. Voilà qui accorde plus de place à certains films, dont les ambitions sont tout autant artistiques qu’humanistes, défendus par des acteurs jamais encombrés d’effets flamboyants ou tonitruants pour savoir briller.

 

Peu importe les soubresauts géopolitiques, l’année ne peut mal commencer en compagnie de la grande actrice Alfre Woodard, elle qui sait mieux que personne nous tirer les larmes aux yeux, et accomplir cela sans effort apparent. On aura l’occasion de l’apprécier à nouveau dans Clemency (17 janvier), de Chinonye Chukwu, plongée dans les couloirs de la mort, et ses répercussions sur ceux et celles qui doivent exécuter des condamnations finales.

C’est parfois le tribunal de l’opinion publique qui semble le plus impitoyable, surtout lorsqu’il est guidé par la stupidité. Il est à souhaiter que les admirateurs d’Harley Quinn (Margot Robbie), déjà triomphante dans Suicide Squad, sachent enfin ce qu’est un agrégateur de contenu : à la sortie du film en 2016, ils exigeaient la fermeture du site Rotten Tomatoes, insatisfaits devant le faible pourcentage de bonnes critiques accordé au film. Ils ont encore le temps de s’informer avant la sortie de Birds of Prey, de Cathy Yan, le 7 février.

Les héros distingués, bien habillés, et au suave accent british reviennent chercher la bagarre, et semer la zizanie, avec des méthodes familières et des formules éprouvées. On ne peut s’attendre à moins de la part des Kingsman, un groupe d’agents secrets souvent dysfonctionnels, mais d’une élégance irréprochable, dans cette troisième aventure, The King’s Man (14 février), de Matthew Vaughn, qui nous ramène aux origines de la bande, avec Ralph Fiennes comme guide.

Autre agent britannique très spécial, et lui non plus pas très discret, James Bond n’a pas une minute à perdre dans No Time to Die (8 avril), de Cary Joji Fukunaga. Et les nombreux admirateurs de Daniel Craig devront aussi faire vite, car l’acteur a décidé qu’il est bien fini le temps des smokings, des cigares et des martinis, laissant ainsi le soin à une autre star virile (ou à une actrice qui n’a pas froid aux yeux ?) de reprendre les missions du célèbre 007.

 
Photo: Universal Pictures Elisabeth Moss dans «The Invisible Man», de Leigh Whannell

À une époque pas si lointaine, Matthew McConaughey aurait pu se retrouver sur les rangs des candidats potentiels, mais sous la gouverne du réalisateur Guy Ritchie, il saura mettre l’Angleterre sens dessus dessous dans The Gentleman (24 janvier), entouré des meilleurs acteurs du royaume (Hugh Grant, Eddie Marsan, Colin Farrell), dont une des propriétaires de Downton Abbey, Michelle Dockery.

L’actrice, très identifiée à cette célèbre série télévisée, rêve sans doute de réussir le brillant passage effectué par Elisabeth Moss, qui a pris du galon depuis Mad Men. Et comme dans The Handmaid’s Tale, la voilà de nouveau prisonnière d’un univers à la fois lisse et sanguinaire dans The Invisible Man (28 février), de Leigh Whannell, tourné en Australie dans des régions qui sont aujourd’hui la proie des flammes… Hollywood n’a vraiment plus le monopole du cinéma catastrophe.

Enfin rompre la trop longue attente

Benh Zeitlin a-t-il l’ambition d’imiter Terrence Malick, du moins celui du XXe siècle qui tournait un film par décennie ? En 2012, Beasts of the Southern Wild constituait un véritable événement, une oeuvre magistrale sur l’enfance, portée par une splendide fillette, Quvenzhané Wallis, qui n’avait peur de rien, tout comme le réalisateur. Huit ans plus tard, les espoirs, malheureusement pour lui, sont démesurés, une trop longue attente faisait ainsi monter les enchères devant Wendy (28 février). Ce conte fantastique situé sur une île mystérieuse met une fois de plus la jeunesse en vedette, et parfois en émoi devant les pouvoirs de ce lieu, et les dangers qu’il camoufle.